Mycologie

  • Deux stations de Spathulaires jaunes (Spathularia flavida), une espèce remarquable, sur le site de " La Rochette " à Spontin (B)

     

    Spathularia flavida Spontin (La Rochette) 20-10-14 A.JPG

    Spathulaires jaunes (Spathularia flavida) parmi les mousses et au pied d'un jeune Mélèze (Larix sp.)

    Photo: Fr. Hela, Spontin (" La Rochette "), le 20 octobre 2014

     

    Le site de "La Rochette " à Spontin (B) est une vaste carrière en amphithéâtre désaffectée depuis une vingtaine d'année. Il est situé au nord-nord-ouest de la localité. Cette carrière a entaillé le versant droit de la vallée du Bocq et présente, dans le fond, de très belles falaises ocres de grès, mais instables.

    Spontin (La Rochette) 20-10-14.JPG

    Spontin: le site de l'ancienne carrière "La Rochette" qui est constitué de quatre niveaux (0 à 3). La vue est prise à partir du niveau 3, au-dessus de la grande falaise. De là, on surplombe le terre-plein caillouteux, en contrebas, colonisé par les bouleaux principalement et correspondant au niveau 1. Dans le fond, le terre-plein du niveau 2 est visible.

    Photo: Fr. Hela, 20 octobre 2014

     

    Je visite régulièrement ce site d'un grand intérêt biologique depuis maintenant plusieurs années et j'y découvre souvent de véritables petites merveilles. Ainsi, le 20 octobre 2014, sur le terre-plein caillouteux du niveau 1 où les ligneux colonisateurs, assez jeunes, sont plus abondants (zone d'éboulis au pied de la grande falaise), mon attention est attirée par une colonie de petits champignons jaunes contrastant joliment comme des petites flammes dorées avec les mousses vertes, aux pieds de jeunes mélèzes. Il s'agissait d'une espèce rare dans notre pays nommée la Spathulaire jaune (Spathularia flavida)! Le 3 octobre 2017, au même endroit, je pouvais constater que les champignons s'étaient propagés et que la station était en expansion. Ce jour-là, une autre zone occupée par l'espèce sera découverte par moi-même, au bord du chemin reliant le niveau 2 au niveau 1 de la carrière. Les Spathulaires croissaient parmi les mousses, sous ou à proximité, cette fois, de jeunes Pins (Pinus sp.).

    Spathularia flavida Spontin (La Rochette) 3-10-17 A.JPG

    Photo: Fr. Hela, Spontin ("La Rochette"), le 3 octobre 2017

     

    Le sporophore jaune citrin de Spathularia flavida d'une hauteur d'environ 2 à 5 cm est composé d'un réceptacle ("chapeau") ayant la forme d'une spatule ou d'une massue aplatie (plus rarement arrondie), dressée, entière ou lobée, au sommet presque lisse, à bords ondulés. Sa consistance est gélatineuse et ne dégage pas d'odeurs spéciales. De bas en haut, le pied de 1 à 2 cm, crème, droit, cylindrique ou un peu comprimé, s'élargit insensiblement pour se confondre avec le réceptacle;

    Spathularia flavida Spontin (La Rochette) 3-10-17 E.JPG

    Pieds et réceptacles de Spathularia flavida

    Photo: Fr. Hela, Spontin ("La Rochette"), 3 octobre 2017

     

    La classification de certains champignons est en constante évolution avec le temps et il n'est pas toujours facile de s'y retrouver. L'espèce a été décrite pour la première fois en 1774 par le botaniste allemand Jacob Christian Schäffer (1718-1790) qui lui donna le nom d'Elvella clavata. Le nom scientifique de Genre et d'Espèce - Spathularia flavida -  a été crée en 1794 par Christian Hendrick Persoon (1791-1836), mycologue sud-africain, d'origine néerlandaise et allemande. C'est ce dernier qui est reconnu actuellement.

    R. Heim (1984) parle du Genre Spathularia comme faisant partie des Discomycètes inoperculés (pézizes spatulées), mais le nom de ce Super-Ordre de champignons Ascomycètes d'une ancienne Classe taxonomique semble aujourd'hui désuet. Il est admis actuellement que ce Genre doit être classé comme suit: Classe des Ascomycètes, Ordre des Héliotales et Famille des Cudoniacées (Centraalbureau voor Schimmelcultures, CBS Fungal Biodiversity Centre à Utrecht (NL) gérant une base de données mycologiques en ligne intitulée MycoBank).

    Mycélium Ascomycètes_0002.jpg

    Fig. a

    Mycélium Ascomycètes_0001.jpg

     

    Rappelons ici que les Ascomycètes sont des champignons à mycélium cloisonné (fig. b et c) et dont les spores sont toujours immobiles. Celles de reproduction sexuée mûrissent à l'intérieur d'un sporange - généralement en forme de massue - qu'on appelle un asque (fig. a). La plupart des espèces sont saprophytes

    Extraits de la brochure "Champignons - Notions élémentaires " par H. Bruge, Les Naturalistes belges, Bruxelles, 1977

     

    D'après plusieurs auteurs, l'habitat préféré des Spathulaires semble être forestier, sur sols humides couverts d'aiguilles et de mousses, sous les conifères. Les sporophores y croissent dispersés ou en groupes, en été et en automne, pouvant se développer en anneaux ou arcs. Ce sont des champignons saprophytes, c'est-à-dire obtenant des nutriments à partir de matières organiques en décomposition ou mortes. La plupart des espèces de ce Genre vivent en compagnie des mélèzes.

    DSCN9398.JPG

    Les mélèzes compagnons des Spathulaires jaunes !

    Photo: Fr. Hela, Sugny (B), 4 novembre 2017

     

    Dans les Alpes où elles sont abondantes, on les rencontre dans les forêts mixtes avec des épicéas et des mélèzes. Dans le haut Morvan (F), Spathularia flavida serait assez fréquent dans les pessières et les sapinières, où il apparaît parfois en très grande quantité.

    La comestibilité de cette espèce est diversement décrite comme non testée, inconnue et même, plutôt toxique, voire dangereuse (Syndrome gyromitrien: atteinte hépatique) !

    Documents consultés:

    Courtecuisse R.: "Champignons de France", Ed. Eclectis, 1994

    Dechaume J.-P. et J. Lagey: "Les Champignons en Morvan - Toxicologie -Ecologie" in Revue Scientifique Bourgogne - Nature, Hors série 2-2006, page 25

    Guillot J. et Chaumeton H.: "Dictionnaire des Champignons", Ed. Nathan, 2003

    Heim R.: "Champignons d'Europe" Ed. Boubée, Paris 1984

    Moingeon S. et J.-M.: " Les Geoglossaceae en Franche-Comté ", in Bulletin de la Société d'Histoire Naturelle du Doubs, 2002/2003, 89, p.63

    Romagnesi H.: "Petit atlas de Champignons" (3 tomes), Ed. Bordas, Paris, 1963

    Sites consultés:

    www.mycodb.fr.

    www.mycobank.org

    www.biodiversité.wallonie.be

     

     

     

  • L'Hygrophore perroquet (Hygrocybe psittacina), un lutin mycologique aux multiples couleurs

    A Tricointe (Yvoir), le chemin herbeux qui mène à l'entrée de la forêt domaniale, traverse d'abord des prés pâturés, où croissent quelques arbres ou arbustes, notamment une aubépine couverte de guis, dans laquelle émerge un églantier. Avant de pénétrer dans la forêt, un point de vue très condruzien s'offre au regard. Le paysage vallonné et les collines boisées aux couleurs automnales m'émerveillent chaque fois.

