Papillons

  • Observations exceptionnelles en 2017 de Nacrés de la Ronce (Brenthis daphne), espèce méridionale en expansion vers le nord, dans l'entité d'Yvoir (B) !

    Du début du mois de juin à la fin de juillet 2017, lors de mes pérégrinations, j'ai pu remarqué l'abondance inhabituelle de Nacrés de la Ronce (Brenthis daphne). Cette note vient bien à propos pour détailler les circonstances des observations, les difficultés de détermination, l'expansion vers le Nord de cette espèce venue du Sud et quelques aspects de sa biologie.

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    Nacré de la Ronce (Brenthis daphne): les bordures marginales noires sont entrecoupées

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 15 juin 2017

     

    Si cette espèce est morphologiquement très proche du Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino), régulièrement rencontré dans la vallée du Bocq, entre Purnode et Spontin, ses préférences écologiques sont bien différentes. Elle peut être vue dans des milieux très divers où elle butine une grande variété de fleurs. Cependant, elle apprécie généralement les endroits chauds et secs. Je l'ai admirée maintes fois sur des ronciers en fleurs baignés de soleil ou à proximité. Les milieux boisés, les lisières feuillues et les chemins ensoleillés bordés de ronces et de fleurs riches en nectar l'attiraient spécialement. Je l'ai rencontrée aussi sur des talus bien exposés et des ronciers en bordure de prairies mésophiles, ainsi que dans une carrière désaffectée et dans une pelouse calcaire, en bord de Meuse.

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    Nacré de la Ronce (Brenthis daphne): envers d'une aile postérieure

    Photo: Fr. Hela, Spontin (site de "La Rochette"), 16 juillet 2007

     

    Les sites des observations en juin et juillet sont: Spontin (site de "La Rochette" et près des "Sources"), Durnal (talus ensoleillés derrière le camping), Purnode ("Dessus des Rys") et Yvoir (Champalle et prairie de fauche d'Anway, à Tricointe). Cet afflux remarquable pourrait s'expliquer par les conditions particulièrement chaudes et sèches, avec peu de précipitations, des mois de juin et juillet.

    Les Nacrés (onze espèces en Belgique dont certaines sont assez rares ou rares) de la Famille des Nymphalidés se caractérise par la coloration argentée aux reflets nacrés de l'envers des ailes postérieures. Le dessus des ailes montre une couleur générale fauve ou orange garni de taches et de traits noirs.

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    Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino) montrant l'envers d'une aile postérieure

    Photo: S. Schreven

     

    La distinction entre le Nacré de la Ronce et le Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino) n'est pas toujours évidente. Cette dernière espèce présente dans la vallée du Bocq, aime les clairières et les prairies plus humides à la végétation haute (mégaphorbiaies), au bord des cours d'eau (ruisseaux, rivières), là ou croît la principale plante nourricière de sa chenille, la Reine-des-prés (Filipendula ulmaria). Son envergure est sensiblement inférieure: 34 à 42 mm contre 42 à 52 mm pour le Nacré de la ronce.

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    Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino): les bordures marginales noires sont continues

    Photo: Fr.Hela, Vallée du Crupet, 4 juin 2017

     

    Distinction entre les deux espèces en observant l'envers d'une aile postérieure:

     

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    Brenthis daphne: au revers de l'aile postérieure, on voit la base S4 adjacente à l'extrémité de la cellule qui est jaune en partie ombrée ou striée de brun jaune (voir la flèche verte)

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    Brenthis ino: au revers de l'aile postérieure, la base de S4 est entièrement jaune sans ombre ou couleur brune (voir la flèche verte)

     

    Le Nacré de la Ronce est une espèce univoltine (une génération, de l'oeuf à l'adulte, en un an) présentant une période d'émergence assez étalée, surtout de mi-juin à fin juillet. Les oeufs sont pondus séparément sur des feuilles de Ronces (Rubus div.), de Framboisiers (Rubus idaeus) et de Violettes (Viola spec.). La chenille est couverte d'épines brun clair aux ramifications noires et, sur le dos, on remarque une double ligne blanche. Les flancs sont marqués de larges lignes blanc jaunâtre. L'imago visites les Fleurs de Chardons (Carduus spec.), de Cirses (Cirsium spec.), de Centaurées (Centaurea spec.), d'Origan (Origanum vulgare), de Ronces (Rubus spec.) et, même, de Buddléa (Buddleja davidii) dans les jardins ou dans les endroits ouverts colonisés par l'arbuste.

