Fougères

  • Le Blechnum en épi (Blechnum spicant), une fougère des milieux frais et souvent humides

    J'emprunte souvent le chemin forestier partant de Tricointe (Yvoir) et menant aux Fonds d'Ahinvaux. A mi-chemin entre ces deux lieux-dits, apparaît, sur ma droite, une prairie en bordure de laquelle croissent des Genêts à balais (Cytisus scoparius) et des Callunes (Calluna vulgaris), vestiges de landes anciennes. Un Pic noir passe en vol, en criant, et se dirige vers des conifères. Ensuite, le sentier pénètre à nouveau dans la forêt et, cette fois, il est en pente raide. Il est trempé, glissant et caillouteux. La fraîcheur du lieu et la forte humidité qui s'en dégage est surprenante, surtout en été. Peu de lumière arrive au sol et une pessière accentue l'effet obscure de ce coin. Un ravin sombre, à ma droite, est digne de certaines zones de l'étage montagnard, sur les versants nord, dans les Alpes ! Partout, l'eau percole ou suinte entre les roches siliceuses. Sur le talus, au pied des grands épicéas, quelques rayons du soleil parviennent à éclairer des frondes étalées, luisantes et semblant coriaces d'une fougère. Le Blechnum en épi (Blechnum spicant) !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 4 Avril 2011


    Le Blechnum en épi est la seule espèce européenne de la Famille des Blechnacées. C'est une fougère dont les frondes (20 à 50 cm) sont rapprochées en touffes, au sommet d'un rhizome (tige souterraine) plus ou moins dressé et court.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Forêt domaniale), 3 Mars 2013


    Au centre de chaque touffe, on peut observer quelques frondes fertiles, dressées et à pennes très étroites. Tout autour, on remarque des feuilles étalées ou couchées, restant stériles, à limbe coriace, dont les pennes sont plus larges, et de longueur régulièrement décroissante vers le bas. Ces dernières persistent en hiver.

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    Le Blechnum en épi sur un talus forestier, dans la vallée du Bocq

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    Frondes stériles, coriaces et persistantes en hiver

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    Fronde fertile à segments étroits, linéaires, écartés (aspect d' "arête de poisson")

    Photos: Fr. Hela, 2013


    Les sores (groupes de sporanges, organes dans lesquels se forment les spores) à la face inférieure des frondes fertiles forment un liséré continu parallèle au bord des pennes. 

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    Photo: Marianne Horemans


    Le Blechnum en épi est une plante vivace dont les bourgeons d'hiver se développent au niveau du sol (hémicryptophyte). Ses nouvelles frondes voient le jour au printemps et il dissémine ses spores en été (généralement chez nous, de juillet à septembre).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2013

     

    Notre fougère est une plante silicicole qui pousse toujours sur des sols acides. Elle affectionne les forêts fraîches ou humides à humus brut. On la trouve également au bord des ruisseaux acides, dans les tourbières. C'est une espèce qui pousse sur des sols à excès d'eau en hiver et à drainage imparfait (espèce hygrocline). On l'observe parfois au pied de haies et sur les bords de fossés, mais toujours sur des sols décrits ci-dessus. En montagne, le Blechnum en épi se rencontre jusqu'à l'étage subalpin (2400 mètres), dans les landes à rhododendrons, les tourbières ou sur les rochers suintants parmi les mousses.

     

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    Photo: Fr. Hela, Vosges (Réserve naturelle de Tanet-Gazon du Faing), 28 Octobre 2013


    Dans notre région, il n'est pas très fréquent. Les stations sont peu nombreuses et se situent, entre autres, dans le bas des pentes boisée, sur sols siliceux, en zones ombragées, fraîches et parcourues par de petits ruisseaux, dans la vallée du Bocq.

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    Photo: Fr. Hela, Purnode (Vallée du Bocq), 20 Septembre 2012

     




  • Le Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum) et le Polystic à soies (Polystichum setiferum), fougères de nos forêts de ravin ombragées.