    Yvoir (Tricointe) 7-10-12 B.jpg

    Paysage automnal à Tricointe (Yvoir)

    Photo: Fr. Hela, 7 Octobre 2012

     

    En cette fin du mois d'octobre 2013, le vert pâturage présente de loin, de-ci de-là, de petites taches jaunes luisantes. Intrigué, je franchis la clôture pour examiner ces curiosités. Magnifique ! Ce sont des Hygrophores perroquets, lilliputiens mycologiques, de 2 à 6 cm de hauteur, qui, malheureusement, deviennent rares dans nos prairies trop amendées.

     

    Hygrocybe psittacina Yvoir 20-10-13 G.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013


    Cette observation présente un intérêt non négligeable. En effet, les espèces d'hygrophores apparaissant dans les prairies sont très sensibles à la dégradation du substrat sur lequel ils poussent. Ce sont les hôtes des pelouses et prairies semi-naturelles, non ou peu amendées, en général, sur calcaire. Ils apprécient les températures fraîches, à la fin de la belle saison et jusqu'au début de l'hiver. Cette station d'Hygrophores perroquets confirme la grande richesse naturelle des différentes prairies, aux abords du hameau de Tricointe. Une note à propos de la flore et de l'entomofaune de certaines d'entre elles sera publiée  prochainement sur ce site. L'espèce traitée ici croît souvent en compagnie d'autres hygrophores, entre autres l'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis var. pratensis), découvert aussi à cet endroit et le même jour.

     

    Hygrocybe pratensis var. pratensis Yvoir 20-10-13.jpg

    Je vous invite à rechercher sur ce site une note, parue le 26 janvier 2013, et qui est consacrée à l'Hygrophore des prés.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

     

    Mais revenons à nos Hygrophores perroquets, champignons saprophytes, se nourrissant de débris végétaux herbacés! Le sporophore (partie fertile visible) a un aspect visqueux. La chair est gorgée d'eau, caractéristique partagée avec d'autres espèces et à la base de leur regroupement sous le nom d'hygrophores ou "porteurs d'eau". Avec le temps, le chapeau campanulé s'étale progressivement tout en gardant un mamelon central et, sous l'effet du refroidissement, s'assèche et perd son aspect détrempé.

     

    Hygrocybe psittacina Yvoir 20-10-13 O.jpg

    Hygrocybe psittacina Yvoir 20-10-13 A.jpg

     

     

    Hygrocybe psittacina Yvoir 20-10-13 N.jpg

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

     

    Les lames assez espacées, adnées ou échancrées, sont jaunes ou verdâtres et le pied, très visqueux, est jaunâtre et à sommet longtemps vert.

     

    Hygrocybe psittacina Yvoir 20-10-13 P.jpg

    Hygrocybe psittacina Yvoir 20-10-13 C.jpg

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 20 Octobre 2013

     

    Le changement le plus spectaculaire dans la maturation de l'Hygrocybe perroquet concerne sa couleur puisque le nain, au début vert, tourne au jaune, à l'orangé et au rouge, voire même au bleu ou au gris violacé ! L'étonnante diversité de couleurs que présente cette espèce justifie amplement son nom. Ses teintes successives rappellent le plumage bariolé des célèbres oiseaux exotiques.

     

    2711167.jpg

     

    2711165.jpg

    Photos: Ralph Vandiest, La Hulpe, Octobre 2011

    Hygrocybe_psittacina_2008_jd_1.jpg

    Photo: Jean-Pierre Dechaume - www.mycodb.fr

    Hygrocybe_psittacina_2009_dr_1.jpg

    Photo: Daniel Réaudin - www.mycodb.fr

     

     

    Les Hygrocybes sont des bio-indicateurs. Dans le Bulletin du Cercle de Mycologie de Bruxelles (tome 22, fascicule 4, page 14)), on peut lire: "Les prés non amendés constituent un élément important du paysage. Malheureusement, ils se raréfient. Les protecteurs de la nature s'en inquiètent. Certains, parmi les mycologues réputés, ont imaginé d'évaluer la "qualité d'habitat" d'un pré par la présence des Hygrocybes. Ceux-ci sont utilisés comme organismes indicateurs de la valeur biologique de l'espace vert considéré." Dans le Magazine couleurs nature (Natagora) de novembre-décembre 2012 (pages 26 et 27), Jean Rommes écrit: "La présence de l'Hygrophore perroquet et de ses cousins permet de localiser des prairies maigres, peu ou pas amendées. Cette fonction d'indicateurs de milieux rares et de grande valeur biologique leur ont valu d'être considérés par certains botanistes comme les "orchidées" des champignons. Pour éviter que leur existence soit mise en péril par la croissance de la végétation environnante, celle-ci doit être maintenue rase par le bétail, les lapins ou le fauchage, ... "

     

     

     

     

     

     

     

  • Allons voir ce qui se cache dans la pinède !

    Dans la Forêt domaniale de Tricointe (Yvoir), certaines zones sont consacrées aux Pins sylvestres (Pinus sylvestris). Cet automne, allons explorer une de ces pinèdes ! Par temps ensoleillé, ce qui frappe d'emblée, c'est l'ambiance particulièrement lumineuse de ces boisements. Les troncs écailleux et élancés, brun grisâtre à brun orangé, portent, au sommet, un feuillage formé d'aiguilles vert bleuâtre, courtes et persistantes, qui cache mal la couleur rouge orangé de la cime à l'aspect tordu de ces conifères.

     

    Forêt domaniale de tricointe 2.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    En s'approchant de la base d'un Pin sylvestre, on peut toucher l'écorce creusée de fissures profondes séparant des plaques écailleuses longitudinales, irrégulières et lâches.

    ecorce.jpg

    Au sol, les frondes des Fougères aigles (Pteridium aquilinum) se parent d'une couleur ocre aux nuances subtiles.

    Ces lieux sont fréquemment visités, entre autres, par l'Ecureuil roux (Sciurus vulgaris), par la Mésange huppée (Lophophanes cristatus), la Mésange noire (Periparus ater), par nos deux roitelets (Regulus regulus et Regulus ignicapilla), ou encore, par les Becs-croisés des sapins (Loxia curvirostra) assez nombreux cette année.

     

    Mésange huppée.jpg

    La Mésange huppée (Lophophanes cristatus)

    Photo: Rachel Delmelle-Poppe, Profondeville, 14 Avril 2013

     

    4377734.jpg

    La Mésange noire (Periparus ater

    Photo: Francis Pattyn


    Voilà, parmi les aiguilles au sol, quelques chapeaux arrondis de champignons. Ceux-ci sont brun rouille, brillants et un peu visqueux.

    Suillus granulatus Yvoir 2-10-13.jpg

    Des bolets granuleux (Suillus granulatus)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Octobre 2013


    Examinons un sporophore ! La face inférieure du chapeau présente des pores blanchâtres à jaune pâle, à l'extrémité des tubes. Des gouttes laiteuses exsudent de celui-ci. La cuticule se détache facilement et, à l'air, la chair épaisse et tendre ne change pas de couleur, restant blanc jaunâtre ou jaune.

    Suillus granulatus B.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), 2 Octobre 2013


    Le pied ferme, plus ou moins cylindrique, est jaune blanchâtre et sa surface est ponctuée, surtout dans le haut, de fines granulations crèmes, jaunâtres à brunâtres. Pas de doute, il s'agit de Bolets granuleux (Suillus granulatus), appelés aussi Cèpes jaunes des pins ou Nonnettes pleureuses ! Cette espèce pousse, associée ici au Pin sylvestre, en lisière ou dans les bois clairs, du printemps à l'automne.