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    Photo: D. Robert, Mailly-sur-Seille (Meurthe-et-Moselle) (F), 12 mai 2011

     

    Le Nacré de la Ronce, espèce mésophile, occupait jusqu'en 1970 des biotopes à tendance xérothermique sur sol calcaire, en particulier les friches et les zones de transition entre les pelouses et la forêt, dans une petite moitié sud de la France. A partir de cette date, et durant trois décennies, de nombreux auteurs constatent son extension vers le nord et la colonisation de milieux beaucoup plus frais: allées forestières, clairières, coupes de régénération, bords d'étangs et même en altitude sur le massif vosgien ! C'est une espèce assez récente pour la faune belge. Elle a été découverte pour la toute première fois en 2006, dans trois stations gaumaises différentes. Depuis, son expansion est fulgurante, le nombre de données se multipliant d'années en années. En 2011, l'espèce dépassait largement la Lorraine belge et atteignait le nord du Condroz, ce qui constitue les stations les plus septentrionales pour l'Europe occidentale (V. Fichefet et al., 2008).

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    Nacré de la Ronce (Brenthis daphne): ce Nymphalidé est donc la douzième espèce de Nacrés en Wallonie et son expansion vers le nord serait favorisée par le réchauffement climatique, d'après plusieurs auteurs !

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Prairie de fauche d'Anway à Tricointe), 26 juillet 2016

     

    Documents consultés

    Collectifs (divers auteurs): "Les papillons de jour et leurs biotopes" Ed. Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, Bâle, 1987

    Delacre J.: "Inventaire documenté des Lépidoptères Rhopalocères et Hespéridés de Wallonie, présents sur le territoire de Doische-Trou des Gattes-Haie Gabaux, classés par catégories de menaces selon les critères de l'UICN", in Linneana Belgica, Pars XIX, n°9, décembre 2004

    Essayan R., Jugan D., Mora F. et Ruffoni A. (coord.): "Brenthis daphne (Denis § Shiffermüller, 1775) - le Nacré de la Ronce", in Atlas des papillons de jour de Bourgogne et de Franche-Comté (Rhopalocères et Zygènes) - Revue scientifique "Bourgogne-Nature" - Hors série 13-2013, pp.288-299

    Fichefet V. et al.: "Papillons de jour de Wallonie (1985-2007)", Région Wallonne, 2008

    Lafranchis T: "Les papillons de jour de France, Belgique et Luxembourg et leurs chenilles" Ed. Biotope, Coll. Parthénope, Mèze (F), 2000

    Leconte R. et Baudraz M. et V.: "Les Nacrés, Mélitées et Damiers de Champagne-Ardenne: Clé de détermination", 2013

    Radigue Fr.: "Une nouvelle espèce de papillon pour la Basse-Normandie: le nacré de la ronce (Brenthis daphne Denis § Schiffermüller, 1775) (Lepidoptera, Nymphalidae)", "in Invertébrés Armoricains", 2010, 6, pp. 27-28

     

     

     

     

  • Un autre "colibri": le Sphinx gazé (Hemaris fuciformis) dans la vallée du Bocq !