    Les forêts de ravin ombragées, sur éboulis calcaires ou gréso-schisteux sont des associations forestières assez caractéristiques du bassin de la Meuse et de ses affluents. Elles y occupent les éboulis et colluvions, dans les ravins et pentes abruptes des vallées encaissées. Dans ces sites, elles bénéficient, à l'abri des vents, d'une atmosphère fraîche et humide où les écarts de température sont atténués.

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    Forêt de pente où croissent des Polystics à soies (Polystichum setiferum)

    Photo: Fr. Hela, Vallée du Crupet, 3 Mars 2012


    Dans la vallée du Bocq, on peut admirer, à divers endroits, de magnifiques érablières de ravin. Celles-ci sont bien adaptées aux sols incomplètement stabilisés qu'elles contribuent à fixer par leur enracinement oblique et profond.

     

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    Le Bocq, entre Spontin et Yvoir, à creusé une vallée qui, à certains endroits, est très encaissée. On peut y observer de belles érablières de ravin à Langues de cerf ou Scolopendres (Asplenium scolopendrium). Les deux Polystics y sont fréquents.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), Octobre 2012.

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    Forêt de ravin sur éboulis calcaires avec des Langues de cerf (Asplenium scolopendrium).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2012.


    Les essences typiques de ces formations sont l'érable plane (Acer platanoides), l'orme des montagnes (Ulmus glabra) et, dans les pentes calcaires, le tilleul à larges feuilles (Tilia platyphyllos) et le frêne (Fraxinus excelsior). La flore herbacée du sous-bois tolère un ombrage important et comporte diverses espèces de fougères, certaines à frondes persistantes en hiver. C'est surtout en ces lieux que vous rencontrerez nos deux Polystics.

     

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    Le Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 13 Février 2011


    Les Polystics possèdent des feuilles composées (frondes) rapprochées en touffes, au sommet d'une tige souterraine (rhizome) plus ou moins dressée et courte.

     

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    Frondes en touffes de Polystics à soies (Polystichum setiferum)

    Photos: Fr. Hela, Yvoir, Septembre 2012

     

    La face inférieure de celles-ci présente, de juillet à octobre, des indusies peltées, c'est-à-dire des membranes recouvrant des amas de sporanges ou sores, en forme de cercle et plus ou moins fixées par le centre. Chez les deux espèces, les dents des feuilles sont prolongées par une arête bien marquée.

     

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    Indusies orbiculaires et peltées à la face inférieure d'une fronde d'un Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Septembre 2012.


    Le Polystic à aiguillons, plante vivace, a des frondes pouvant atteindre 80 cm. Le limbe de celles-ci est très luisant, glabre, coriace et progressivement réduit à la base. Le pétiole est plus court que celui du Polystic à soies. Les pinnules sont attachées obliquement sur les axes et ne présentent pas de pétiolules distincts.

     

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    1. Souche courte et épaisse, avec la base des pétioles des feuilles.

    2. Rachis du limbe couvert d'écailles rousses.

    3. Fronde (feuille composée) entière à limbe glabre à la face supérieure, vert sombre, assez coriace et rétréci progressivement à la base (persistante en hiver).

    4. Premières divisions (pennes) arquées vers le haut.

    5. Segments des pennes (pinnules).

    6. Segments supérieures (pinnules) de la base des pennes plus grands que les voisins.

    7. Ceux-ci son insérés à la base sur toute la largeur (non pétiolulés).

    Dessins extraits de la Flore forestière française, par Rameau J.-C. et al., Institut pour le développement forestier (1. Plaine et colline), 1989.


    Son développement se déroule au printemps et ses feuilles persistent en hiver jusqu'à la fin du printemps suivant.

     

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    Frondes au début de leur développement.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Printemps 2011.


    Le polystic à aiguillons recherche fraîcheur et humidité. Il pousse indifféremment sur sols calcaires ou siliceux. Il se rencontre dans les sous-bois humides, souvent parmi des blocs rocheux ou dans des ravins encaissés, en bord de ruisseaux. Cette fougère colonise parfois la base de rochers ou de vieux murs. Elle est considérée comme assez rare en Wallonie.

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    Le Polystic à aiguillons aux frondes vert sombre et luisantes, persistantes en hiver.