     

    Suillus granulatus Yvoir 02-10-13 C.JPG

    Suillus granulatus Yvoir 02-10-13 F.JPG

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe) Octobre 2013


    Dans le sous-bois, un peu plus loin, une autre surprise mycologique m'attend. Maintenant, ce sont des champignons à lamelles. Les chapeaux convexes, non séparables du pied, sont lisses, visqueux, mamelonnés, avec la marge enroulée. Ils sont brun cuivré ou teintés d'une couleur lie de vin. Certains sont brun jaunâtre. 

    Chroogomphus rutilus.jpg

    Photo: Jean-pierre Dechaume


    La chair épaisse et rigide est jaune, surtout à la base du pied qui est atténué en pointe et de couleur générale brun rougeâtre ou brun cuivré. On dirait des Hygrophores en examinant les lames épaisses, espacées et très décurrentes, mais celles-ci sont molles et séparables de la chair comme les tubes des bolets. A maturité, elles sont teintées de brun noirâtre par la sporée.

    Chroogomphus rutilus Gérard Girod.jpg

    Le Gomphide visqueux (Chroogomphus rutilus)

    Photo: Gérard Girod


    Je suis en présence de gomphides et, plus précisément, de Gomphides visqueux (Chroogomphus rutilus). En automne, c'est une espèce qui apparaît aussi sous les pins, dont Pinus sylvestris.

     

    Chroogomphus rutilus Yvoir (Tricointe) 17-10-13 D.JPG

    Chroogomphus rutilus Yvoir (Tricointe) 17-10-13.JPG

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 17 Octobre 2013


    Certains bolets et les gomphides, comme de nombreuses espèces forestières, présentent en commun la particularité de vivre en symbiose avec les racines des arbres, par l'intermédiaire de manchons mycéliens appelés mycorhizes dont le caractère obligatoire et la signification physiologique sont établis. De telles relations expliquent la constance des proximités entre essences déterminées et certains champignons qui en constituent l'habituel cortège. Tels sont les cas, par exemple, du Bolet élégant (Suillus grevillei) venant toujours sous les mélèzes ou du Bolet rude (Leccinum scabrum) lié aux bouleaux.

     

    Suillus grevillei Spontin 27-07-11.jpg

    Le bolet élégant (Suillus grevillei), une espèce liée aux mélèzes

    Photo: Fr. Hela, Spontin, 27 Juillet 2011


    Terminons cette petite incursion automnale dans la pinède par l'observation d'un sporophore en forme de chou-fleur ou de chicorée frisée, aux éléments issus d'un tronc commun foliacés et crépus, unicolores, ondulés et cassants. Le Sparassis crépu ou la Clavaire crépue (Sparassis crispa) croît, d'août à novembre, sur l'humus des bois de conifères (surtout de pins), près des troncs ou des souches, avec les racines desquels il est en relation.

     

    Sparassis crispa  Yvoir  (Forêt domaniale) Octobre 2013.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    L'ensemble forme une masse crépue volumineuse pouvant atteindre 40 cm de diamètre, blanchâtre à crème jaunâtre, roussissant par place.

     

    Sparassis crispa Yvoir (Forêt domaniale) Octobre 2013 A.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2013


    La chair blanche de ce curieux champignon dégage une odeur aromatique spéciale qui, paraît-il, attire les chevreuils. Sa saveur rappelle la noisette.



     

     




     


     

     

     

  • L'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis var. pratensis), une espèce devenue assez rare.

    Au début du mois de décembre dernier, une belle surprise m'attendait dans le bas de la prairie, au dessus de la Ferme d'An Wez, à Tricointe (Yvoir). Mon regard est alors attiré par quelques taches orangées émergeant des herbes vertes. Des Hygrophores des prés étaient rassemblés cà et là, non loin de la lisière forestière. Cette espèce au chapeau abricot ou rosé saumon à orange croît dans les prairies moussues, plus ou moins humides, et, en forêt, dans les clairières herbeuses.

    Hygrocybe pratensis var. pratensis Yvoit (Tricointe) 1-12-12 D.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 1 Décembre 2012


    L'Hygrophore des prés est devenu assez rare, probablement à cause des pratiques de l'agriculture moderne. Pour certains auteurs, l'utilisation intensive d'engrais serait préjudiciable au maintien des pelouses ou prairies à hygrocybes ou à hygrophores. Ainsi, depuis 1900, ce type de milieu a diminué fortement aux Pays-bas, du fait de la modernisation de l'agriculture. Quelques espèces y auraient presque complètement disparu (D. Sugny et D. Labarre, 2002) ! La prairie où j'ai trouvé les Hygrophores ne semble plus amendée depuis quelques années. Le pâturage par du bétail a cessé depuis un certain temps. Cette zone est utilisée essentiellement comme prairie de fauche. Ces conditions locales pourraient expliquer le retour de nos champignons.

    L'hygrophore des prés, entièrement ochracé à orangé, ne présente pas de viscosité. Le pied blanchâtre ou teinté de la couleur du chapeau est sec et assez mince. Il est d'ordinaire plein, de consistance plus ou moins ferme. Sa chair est opaque et les lamelles crèmes, souvent reliées à leur base, sont décurrentes. Le chapeau mesure de 3 à 7 cm.

     

    Hygrocybe pratensis var. pratensis Yvoir (Tricointe) 1-12-12 B.jpg

    Hygrocybe pratensis var. pratensis Yvoir (Tricointe) 1-12-12 C.jpg

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 1 Décembre 2012


    En consultant divers ouvrages mycologiques, je me suis aperçu qu'il n'est pas toujours aisé de s'y retrouver au niveau taxonomique. Notre champignon a porté ou porte encore de nombreux noms définissant son Genre: Hygrocybe pratensis, Hygrophorus pratensis, Camarophyllus pratensis, Cuphophyllus pratensis, ... Du moins, certains spécialistes semblent actuellement rattaché l'espèce au Genre Hygrocybe.

    La Famille des Hygrophoracées (actuellement Tricholomatacées), de l'Ordre des Agaricales à sporées blanches, regroupe des champignons nommés Hygrophores ("porteurs d'humidité"). Elle comprend des espèces attrayantes. Certaines d'entre elles sont remarquables pour leurs couleurs (jaune, blanc, rouge sang, rouge sombre, rouge orangé, vert olive, vert pomme, ...). Espèces tardives, voire hivernales, beaucoup d'Hygrophores colorent de leurs tonalités éclatantes les prairies et autres lieux où les graminées dominent. D'autres, par contre, sont moins visibles et se confondent assez bien avec la couleur des prés. Certaines espèces crèvent parfois les tapis d'aiguilles de pins et de mélèzes, en forêt.

     

    Hygrocybe chlorophana Yvoir (Champalle) 31-08-12 D.JPG

    Hygrocybe chlorophana, espèce trouvée à Champalle (Yvoir)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 31 Août 2011.


    Les champignons inclus dans la Famille des Hygrophoracées (actuellement Tricholomatacées) sont surtout caractérisés par leurs lames bien distinctes, souvent espacées et épaisses. Elles sont céracées (consistance cireuse et grasse). L'insertion de celles-ci est variable. on trouvera des lamelles ascendantes, adnées, échancrées ou décurrentes. Le pied et le chapeau ne sont, en général, pas séparables. Enfin, signalons que des représentants de cette Famille sont visqueux.

    Pour P. Heinemann (1952), la Famille des Hygrophoracées ne comprend, dans nos régions, que le genre Hygrophorus, divisé en trois Sous-Genres qui, disait-il, pourraient cependant être considérés comme des Genres autonomes.

    Dans le Sous-genre Hygrocybe, on trouve des champignons fragiles, aux couleurs souvent vives, aux chapeaux se gorgeant d'eau, visqueux ou humides et aux pieds creux. La trame des lames est régulière. La plupart de ceux-ci croissent dans les lieux herbeux.