    Fin du mois de mai 2014, à Durnal, en contrebas de l'ancienne carrière de l'Herbois et de la voie de chemin de fer Ciney-Spontin-Yvoir, aujourd'hui fréquentée par des petits trains touristiques, une zone de la rive du Bocq, bien dégagée et exposée aux rayons du soleil, est particulièrement fleurie. A cette saison, de nombreuses plantes en fleurs attirent plusieurs espèces d'insectes butineurs, dont la Reine-des-prés (Filipendula ulmaria), la Lysimaque commune (Lysimachia vulgaris), la Stellaire des bois (Stellaria nemorum), le Myosotis des bois (Myosotis sylvatica), le Compagnon rouge (Silene dioica) et l'assez rare Aconit tue-loup (Aconitum lycoctonum). Durant une observation assez longue du va-et-vient des insectes, je pu admirer, en outre, le vol ramé assez lent de quelques Nacrés de la Sanguisorbe (Brenthis ino), mais aussi l'impressionnante Abeille charpentière (Xylocopa violacea) dont l'apparition dans notre région est fort rare ! Les fleurs roses rougeâtres des Compagnons rouges recevaient fréquemment la visite d'un sphinx au vol stationnaire, le Sphinx gazé (Hemaris fuciformis).

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    Photo: Fr. Hela, Durnal (vallée du Bocq), 29 Mai 2014

     

    Chez nous, cette espèce est beaucoup plus rare que le Moro-Sphinx (Macroglossum stellatarum) qui a fait l'objet de ma note précédente. Bien différent de celui-ci, le Sphinx gazé, appelé aussi Sphinx du chèvrefeuille, est tout d'abord reconnaissable à ses ailes vitrées, pourvues d'écailles uniquement sur le bord externe des ailes antérieures. Notons cependant, que, fraîchement éclos, les futures zones alaires transparentes du papillon sont couvertes légèrement d'écailles brun rouge, celles-ci tombant au premier vol, ne persistant plus qu'au niveau des aires marginales.

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    Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 24 Mai 2014

     

    Le Sphinx gazé (4 à 4,5 cm de longueur), aux anneaux abdominaux brun rouge et jaunâtres ressemble plus à un Hyménoptère. Hétérocère ("papillon de nuit"), il apparaît de mai à août et il vole le jour, par temps chaud, uniquement au soleil, de environ 10 heures du matin jusque fin d'après-midi.

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    Photo: Ph. Mothiron

     

    Il fréquente les prairies richement fleuries et les clairières ou lisières avec une diversité de fleurs mellifères. On le trouve aussi, d'après certains auteurs, dans des forêts claires et des bois mixtes pourvu qu'une grande quantité de lumière arrive dans le sous-bois. Comme je le dis plus haut, il pratique le vol stationnaire, mais, paraît-il, repose néanmoins l'extrémité des pattes antérieures sur le rebord de la corolle lorsqu'il butine. Il recherche particulièrement les fleurs roses, violettes ou bleues, notamment celles de la Centranthe rouge (Centranthus ruber), de la Valériane officinales (Valeriana officinalis), de la Sauge des prés (Salvia pratensis), de la Vipérine (Echium vulgare), de la Bugle rampante (Ajuga reptans), mais parfois aussi des plantes ornementales des jardins, comme les Phlox ou les Œillets.

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    La Centranthe rouge (Centranthus ruber)

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    L'inflorescence de la Valériane officinale (Valeriana officinalis)

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    La Sauge des prés (Salvia pratensis)

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    La Vipérine (Echium vulgare)

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    La Bugle rampante (Ajuga reptans)

    Photos: Fr. Hela

     

    La femelle pond ses œufs un à un généralement sur la face inférieure des chèvrefeuilles arbustifs ou lianeux. La ponte débute vers le milieu du mois de mai et les chenilles s'observent en juin-juillet et en août-septembre (seconde génération annuelle), de préférence en des endroits modérément humides, situés dans les sous-bois des forêts claires, en lisières forestières ou dans les haies. On les trouve sur la face inférieure du Camérisier (Lonicera xylosteum) et de la Symphorine blanche (Symphoricarpos albus). Dans la littérature, on mentionne encore, comme plantes nourricières, le Chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum), les Gaillets (Galium div.), la Knautie des champs (Knautia arvensis) et Deutzia scabra, cultivé pour l'ornement dans les parcs et jardins.