    Photo: Fr. Hela, Hun-sur-Meuse, 17 Mars 2012


    Le Polystic à soies, plante vivace, est beaucoup plus rare. C'est une grande fougère à feuilles souvent étalées et retombantes, atteignant parfois 1 mètre de longueur. Le limbe de celles-ci est mat, peu coriace et très peu réduit à la base.

     

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    1. Pétiole plus long que Polystichum aculeatum.

    2. Rachis écailleux.

    3. Fronde (feuille composée) entière, peu rétrécie à la base, glabre, assez molle, disparaissant normalement en hiver. Elle peut persister quelquefois à cette saison, en des stations plus protégées.

    4. Pennes aigues, en général arquées vers le haut.

    5. Segments des pennes (pinnules) pétiolulés, à lobes dentés, insérés perpendiculairement au rachis des pennes (costa).

    6. Lobe basiliaire extérieur d'une pinnule légèrement plus développé que les autres.

    7. Penne avec pinnules.

    Dessins extraits de la Flore forestière française, par J.-C. Rameau et al., Institut pour le développement forestier (1. Plaine et colline), 1989.


     

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    Frondes du Polystic à soies apparaissant au printemps.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 2011


    Le Polystic à soies requiert l'ombre, la fraîcheur et l'humidité atmosphérique (climat océanique). C'est une fougère des vallons et ravins encaissés, des bois de pente et des bords de ruisseaux. Indifférente aux substrats, elle préfère néanmoins des terrains siliceux et des sols à acidité modérée.

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    Le Polystic à soies (Polysticum setiferum).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 30 Mai 2011.


    Lorsque les deux Polystics coexistent à un endroit, des plantes hybrides sont parfois observées (P. xbicknelii). Celles-ci se reconnaissent surtout à leurs spores au moins en partie avortées, mais il n'est pas toujours facile de les distinguer, sans examen microscopique, des individus robustes de Polystichum aculeatum.


    Littérature consultée:

    Clesse B.: "Initiation à la reconnaissance des fougères de nos sous-bois, vieux murs, rochers et éboulis" - Entente nationale pour la protection de la nature a.s.b.l., 2006.

    Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la belgique, du G.-D. de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines" (Cinquième Edition) - Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, Meise, 2004.

    Noirfalise A.: " Forêts et stations forestières de Belgique" - Ed. Les Presses Agronomiques de Gembloux, 1984.

    Prelli R.: "Guide des fougères et plantes alliées" (Deuxième édition) - Ed. Lechevalier, Paris 1990.

    Prelli R. et Boudrie M.: "Atlas écologique des fougères et plantes alliées" - Ed. Lechevalier, Paris 1992.

    Rameau J.-C. et al. : "Flore forestière française" Tome 1: "Plaine et colline", Institut pour le développement forestier, 1989.

     












     



     



  • La Doradille noire (Asplenium adiantum-nigrum) dans la vallée du Bocq.

    Dans la vallée du Bocq, la Doradille noire croît dans les fissures de rochers, sur des vieux murs de grès, dans les talus ombragés où affleure la roche siliceuse et sur les assises caillouteuses de l'ancienne voie ferrée Ciney-Spontin-Yvoir.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    On la découvre souvent en des stations ombragées à forte humidité atmosphérique, mais pas exclusivement. Cette Aspléniacée préfère les substrats siliceux. Cependant, on la rencontre parfois sur des rochers calcaires. La basse vallée du Bocq est un lieu privilégié pour de nombreuses espèces de fougères. Certaines sont considérées comme rares pour l'ensemble de la Belgique. C'est le cas de la Doradille noire qui est bien représentée dans la vallée à Yvoir, Durnal, Dorinne, Evrehailles et Purnode.

    Plante vivace de 15 à 40 cm, aux bourgeons de renouvellement situés au niveau du sol (hémicryptophyte), la Doradille noire présente un rhizome poilu et écailleux. Ses frondes (feuilles composées chez les fougères) sont souvent vert foncé, plus ou moins luisantes à la face supérieure et un peu coriaces. 