     

    Hygrocybe conica Dorinne 21-08-11.JPG

    L'Hygrophore conique (Hygrocybe conica)

    Photo: Fr. Hela, Dorinne, 21 Août 2011


    Le Sous-genre Camarophyllus est souvent assimilé au Genre Hygrocybe par certains auteurs. Les champignons montrent un chapeau et un pied secs. Ils sont fermes, charnus, sans teintes rouges. Les lamelles sont décurrentes ou émarginées à trame enmêlée. La plupart des espèces s'observent dans les prairies. C'est le cas de l'Hygrophore des prés (Hygrocybe pratensis, syn. Camarophyllus pratensis).

     

    Hygrocybe pratensis.jpg


    Dans le Sous-Genre Limacium, les champignons ont une taille moyenne à grande. Ils sont visqueux. Le pied est parfois muni d' un anneau gelatineux. Les lamelles sont horizontales ou arquées-décurrentes, à trame bilatérale. Les différentes espèces sont forestières.

     

    Hygrophorus nemoreus.jpg

    L'Hygrophore des bois (Hygrophorus nemoreus)


    Littérature consultée:

    Bon M.: "Champignons d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1988

    Courtecuisse R.: "Les champignons de France", Ed. Eclectis, 1994

    Corriol G.: "Clé d'orientation des Hygrocybes de pelouses sèches", Janvier 2009

    Gerhardt E.: "Champignons": Guide Vigot, 2004

    Guillot J.: "Dictionnaire des champignons", Ed. Nathan, 2003

    Heim R.: "Champignons d'Europe", Ed. Boubée, 1984

    Heinemann P.: "Les Hygrophores", in "Les Naturalistes Belges" T. 33 n° 9-12, 1952 et T. 34 n° 1 et 2, 1953

    Phillips R.: "Les Champignons", Ed. Solar, 1981

    Sugny D. et Labarre D.: "Ecologie et répartition de 30 espèces d'Hygrophores sl", Société Mycologique du Pays de Montbéliard, 2002


     



  • A la découverte de quelques champignons printaniers.

    Si la poussée fongique la plus exubérante se réalise au cours de certains automnes doux et humides, il existe néanmoins quelques champignons dont le mycélium produit des sporophores (organes visibles chez certaines espèces) en hiver, au printemps et en été ! Les champignons printaniers sont très typiques. En effet, ils appartiennent, en général, aux Ascomycètes, alors que la plupart des champignons charnus de l'automne sont des Basidiomycètes.

    Rappelons ici que le sporophore, c'est-à-dire la structure qui porte des cellules sporogènes et des spores, appelé "champignon" par le grand public, naît généralement à des époques déterminées et ne persiste souvent que durant un temps limité. L'élément le plus permanent est représenté par des filaments, nommés "mycélium", vivant dans le sol, le bois, le fumier ou d'autres substrats. Les Mycètes englobent, entre autres, les unicellulaires microscopiques (moisissures, rouilles, charbons, ...) et les pluricellulaires macroscopiques (Ascomycètes et Basidiomycètes), dont certaines espèces sont recherchées par le mycophage. Leur particularité est leur mode de vie hétérotrophe dû à l'absence de plastes chlorophylliens, ce qui les différencie des algues. Chez les Ascomycètes, les spores, éléments de dissémination du champignon, sont formées à l'intérieur d'une cellule allongée, nommée asque. Les spores des Basidiomycètes naissent sur de petits pédicelles, les stérigmates, terminant une cellule généralement en forme de massue, la baside.

    Parmi les Ascomycètes que l'on peut rencontrer au cours d'excursions printanières, les morilles, apparaissant en avril et en mai, sont les plus connues et les plus estimées. Celles-ci sont caractérisées par un pied creux assez irrégulier, surmonté d'un chapeau plus ou moins globuleux ou conique et recouvert de nombreux alvéoles (surfaces sporifères).

    Morchella esculenta Crupet 16-04-12 Photo R. Gailly A.jpg

    La Morille commune (Morchella esculenta).

    Photo: Robin Gailly, Crupet, 16 Avril 2012


    S'il est aisé de reconnaître qu'un champignon est une morille, il est beaucoup plus difficile de se prononcer sur certaines espèces. En effet, la systématique du genre Morchella est une des plus complexes parmi les Macromycètes. Cette particularité tient à la variabilité de la forme et de la couleur, ainsi qu'à l'altération de celle-ci sous l'influence de l'humidité ou de la sécheresse. Certains mycologues distinguent plusieurs espèces, en se basant, entre autres, sur la variation de couleur. La diversité des noms français l'exprime également: morilles blondes ou jaunes, grises, noires ou brunes, pourpres, vertes et blanches ! En vérité, les distinctions de couleurs, très différentes d'un individu à l'autre, sont souvent délicates à saisir. R. Heim (1984) propose de répartir ces champignons selon le mode d'attache du pied au chapeau. D'après cet auteur, on pourrait distinguer les morilles adnées, les morilles distantes et les morilles au chapeau à moitié libre. Dans le premier groupe, le chapeau est adné, ce qui signifie que celui-ci est soudé et adhère totalement au pied. Il est de forme arrondie et les alvéoles, sans ordre, ne sont pas limités par des côtes longitudinales régulières. C'est le cas de la morille commune, grise ou noire (Morchella esculenta syn. M. vulgaris) qui se développe au début du printemps, le plus souvent en avril et en mai, dans les bosquets, les haies, les vergers et dans les forêts riveraines, sous les ormes et les frênes. Elle croît aussi sous les pommiers, les peupliers et les noisetiers. Le chapeau est marqué de côtes longitudinales, mais peu régulières, épaisses et accompagnées d'appendices transversaux courts et inégaux.

     

    Morchella esculenta Houx-sur-Meuse 10-04-10.jpg

    Morchella esculenta

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 14 Avril 2010.


    La Morille blonde (Morchella rotunda syn. Morchella esculenta var. rotunda), au chapeau jaune ocré, semble actuellement considérée comme une simple variété de Morchella esculenta. Je n'ai pas encore trouvé celle-ci sur le territoire de notre commune.

     

    Morchella rotunda Gérard Girod.jpg

    Photo: Gérard Girod - www.mycodb.fr


    La Morille conique (Morchella costata syn. M. elata var. costata) fait partie du groupe "morilles distantes". Le chapeau est séparé du pied par un sillon ou vallécule. Il est oblong ou souvent conique. Les alvéoles sont limités par des côtes longitudinales régulières et des cloisons secondaires qui en émanent. Cette morille est souvent présente dans les zones boisées de conifères, surtout en montagne. Cà et là, on la découvre dans les vergers, les décombres et les broussailles. Espèce plutôt rare chez nous, elle est à rechercher. Son chapeau fauve olivâtre foncé, presque aussi long que le pied, conique et pointu, est sillonné longitudinalement de côtes foncées bien dessinées.

     

    Morchella costata Th. Duchemin 1997.jpg

    Photo: Thierry Duchemin - www.mycodb.fr


    Parmi les morilles au chapeau à moitié libre, on trouve le Morillon (Mitrophora semilibera syn. Morchella hybrida). Celui-ci apparaît au printemps, dans les jardins et autres endroits frais (taillis de noisetiers, sous les aulnes et dans les bois humides de peupliers), souvent en compagnie de la ficaire (Ranunculus ficaria).

     

    Mitrophora semilibera Photo M. Gijsemberg.JPG

    Photo: Michel Gijsemberg, Houx-sur-Meuse, Avril 2010.

     

    Ranunculus ficaria Rivière 11-03-12.jpg

    Le morillon croît souvent en compagnie de la ficaire fausse-renoncule (Ranunculus ficaria).