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    La chenille adulte du Sphinx gazé mesure 4 à 5 cm. Elle est verte et présente une peau granuleuse. Elle porte une ligne latérale jaune blanchâtre de part et d'autre du dos. Ses stigmates sont brun rouge et sa face ventrale est soit verte comme le reste du corps, soit brun foncé. Sa corne, à l'arrière de l'abdomen, est faiblement arquée et recouverte d'une granulation bleuâtre ou brunâtre.

    Photo: fr.wikipedia.org

     

    La nymphose se déroule au sol, dans une toile tissée. La chrysalide, noir brun avec des zones intersegmentaires plus claires, hibernent. Néanmoins, certaines d'entre elles éclosent encore la même année.

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    Le Camérisier (Lonicera xylosteum), la Symphorine blanche (Symphoricarpus albus) et le Chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum), plantes nourricières de la chenille.

    Photos: Fr. Hela

     

    Le Sphinx gazé est présent en Afrique du Nord, en Europe occidentale, ainsi qu'au nord-ouest de l'Inde et au Japon. En montagne, il peut atteindre des altitudes élevées (2000 m, en Suisse). Plus lié aux prairies fleuries bien ensoleillées que le Moro-Sphinx, il se maintient tout de même dans nos régions du fait que la chenille vit sur les Chèvrefeuilles, dont Lonicera xylosteum, espèce croissant de préférence sur des substrats contenant du calcaire (calciphile). Ce chèvrefeuille arbustif, appelé Camérisier, est encore relativement abondant dans nos chênaies thermophiles et, de plus, il est également cultivé pour l'ornement comme, d'ailleurs, la Symphorine blanche que l'on trouve en abondance dans les jardins, les grandes propriétés entretenues ou les haies proches des habitations.

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    Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 24 Mai 2014

     

    Documents consultés (indications valables aussi pour la note précédente à propos de Macroglossum stellatarum):

    Aubert J.-F.: "Papillons d'Europe" - II. Nocturnes et Sphingidés, Delachaux et Niestlé, 1968

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Flammarion, 2005

    Gillard M.: "Les papillons migrateurs en Belgique", in "Natura Mosana", Vol. 50, n°2, Avril-Juin 1997

    Groupe de travail des lépidoptéristes (ouvrage collectif): "Les papillons et leurs biotopes" - Vol.2, Pro Natura - Ligue suisse pour la protection de la nature, 1999

    Lévêque A.: Etude des migrations de papillons en France", in Revue "Insectes" de l'Office pour les insectes et leur environnement (OPIE) - 33, n°128 - 2003

    Luquet Gérard Chr.: "Papillons d'Europe" - Edition française de l'ouvrage de I. Novàk et Fr. Severa (1980 Artia, Prague), Bordas, 1983

    Rougeot P.-C. et Viette P.: "Guide des papillons nocturnes d'Europe et d'Afrique du Nord", Delachaux et Niestlé, 1978

    Vadam J.-Cl.: "Sur la présence de quelques papillons au cours de l'été 2003", in bulletin de la Société d'Histoire Naturelle du Pays de Montbéliard, 2004

     

     

     

     

     

     

     

  • Des "Oiseaux-Mouches" ou "Colibris" dans notre région ?

    Voici un titre particulier qui peut paraître farfelu ! Et pourtant, je ne compte plus les messages que je reçois chaque année, de juillet à octobre, comme quoi il y aurait des "colibris" dans notre commune !

    Le 14 octobre 2014, j'entreprenais de visiter une ancienne petite carrière située à l'arrière d'un ancien four à chaux restauré et qui abrite actuellement la Maison des Jeunes d'Yvoir, à proximité de la gare. Mon attention fut attirée par un insecte de couleur grise qui venait de se poser sur un bloc de rocher exposé au soleil. C'est lui, le fameux "colibri" !