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    La partie plate et élargie de la feuille composée (le limbe) est ovale à largement triangulaire. Le pétiole brun noirâtre sur une grande partie de sa longueur est épaissi à la base et égale pratiquement le limbe.

     

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    Photo: Fr. Hela, Annevoie-Rouillon, Mars 2011.


    Les divisions secondaires des feuilles (pinnules) possèdent des dents aiguës ou de petites pointes étroites, régulièrement effilées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    Les sores (amas de sporanges, organes renfermant les spores) sont allongés et rapprochés.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, Septembre 2011.


     

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    1. Le rhizome poilu et écailleux.

    2. Le pétiole brun-noir.

    3. La fronde triangulaire.

    4. Divisions secondaires à dents aiguës.

    5. Sores allongés et rapprochés.

    Dessin extrait de la Flore forestière française (1. Plaines et collines), par J.C. Rameau et al.


     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    Je termine cette note par une citation d'un auteur dont je ne connais plus le nom:

    " Tombée du ciel, l'eau qui circule dans les anfractuosités de la roche gréseuse est l'élément salvateur et propagateur de la fougère. "










  • Le Cystoptéris (Cystopteris fragilis), une fougère délicate et discrète.

    Cette fougère peu commune est surtout présente dans la vallée du Bocq. Elle croît de préférence sur des substrats contenant du calcaire (calciphile), mais on la rencontre parfois en zones siliceuses. Chez nous, elle affectionne les fissures de rochers, les vieux murs et les vieux puits (Site de Poilvache notamment) en moellons calcaires, les ponts de pierre enjambant les cours d'eau, souvent en sites ombragés, exposés au nord ou sous couvert forestier (forêts de ravins sur éboulis grossiers).

     

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    Le Cystoptéris sur un rocher humide et ombragé.

    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 24 Mai 2010.

     

    Parfois, elle pousse à découvert, sur des pentes ensoleillées, mais alors toujours à proximité de zones humides (suintements, cascatelles de petits ruisseaux frais ...).

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Vallée du Bocq), Mai 2011.

     

    Plante vivace, le Cystoptéris se développe au printemps et répand ses spores en été. Les frondes se déssèchent généralement en automne, mais aussi dès l'été, en cas de sécheresse.

     

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    Le Cystoptéris sur un vieux muret, à l'ombrage et à l'exposition nord.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Propriété Dapsens), 28 Mai 2011.

     

    Les feuilles ou frondes de cette fougère (15 à 30 cm) sont rapprochées en touffes au sommet d'un rhizome court et dressé. Le limbe est délicatement ciselé et les nervures se terminent, en majorité, dans les dents des pinnules. Le pétiole verdâtre, grèle, un peu plus court que le limbe, est glabre et possèdent quelques petites écailles à sa base.

     

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    Une fronde de Cystoptéris.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Propriété Dapsens), Mai 2011.

     

    Le Cystoptéris ressemble beaucoup à une jeune Fougère femelle (Athyrium filix-femina), mais se distingue aisément par ses sores arrondis, à indusies latérales ovales et aiguës rapidement caduques.

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Vallée du Bocq), 28 Mai 2011.

     

    Voici une illustration, avec détails, du Cystoptéris, d'après la Flore forestière française (2 Montagnes) par J.-C. Rameau, D. Mansion et G. Durné (Institut pour le développement forestier - 1993):

     

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    1. Souche courte, fibreuse, écailleuse et roussâtre.

    2. Pétiole grêle, vert, plus court que le limbe, un peu écailleux à la base.

    3. Limbe plus long que large, rétréci à la base.

    4. Penne: foliole de la feuille composée (fronde), chez les fougères.

    5. Pinnule: subdivision de la penne, aussi appelée "foliolule".

    6. Sores (groupes de sporanges dans lesquels se forment les spores) de petite taille; indusies fixées par leur bord.

     

     

     

     

     

     

     

  • Le Cétérach (Ceterach officinarum), petite fougère reviviscente !

    Dans le texte, les chiffres entre parenthèses invitent le lecteur à se référer au petit glossaire, en fin de note.