    Photo: Fr. Hela, Rivière, 11 Mars 2012.


    Le chapeau du morillon est conique, brun jaune, mais beaucoup plus court que le pied. Il est séparé de celui-ci par un profond sillon (vallécule). D'après J. Guillot (2003), cette espèce est, parmi les Morchellacées, la plus précoce, apparaissant certaines années, dès le mois de mars.


    Les morilles sont considérées comme d'excellents champignons comestibles, moyennant malgré tout certaines précautions ! Il convient de signaler que certains champignons, habituellement comestibles, peuvent être toxiques, s'ils sont crus ou mal cuits. C'est le cas des morilles ! Les toxines, thermolabiles, sont généralement éliminées par une cuisson suffisante (il est conseillé, paraît-il, de faire bouillir les morilles fraîches pendant une quinzaine de minutes et de jeter alors l'eau de cuisson). La symptomatologie (syndrome hémolytique) est souvent d'ordre digestif (nausées, vomissements), mais la cause profonde, une destruction des globules rouges, peut entraîner de sérieuses conséquences en cas d'intoxication massive (R. Courtecuisse, 1994). Il est donc recommandé de consommer les morilles sans excès et parfaitement cuites !

    D'autres Ascomycètes peuvent être rencontrer au printemps. Parmi ceux-ci, citons le Gyromitre (Gyromitra esculenta), espèce occasionnelle chez nous. Appelé aussi "morille brune" ou "fausse-morille", le gyromitre se caractérise par un chapeau irrégulier, presque globuleux, veiné, plissé et dont la marge est soudée au pied. Celui-ci de couleur brun châtain nuancé d'olivâtre, offre des circonvolutions accusées lui donnant l'aspect d'une cervelle (cérébriforme).

     

    Gyromitra esculenta Wavre 6-04-12 Photo R. Gailly..jpg

    Photo: Robin Gailly, Grez-Doiceau, 6 Avril, 2012.


    Cette espèce croît généralement sous les conifères, dans les friches et les landes à bruyères. Dans des conditions particulières, ce champignon comestible peut causer des troubles graves, voire mortels ! Il vaut donc mieux s'abstenir de le consommer !

    La Verpe en forme de dé (Verpa digitaliformis) n'est pas rare, au début du printemps, dans les bois de hêtres, les haies et les lieux sablonneux (elle se rencontre même dans les dunes littorales). On la trouve aussi en des endroits humides et frais, sous les frênes et au voisinage des saules.

     

    Verpa digitaliformis Photo M. Gijsemberg .JPG

    Photo: Michel Gijsemberg, Houx-sur-Meuse, Avril 2010.


    Le chapeau ocre à brun rougeâtre, en forme de dé à coudre, ne présente pas d'alvéoles. Toute sa hauteur est libre. Son pied cylindrique et légèrement marqué de lignes horizontales est allongé. Ce dernier, rempli d'une moelle cotonneuse, devient creux avec le temps.


    Deux helvelles printanières méritent aussi toute notre attention. L'Helvelle à pied blanc (Helvella monachella)  a le pied lisse, creux et de couleur blanc sale. Elle se reconnaît à son chapeau, brun noirâtre dessus et blanchâtre dessous, formé de 3 à 4 lobes soudés au pied et rabattus. C'est une helvelle des substrats meubles argilo-sablonneux. On la trouve sur les sentiers et dans les allées des bois, mais aussi sous les peupliers. Le sporophore dégage une odeur désagréable.

     

    Helvella monachella Jacques Gouraud 2007.jpg

    Photo: Jacques Gouraud - www. mycodb.fr


    L' Helvelle en gobelet (Helvella acetabulum) présente un sporophore supporté par un pied blanc sale, assez épais, sillonné et offrant des côtes qui se prolongent en se ramifiant sur la partie inférieure et externe du chapeau. Celui-ci, en forme de coupe profonde qui lui donne l'aspect d'une pézize, est brun foncé, plus pâle et poudreux à l'extérieur. C'est une espèce courante dans les lieux calcaires, surtout dans les bois de chênes, ainsi qu'aux abords des allées et des routes.

     

    Helvella acetabulum Jean-Pierre Dechaume 2004.jpg

    Photo: Jean-Pierre Dechaume - www.mycodb.fr


    Deux pezizes vernales sont également à rechercher. Le sporophore ou ascoma de ces Ascomycètes, en forme de coupe plus ou moins irrégulière, est fixé au sol ou sur le bois mort. Outre la magnifique Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea)*, citons notamment  la Pézize veinée (Disciotis venosa) qui se reconnaît aisément à sa chair mince et fragile, ainsi qu'à sa forte odeur d'eau de Javel disparaissant totalement à la cuisson. Ce champignon est comestible, mais il contient une substance toxique analogue à celle des morilles ! Sa consommation réclamera dès lors les mêmes précautions indiquées pour celles-ci.

    Disciotis venosa.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Mai 2010


    La croissance de cette pézize précèderait un peu celle des morilles. Son habitat est d'ailleurs assez semblable: forêts sur sols riches, le plus souvent calcaires, bosquets, vergers et bords de chemins.

    Une autre petite pezize, appelée aussi sclérotinie tubéreuse (Dumontinia tuberosa syn. Sclerotinia tuberosa) ) apparaît dans les bois, aux mois de mars et avril, sur les rhizomes morts de l'anémone sylvie (Anemona nemorosa) Les pézizes du genre, aux réceptacles en forme de cupules et portés par un long pied, on des asques qui bleuissent au sommet sous l'action de l'iode. Elles naissent à partir d'un petit tubercule (le sclérote) formé de filaments mycéliens remplis de matières nutritives de réserve (R. Heim, 1984). Le sclérote de notre espèce est noir.

     

    Dumontinia-tuberosa Photo Thierry Duchemin.jpg

    Photo: Thierry Duchemin - www.mycodb.fr


    Pour conclure, il nous faut encore parler d'un Basidiomycète printanier recherché par les mycophages: le Tricholome ou Mousseron de la Saint-Georges (Calocybe gambosa). Lorsque se termine la saison des morilles, commence généralement celle des mousserons. C'est donc de la fin du mois d'avril au début du mois de juin que l'on rencontrera ce champignon qui affectionne les bois de feuillus ou les haies, sur des sols riches, souvent calcarifères (riches en calcaire).

     

    Calocybe gambosa Photo M. Gijsemberg.JPG

    Photo: Michel Gijsemberg.


    Le tricholome de la Saint-Georges se reconnaît à son mode de croissance, en ronds de sorcières comprenant souvent de nombreux individus, ainsi qu'à sa forte odeur de farine fraîche. Sa saveur est également farineuse. Si on le consomme, on peut le confondre avec un champignon dangereux. Il s'agit de l'Entolome livide (Entoloma lividum), à forte odeur, lui aussi, de farine, mais dont les lamelles, d'abord jaunâtres, deviennent rose brunâtre avec l'âge. Fort heureusement, c'est là une espèce estivale et automnale, qui ne se rencontre pas au printemps. Le chapeau du mousseron de printemps est très épais, ferme, hémisphérique, puis convexe, à bord enroulé en dessous. Sa couleur est blanchâtre, crème ocre, plus rarement grisâtre ou ocre brun terne. Sa surface est sèche et mate. Le pied est blanc ou un peu roussâtre et la chair est blanche. Les lamelles sont au début remarquablement serrées et étroites, de couleur blanc crème.

    Calocybe gambosa.jpg

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Mai 2010.


    Très appréciée des mycophages, cette espèce est localement abondante, à une période de l'année où peu de champignons comestibles croissent.