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    Le Moro-Sphinx (Macroglossum stellatarum)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 14 Octobre 2014

     

    En fait, il s'agit du Moro-Sphinx (Macroglossum stellatarum), appelé aussi Sphinx du Caille-Lait, ou encore, Oiseau-Mouche. C'est un Hétérocère ("papillon de nuit") de plus ou moins 4, 5 cm, volant le jour jusqu'au crépuscule. De juin à novembre, c'est ce papillon que vous apercevez, en vol stationnaire devant les corolles d'un pélargonium, de pétunias, de phlox, de jasmins, de violettes, de vipérines, de buddléas ou arbres aux papillons ... et de bien d'autres espèces végétales.

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    Photo: Pierre Magniez, Angleur, 3 Juin 2011

     

    Notre "papillon de nuit", à l'activité diurne, fréquente les prairies fleuries, les bords des champs si quelques plantes ont résisté aux herbicides, les parterres ornementaux des jardins et des grandes propriétés et, même, les jardinières fleuries de vos appuis de fenêtres ou de votre balcon ! Agile, il puise le nectar des fleurs, surtout bleues ou violettes, à l'aide d'une trompe démesurée. C'est d'ailleurs pourquoi Scopoli (1777) l'a désigné sous le nom de Macroglossum signifiant "grande langue". Il ne se pose jamais sur les fleurs, mais s'immobilise devant elles, suspendu dans l'air par les vibrations rapides de ses ailes. 

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    Photo: Pierre Magniez, Angleur, 3 Juin 2011

     

    Au bout de quelques secondes, il quitte une corolle à la vitesse d'un éclair pour se poster à nouveau devant une autre. Les battements d'ailes sont si rapides, durant le vol stationnaire, que l'on ne distingue pratiquement que son corps. Evidemment, ce comportement fait penser à celui d'un colibri ! Ce vol stationnaire et les organes qui servent à aspirer le suc des fleurs sont des convergences que l'on trouve chez notre sphinx et d'autres insectes, certains oiseaux et, même, chez certains mammifères comme les chauves-souris nectarivores. 

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    J.-F. Aubert (1968) nous dit à propos du Moro-Sphinx qu'il arrive que celui-ci pénètre, en été, dans des appartements et qu'il essaie de butiner les fleurs des papiers peints, les prenant pour des fleurs naturelles ! R.-A. Burton (1577-1640) aurait même observé un individu s'intéressant aux fleurs artificielles ornant le chapeau d'une belle dame !

    De juin à novembre, le papillon apparaît souvent dans les carrières, le long des murs en pierres sèches ou dans d'autres endroits rocheux. 

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    La petite carrière derrière l'ancien four à chaux restauré, à Yvoir, est souvent visitée par le papillon.

    Photo: Fr. Hela

     

    On a aussi constaté que des Moro-Sphinx se regroupent en des endroits favorables (balcons abrités ou roches surplombantes ...). De là, ils partent à la recherche de nourriture. Les accouplements auraient lieu durant ces regroupements. La nuit, ils se cacheraient dans des anfractuosité de murs, de rochers ou d'arbres.

    Au repos, le Moro-Sphinx présente des ailes antérieures grises portant quelques lignes plus foncées.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 14 Octobre 2014

     

    Sa tête et une grosse partie de son corps sont aussi de couleur grise. Le bas de l'abdomen montre des taches noires et blanches de chaque côté de celui-ci.

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    Photos: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 9 Janvier 2012

     

    Les ailes postérieures, visibles lorsqu'il vole, sont jaunâtres à rouge orangé et l'abdomen se termine par une étonnante touffe de poils noirs et blancs mobiles qui s'écartent et se resserrent pendant le vol stationnaire, comme les lamelles d'un éventail. Celle-ci jouerait probablement le rôle analogue à celui des plumes caudales des oiseaux, d'après J.-F. Aubert (1968).