    Cette petite fougère (18 à 25 cm) assez rare croît sur les vieux murs, les fentes de rochers et les éboulis rocheux, surtout sur des substrats calcaires. Elle est très bien adaptée à la chaleur estivale par ses remarquables facultés de reviviscence. En effet, cette plante vivace, aux feuilles persistantes, est capable de supporter de longues périodes de sécheresse. Le limbe de la feuille, en partie déshydraté, s'enroule et "attend" en vie ralentie, sous la protection des écailles sèches de sa face inférieure, le retour de l'humidité suffisante pour s'épanouir à nouveau et reprendre sa vie active. Dans un livre consacré aux fleurs du Parc National des Ecrins, j'ai trouvé cette surprenante anecdote: "Daubeny, professeur d'anglais, raconte qu'un pied de Cétérach, oublié pendant deux ans dans un herbier, a repris vie après quelques jours de replantation" !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rue du Redeau), Octobre 2011.

     

    Les frondes (1) du Cétérach sont rapprochées en touffes. Les pétioles (2) très écailleux de celles-ci sont plus courts que le limbe (3). Celui-ci est épais, une seule fois divisé, à pennes (4) de longueur décroissante vers le bas de la feuille et soudées au rachis (5) par toute leur largeur. La face supérieure du limbe est verte et l'inférieure est couverte d'écailles d'abord argentées puis brun roux cachant les sores (6).

     

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    Ceterach officinarum: épanouissement de nouvelles frondes.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Rue du Redeau), Mai 2011.

     

    Dans certains ouvrages, le nom scientifique utilisé pour désigner cette espèce est Asplenium ceterach. Les opinions divergent entre sa séparation en un Genre distinct (Ceterach) et son maintien dans le Genre Asplenium, positions qui se justifient l'une et l'autre (R. Prelli et M. Boudrie, 1992). Cette fougère était autrefois utilisée en médecine contre les inflammations de la rate en particulier, comme diverses espèces d'Asplenium (du grec splen, rate). Le nom "cétérach" serait d'origine arabe (cetrack). Au Moyen-âge, notre fougère semble être un remède contre "l'obstruction" de la rate et du foie. Elle contiendrait aussi des substances (tanin et acides organiques) bénéfiques pour la guérison de blessures. Le pouvoir cicatrisant de celles-ci stopperait les hémorragies, désinfecterait et ferait évoluer favorablement les plaies.

     

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    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Chansin), 27 Juillet 2011.

     

    (1) Fronde: Ce terme désigne la feuille des fougères et comprend donc le pétiole et le limbe.

    (2) Pétiole: Partie amincie de la feuille reliant le limbe à la tige. Celui-ci est souvent écailleux chez les fougères.

    (3) Limbe: Partie élargie de la feuille.

    (4) Penne: Chez les fougères, foliole d'une feuille composée.

    (5) Rachis: Axe principal chez une feuille composée et pennée, prolongeant le pétiole et correspondant ainsi à la nervure principale du limbe.

    (6) Sore: Chez les fougères, groupe de sporanges (organes dans lesquels se forment les spores), chez les Ptéridophytes (plantes herbacées se reproduisant par des spores).

     

     

     

     

  • La doradille du Nord (Asplenium septentrionale), une fougère rare chez nous.

    Cette fougère des zones tempérées et subarctiques de l'hémisphère boréal habite les fissures des rochers et des vieux murs siliceux.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, Mars 2011.

     

    Très discrète, la doradille du Nord est une fougère réduite à sa plus simple expression. Si l'on n'y prenait garde, elle pourrait bien passer pour une banale touffe d'herbe ! Ses frondes en lanière étroite, fourchues à leur extrémité, portant des bandes brunes de sporanges sur leur revers, permettent aisément de l'identifier.

     

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    Photo: Fr. Hela, Annevoie-Rouillon, Avril 2011.

     

    Notre fougère, très originale par sa morphologie, est une espèce rare dans notre pays. Les quelques stations dans notre région se situent dans des anfractuosités de rochers siliceux (pasmmites, schistes et grès). En France, dans les massifs siliceux de montagnes, elle est assez fréquente, notamment dans les Cévennes, les Alpes, les Pyrénées et les Vosges.