    * Voir la note du 28/01/12 dans la rubrique "Mycologie": "Une petite merveille mycologique: la Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea).


    Bibliographie:


    Bon M.: "Champignons de France et d'Europe occidentale"  Editions Arthaud, 1988.

    Courtecuisse R.: "Les champignons de France" Editions Eclectis, 1994.

    Gerhardt E.: "Champignons" (Guide Vigot), Editions Vigot, 2004.

    Guillot J.: "Dictionnaire des champignons" Editions Nathan, 2003.

    Heim R.: "Champignons d'Europe", Editions Boubée, 1984.

    Phillips R.: "Les Champignons" Editions Solar, 1981.

    Romagnesi H.: "Petit atlas des champignons" (3 tomes) Editions Bordas, 1971.















     






     

     


  • La collybie à pied velouté (Flammulina velutipes), une espèce hivernale robuste.

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses renvoient le lecteur au petit glossaire, en fin de note.


    Pas de gelée, pas de neige, en ce mois de janvier 2012, mais une température anormalement douce et une humidité atmosphérique prenante. Tout suinte et, dans cette grisaille, seules, quelques fougères et mousses donnent, de-ci de-là, une touche de couleur verte au sous-bois. J'arpente le chemin de pierre qui monte à la ferme de l'Airbois, à partir du hameau de Tricointe. Au bout d'une certaine distance, à ma droite, celui-ci domine un bois en pente. Soudain, plusieurs sons forts crèvent le silence des lieux: "krukrukrukru" ! Un gros oiseau noir au bec jaunâtre, de la taille d'une corneille, passe entre les arbres. Il se pose sur un tronc tout proche et je peux entendre le bruit de ses griffes sur l'écorce. Ainsi, il se met à émettre plusieurs fois des sons plaintifs, à forte tonalité. C'est le pic noir, notre plus grand pic, qui exerce toujours sur moi un attrait particulier. Voilà qu'il s'envole et disparaît en reprenant cette fois les cris sonores qu'ils poussaient à son arrivée. Une petite bande de bouvreuils pivoines poussent de petits sifflements mélancoliques et, dans les cimes des arbres, quelques grosbecs cassenoyaux agités lancent leurs cris durs, brefs et perçants qui claquent comme de petites explosions. Mais, là, sur ce tronc, une lueur jaune orangé brille. Allons voir de plus près ! Ce sont des collybies à pied velouté, pardi !

     

    Flammulina velutipes Yvoir 2-01-12 B.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 12 Janvier 2012.


    Détaillons à présent ce petit chef d'oeuvre de la nature ! Ce champignon possède un chapeau de consistance élastique. Il est d'abord convexe ou bombé, puis s'aplani avec l'âge. Il est lisse, visqueux, d'un jaune orangé extraordinaire et plus foncé au centre.

     

    Flammulina velutipes Godinne Janvier 2011 C.jpg

    Photo: Fr. Hela, Godinne, Janvier 2011.


    Les lamelles blanc crème, maculées de roussâtre, sont arrondies, échancrées et peu serrées.

    Flammulina velutipes Godinne 16-01-12.jpg

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 16 Janvier 2012.


    Le pied court et creux est un peu radicant (1). Il est jaune citrin, devient brun noirâtre à partir de la base et est velouté dans sa partie inférieure. 

    Flammunila velutipes Houx-sur-Meuse 12-2-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 12 Février 2011.


    La collybie à pied velouté a la particularité d'être typiquement hivernale, puisqu'on la trouve de décembre à mars. Ne pourrissant pratiquement pas, elle résiste aux grands froids et serait même capable de croître sous la neige ! C'est une espèce cespiteuse (2) venant sur le bois mort de divers arbres à feuilles. Elle apparaît souvent sur des vieilles souches, sur les troncs morts encore debouts, à plusieurs mètres du sol, sur le bois pourrissant enfoui et, parfois, sur des racines, au pied des arbres. Dans ce dernier cas, le sporophore (3) est relié aux racines par de longues "radicelles" ramifiées (rhizomorphes) ou croît à partir d'un "stolon" persistant et souterrain jouant le rôle de sclérote (4) (R. Heim, 1984).

     

    Flammulina velutipes Yvoir 2-01-12 F.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 2 Janvier 2012.


    La classification des champignons est pour le moins complexe. En effet, les progrès dans ce domaine sont incessants. Les classifications traditionnelles sont, pour la plupart, largement périmées, voire erronées, en fonction de nouveaux acquis (découvertes en biologie moléculaire et approche phylogénétique du monde vivant). La collybie à pied velouté a été longtemps une espèce difficile à classer, d'après H. Romagnesi (1971). Quélet (1888) la range dans le Genre Pleurotus, ensuite, celle-ci se retrouvera dans le Genre Collybia. Enfin, Karsten et Singer (1962) créent pour elle des groupes spéciaux: les Sous-Genres Flammulina et Myxocollybia. Si, en langue française, cette espèce garde le nom de collybie, le nom scientifique de Flammulina velutipes semble être actuellement admis. Le genre Flammulina comprend des champignons collyboïdes, à stipes (ou pieds) souvent radicants, aux revêtements velus ou visqueux et à cystides (5) et spores particuliers. D'après R. Heim (1984), la coloration du chapeau de la collybie à pied velouté peut être fort variable, allant du blanc crème (variété lactea) au roux orangé (type rubescens). H. Romagnesi (1971) précise qu'on rencontre la variété lactea, dès la fin septembre, en touffes au pied des arbres.

     

    0_2b9a4_d8bb631b_L.jpg

    Flammulina velutipes var. lactea.


    Considérée comme comestible médiocre en Europe occidentale, la collybie à pied velouté  fait pourtant l'objet d'une culture intensive au Japon (Enoki) ainsi qu'en Extrême-Orient. La consistance élastique du chapeau (après l'avoir nettoyé de sa viscosité) peut agrémenter un plat de riz (voir à ce propos le site www.lecoprin.ca/culture_fr.htm concernant les champignons de culture).

    Flammunlina velutipes Godinne Janvier 2011  A.jpg

    Photo: Fr. Hela, Godinne, Janvier 2011.


    (1) Radicant: indique que le champignon est plus ou moins profondément enfoncé dans le sustrat par un prolongement de sa base (pseudorhize).

    (2) Cespiteux: se dit de champignons qui poussent en touffes.

    (3) Sporophore (du grec spora, ensemencement) est le terme adéquat pour nommer l'ensemble pied-chapeau. Par extension, ce terme est utilisé pour tous les mycètes développant un organe, le plus souvent aérien, émettant des spores à maturité (S. Claerebout, 2002).

    (4) Sclérote: Forme de résistance de certaines espèces se présentant comme une masse dure sclérifiée, souvent immergée dans le substrat. Dans certains cas, le sporophore se dévellope sur un sclérote.

    (5) Cystides: éléments stériles se trouvant au sein de l'hyménium (6) des Basidiomycotina. Les cystides du genre Flammulina ont la forme de bouteilles ou de cylindres ventrus, à parois minces.

    (6) Hyménium: On désigne sous ce mot la partie fertile du champignon, son assise formée par les organes produisant des spores (asques ou basides) et par les cellules stériles (paraphyses ou cystides) qui les accompagnent (J. Guillot, 1993).


    Bibliographie

    Bon M. - "Champignons d'Europe occidentale" - Editions Arthaud, 1988.

    Courtecuisse R. - Les champignons de France" - Editions Eclectis, 1994. 

    Gerhardt E. - "Champignons" - Editions Vigot, 2004.

    Guillot J. - "Dictionnaire des champignons" - Editions Nathan, 2003.

    Heim R. - "Champignons d'Europe" - Editions Boubée, 1984.

    Lange J.E. et M. - "Guide des champignons" - Editions Delachaux & Niestlé, 1983.

    Phillips R. - "Les champignons" - Editions Solar, 1981.

    Romagnesi H. - "Petit atlas des champignons" Tome 2 - Editions Bordas, 1971. 









     


  • L'Amanite tue-mouches (Amanita muscaria): un champignon remarquable!

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à se référer au bas de la note.

    L'Amanite tue-mouches est sans aucun doute l'un des plus spectaculaires champignons de nos contrées. Son chapeau rouge vif ponctué de blanc a toujours suscité la curiosité du promeneur automnal. Mais sous cette parure attrayante se cache un champignon très toxique pour celui qui tenterait de le consommer. C'est une espèce commune, largement répandue dans les régions tempérées et froides. Cette amanite mycorrhizique (1), appelée aussi Fausse oronge, apparaît en automne, dans les bois de feuillus, dans les parcs et jardins, toujours au voisinage des bouleaux ou des conifères, en terrain acide.

     

    Amanita muscaria Yvoir 2-11-11 A.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 2 Novembre 2011.

     

    Son bulbe, sans volve, est typiquement surmonté d'un rebord sculpté. Le pied, dont la hauteur peut atteindre 20 cm, et les lamelles sont blancs, comme la chair qui est seulement orange sous la cuticule (2) du chapeau. Celle-ci dégage une très fine odeur de rave. L'anneau est ample, un peu strié, blanc ou bordé de jaunâtre. Le chapeau, de 5 à 15 cm de diamètre, est d'un rouge éclatant ponctué de fines mèches floconneuses blanches. L'absence de celles-ci est parfois remarquée et est due au lessivage du chapeau par la pluie.

     

    Amanita muscaria U.jpg

    Chez cet exemplaire, les squames floconneuses blanches sont absentes.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2010.

     

     

    Coupées, les très jeunes amanites sont reconnaissables à la ligne jaune-orange sous la cuticule du chapeau.

    Amanita muscaria R.jpg

     

    Photo: Fr. Hela, Lustin, Octobre 2010.

     

    La seule confusion possible, en présence de ce champignon, est cclle que certains mycologues débutants pourraient faire avec l'Amanite des Césars ou Oronge vraie (Amanita caesarea), espèce méridionale comestible d'excellente qualité. Cette dernière espèce est très rare dans notre pays, mais des observations sont cependant possibles. L'Amanite des Césars  possède un pied et des lamelles jaunes, un chapeau orange et une volve blanche.

     

    Amanita caesarea Blog du Guit.JPG

    L'Oronge ou Amanite des Césars (Amanita caesarea).

    Photo: Blog du Guit.

     

    L'amanite tue-mouches est considérée comme un champignon dangereux, bien que son effet soit rarement mortel. Cette réputation vient de ses propriétés, soit prétendues aphrodisiaques (en réalité, elles provoquent un gai délire), soit toxiques, selon les régions et la partie du champignon consommé. Les substances agissantes, irrégulièrement réparties dans le champignon, seraient plus concentrées sous le revêtement rouge du chapeau. 

    Amanita muscaria h.JPG

    Photo: Michel Gijsemberg, Profondeville, Automne 2010.

     

    On note les muscarines, responsables du ralentissement du coeur, de la contraction des pupilles, des troubles digestifs et sécrétoires (syndrome muscarinien), mais sont sans action sur le système nerveux central. La présence de muscarine ne se limite d'ailleurs pas aux seules amanites, nombreuses sont d'autres espèces qui lui doivent leur toxicité, principalement les Inocybes (notamment l'Inocybe de Patouillard Inocybe erubescens) et les Clitocybes blancs. D'autres substances possèdent une action psychotonique; on peut citer la bufoténine (isolée aussi du venin de crapaud), les dérivés de l'isoxazol, dont le muscimol, aux propriétés hallucinogènes potentialisées par la muscazone et l'acide iboténique (R. Heim, 1984 - J. Guillot et al., 1993).

     

    Amanita muscaria j.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), Octobre 2010.

     

    En conclusion, il vaut mieux ne pas consommer cette belle espèce. Le mycelium (le champignon proprement dit) est bien utile pour la bonne santé de nos bouleaux et de nos conifères (voir ci-dessous le commentaire à propos des mycorhizes). Admirez ses sporophores, organes reproducteurs, ne les cueillez-pas et ne les détruisez pas du pied !

     

    Amanita muscaria Godinne 6-11-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 6 Novembre 2011.

     

    (1) On sait depuis 1850 que de nombreux arbres (chênes, hêtre, bouleaux, la plupart des conifères...) sont associés à des mycéliums qui s'agglomèrent en manchons cylindriques à la surface, ou immédiatement sous la surface, de leurs racines. Aux "racines-champignons" ainsi constituées on donne le nom de mycorhizes (H. Bruge, 1977). Parmi les champignons en cause, dont les sporophores s'observent dans nos forêts, on trouve notamment les Amanites. Il est établi que les arbres dont les racines présentent ces mycorhizes se développent beaucoup mieux que ceux dont les racines en sont dépourvues. Je vous invite à lire un excellent ouvrage intitulé "La Symbiose, structure et fonctions, rôle écologique et évolutif" par Marc-André Selosse (154 pages), aux Editions Vuibert, 2000, Paris. L'auteur y indique que la physiologie et l'écologie de ces associations mycorhiziques ont été bien étudiées, et revêtent un rôle majeur dans les écosystèmes terrestres.

    (2) La cuticule est la couche superficielle du revêtement du chapeau du champignon, plus ou moins facilement séparable de la chair.

     

     

  • Une découverte mycologique spectaculaire à Godinne: Omphalotus illudens.

    * Les mots marqués par un astérisque sont expliqués dans le petit glossaire, à la fin de la note.

    L'Allée Croix d'Al Faux se situe non loin du Collège Saint-Paul et de son verger abandonné. Les maisons du quartier se sont construites progressivement dans une chênaie. Dans certaines propriétés on peut encore observer de magnifiques chênes pédonculés (Quercus robur). De son jardin arboré, Nadine attire mon attention sur une grande tache orange vif, visible de loin, dans la pelouse de ses voisins. A la jumelle, il s'avère que se sont des champignons d'une grande taille croissant en groupe. Avec l'accord de la voisine, nous décidons d'examiner de plus près cette curiosité.

     

    Omphalotus illudens Godinne 24-08-11 F.JPG

    Omphalotus illudens

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 24-08-11.

     

    La taille et la couleur de ces champignons sont extraordinaires. Les chapeaux de certains d'entre eux ont au moins 15 cm de diamètre, voire davantage ! Ils présentent une couleur orangée vive. Le revêtement est brillant mais sec et satiné. La marge étroite de ces chapeaux est enroulée et tend à se lober.

     

    Omphalotus illudens Godinne 24-08-11 C.JPG

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 24-08-11.

     

    Les lames minces, étroites et fourchues ont la même couleur que le chapeau et sont fortement décurrentes*. Le pied est fort et plein, concolore, souvent courbé, se rétrécissant à la base (presque radicant*). La chair est orangée et ferme dégageant une forte odeur fongique.

     

    Omphalotus illudens Godinne 24-08-11 E.JPG

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 24-08-11.

     

    Nous sommes bien en présence du clitocybe illusoire ou trompeur (Omphalotus illudens), appelé aussi clitocybe lumineux, une espèce très rare dans notre pays !

    D'après D. Schott (Société Mycologique de Strasbourg - 1979), le Genre Omphalotus se caractérise macroscopiquement par des basidiocarpes* de grande taille, omphaliformes*, entièrement de couleur orangée vive, par des lamelles très décurrentes* et une sporée crème. Plusieurs espèces d'origines américaines ou australiennes ont été décrites. Deux espèces du Genre Omphalotus, très semblables macroscopiquement, sont connues en Europe. Pendant longtemps, elles furent considérées comme deux formes écologiques d'une seule et même espèce. D'après certains travaux d'étude génétique sur le Genre Omphalotus (Petersen, Ronald H. and Karen W. Hughes, 1998), il semble actuellement admis qu'il s'agit de deux espèces différentes. Le clitocybe ou pleurote de l'olivier (Omphalotus olearius), espèce méridionale, croît en touffe sur les souches ou racines des oliviers ainsi qu' à la base des chênes verts (Quercus ilex) et lièges (Quercus suber).

     

    800px-Omphalotus_olearius.jpg

    Omphalotus olearius, espèce plutôt méridionale.

    Photo: www.wikipedia.fr

     

    Le clitocybe trompeur (notre espèce décrite ici), à tendance plus septentrionale, pousse en groupe ou isolément, sur le bois mort, souvent au pied et sur des souches en décomposition de chênes. Marcel Bon (1988) indique aussi qu'on le trouve sur le bois pourrissant  des châtaigniers (Castanea sativa). A Godinne, la présence de cette espèce dans une pelouse s'explique peut-être par l'existence d'une souche pourrie d'un chêne anciennement abattu dans le sol, voire du bois mort ou de grosses racines décomposées de cet arbre.

     

    Omphalotus illudens Godinne 24-08-11 D.JPG

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 24 août 2011.

     

    Toutes les espèces du Genre Omphalotus sont toxiques et leur consommation entraîne un symptôme du type gastro-intestinal assez sévère: Sueurs, vertiges, douleurs et vomissements. La toxine en cause est l'illudine. Ces intoxications ont lieu principalement en France où Omphalotus olearius est plus abondant et plus souvent confondu par les débutants avec des espèces comme la chanterelle (Cantharellus cibarius) au la fausse girolle (Hygrophoropsis aurantiaca). Un tableau comparatif de l'ensemble des caractères macroscopiques des espèces pouvant potentiellement être confondues avec une espèce du Genre Omphalotus figure sur le site de la Société Mycologique de Strasbourg (voir l'adresse en fin de note).

    Pour terminer, signalons que les espèces du Genre Omphalotus possède une propriété remarquable: leurs lamelles sont luminescentes dans l'obscurité. Si on met un champignon dans le noir complet, après quelques minutes, les lamelles dégagent nettement un halo de lumière verdâtre. Cette réaction consiste en l'oxydation d'une substance appelée la luciférine et est favorisée par la présence d'une enzyme, la luciférase. Lorsqu'elle se produit, il se dégage de l'énergie sous forme de lumière froide.

     

    Omphalotus_olearius_33857.jpg

    Photo: www.wikipedia.fr

     

    Petit glossaire

    *Basidiocarpe: Organe qui porte les cellules reproductrices (qui donneront les spores) des champignons possèdant  des lames, des tubes ou des aiguillons. Le terme sporophore serait plus adéquat. En quelque sorte, nous dégustons des omelettes aux sporophores et non aux... champignons !

    *Décurrente: Se dit d'une lame de champignon qui se prolonge plus ou moins bas sur le pied.

    *Omphaliforme: Ayant la forme des Omphales, petits champignons aux lames décurrentes, aux chapeaux ténus, déprimés au centre et aux pieds un peu cartilagineux. 

    *Radicant: Se dit du pied d'un champignon lorsqu'il est prolongé dans le sustrat par une sorte de racine pivotante.

     

    (1) Site de la Société Mycologique de Strasbourg: "Omphalotus illudens" par Dominique Schott (Fiche technique régionale): www.mycostra.free.fr/bulletin/omphalotus_illudens.htm

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Des pleurotes sur un peuplier.

    Le pleurote en forme d'huître (Pleurotus ostreatus) est aujourd'hui un champignon bien connu. Sa culture s'est en effet développée depuis quelques années et on le trouve fréquemment dans le commerce.

    C'est en fait une espèce lignicole* indigène que l'on rencontre çà-et-là sur les troncs et les souches de feuillus, tels que peupliers, saules, tilleuls, chênes, noyers, arbres fruitiers, ..., rarement sur les pins. Les sporophores* imbriqués, munis d'un pied court et latéral, sont souvent volumineux. Les chapeaux peuvent atteindre une quinzaine de centimètres de largeur et même plus. La coloration est quelque peu variable: elle va du gris au violet noirâtre, en passant par diverses nuances de brun. Les lamelles décurrentes*, sont peu serrées et de couleur blanc crème.

    Pleurotus ostreatus Yvoir 14-2-11.jpg

     

    Pleurotus ostreatus Yvoir 14-2-11 A.jpg

    Pleurotus ostreatus Yvoir 14-2-11 D.jpg

    Ici, les pleurotes, assez pâles, croissent sur un tronc de peuplier du Canada.

    Photos: Fr. Hela, Yvoir, le 14 février 2011.

     

    Ce champignon, assez fréquent, se rencontre parfois en été, mais c'est surtout en automne et en hiver que les observations sont les plus nombreuses. Pour apparaître, il aurait besoin de faibles gelées nocturnes (E. Gerhardt, 2007).

     

    * Lignicole: Se dit d'un organisme croissant sur un substrat ligneux (bois mort ou vivant).

    * Sporophore: Nom donné à l'organe qui porte les cellules reproductrices (qui donneront des spores) des êtres vivants du règne fongique. En quelque sorte, nous dégustons des omelettes aux sporophores et non aux ... champignons !

    * Décurrente: Se dit de lamelles d'un champignon qui se prolonge plus ou moins bas sur le pied.

  • Quelques merveilles mycologiques de ce mois de janvier 2011.

    Même lors des jours sombres où on a l'impression que le soleil a totalement disparu, sous la grisaille et la bruine, il y a des merveilles colorées à découvrir. Ce sont de véritables petites lumières qui vous réchauffent le coeur!

    La collybie à pied velouté (Flammulina velutipes) est l'une de celles-la. Resplendissante et survivant souvent au gel, cette collybie pousse en touffes parfois importantes sur le bois mort des feuillus, du printemps à l'automne.

    Flammulina velutipes Godinne Janvier 2011 C.jpg

    Photo: Fr. Hela, Godinne, le 21 janvier 2011.

     

    L'oreille de Judas (Hirneola auricula-judae) aime particulièrement les branches et le tronc des vieux sureaux noirs (Sambucus nigra). C'est un champignon gélatineux au sporophyte lobé, presque en forme d'oreille.

     

    Auricularia auricula-judae Yvoir 27-1-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), le 27 janvier 2011.

     

    Le tramète versicolore (Trametes versicolor), dont le chapeau mince présente des zones concentriques claires et foncées d'un plus bel effet, croît en colonie sur le bois mort de feuillus.

    Trametes versicolor Godinne Janvier 2011.jpg

    Photo: Fr. Hela, Godinne, le 21 janvier 2011.

     

    La trémelle mésentérique (Tremella mesenterica) garnit les vieilles branches d'un noisetier de ses sporophytes jaune d'or presque orangés.

    Tremella mesenterica sur vieux sureau noir 27-1-11 B.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), le 27 janvier 2011.

     

    L'amadouvier des pins, appelé aussi unguline marginée (Fomitopsis pinicola) est un très beau polypore. Il est commun surtout sur les résineux vivants ou morts. Ici, il pousse sur une souche de conifère.

    Fomitopsis pinicola Yvoir Forêt Domaniale Tricointe 21-11-11.jpg

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale de Tricointe), le 21 janvier 2011.