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    Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Couthuin, 24 Mai 2014

     

    Notre Sphinx est présent dans toute la région paléarctique. Il est fort présent dans le sud de l'Europe. Chez nous, il peut-être localement abondant ou apparaître isolément, selon les immigrations. C'est aussi un migrateur qui pénètre loin vers le Nord jusque dans les territoires polaires (I. Novàk et al. 1983) et il s'élève en montagne jusqu'à l'étage nival (2.500 m, en Suisse). M. Gillard (1997) considère ce papillon comme un vrai migrateur en Belgique. Pour le Groupe de travail des lépidoptéristes ("Papillons et leurs biotopes", vol.2 - ouvrage collectif - LSPN 1999), le Moro-sphinx est un migrateur connu qui immigre souvent en grand nombre en Europe centrale depuis le Sud, au printemps et en été. Il se présente chez nous en juin-juillet et les femelles pondraient leurs œufs à cette période. Issus de ces pontes, les imagos (papillons adultes) volent ensuite d'août à novembre. Les individus tardifs tendent sans doute d'hiberner sous nos latitudes, mais il est peu probable qu'ils supportent les fortes gelées de certains hivers.

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    Macroglossum stellatarum en vol stationnaire devant des fleurs d'un Buddléa ou Arbre aux papillons (Buddleja davidii)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 5 Août 2011

     

    La chenille, verte ou brun rouge, à lignes latérales blanches, se nourrit principalement de Gaillets (Galium mollugo, pumilum et verum). Comme autres plantes nourricières, la littérature mentionne en outre les Stellaires (Stellaria sp.), l'Aspérule odorante (Galium odoratum) et la Garance voyageuse (Rubia tinctoria). Elle est visible de juin à octobre, en plusieurs générations. La chrysalide, hibernante dans les régions au climat tempéré, possède un revêtement teinté de gris brun ou de verdâtre. Une bosse caractéristique marque l'emplacement de la trompe.

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    La chenille du Moro-Sphinx porte une corne bleu noir à pointe orangée, au bout de l'abdomen.

    Photo: C. Fortune

     

    Avec des hivers de plus en plus doux de ces dernières années, les chances de survie du papillon et de la chrysalide semblent s'accroître sous nos latitudes. La survie du Moro-Sphinx est également favorisée par sa capacité à utiliser toutes les sources de nectar disponible du printemps à l'automne. Tout semble indiquer qu'une extension de l'aire de distribution de l'espèce en direction du nord est en cours (J.-P. Zuber, 1999).

     

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    Le Gaillet couché ou rude (Galium pumilum), une plante hôte de la chenille du Moro-Sphinx.

    Photo: Fr. Hela, Anhée (Montagne de Sosoye), 19 Juin 2010

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • La chenille du Sphinx de l'épilobe (Proserpinus proserpina) à Durnal (Yvoir)

    A Durnal (Yvoir), le 14 juillet dernier, je me prépare pour une petite exploration dans les environs d'Assesse. Me rendant chez mon voisin pour y chercher mon cyclomoteur, je m'étonne de voir, sur le gravier, une grosse chenille qui déambule. Je la capture. Se sentant menacée, elle se rétracte en se courbant, avec des mouvements saccadés et en rentrant la tête sous les segments thoraciques. Cette attitude provoque chez moi un effet de surprise et elle lui permet, sans doute, de mettre parfois en fuite certains petits prédateurs, comme des oiseaux de petites tailles.

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    Photos: Fr. Hela, Durnal (Yvoir), 14 Juillet 2014

     

    Il s'agit de la variante foncée de la chenille du Sphinx de l'épilobe (Proserpinus proserpina) arrivée au terme de sa croissance. Elle est probablement en route pour chercher un lieu propice à la nymphose, soit sous terre ou sous des feuilles! Normalement, son activité est nocturne. La journée, elle se cache dans la litière végétale ou sous de grosses pierres et ne part en quête de nourriture qu'une fois la nuit tombée. Cette année, des observations diurnes sont néanmoins assez fréquentes. Elle se nourrit de différentes espèces d'épilobes, en particulier, du feuillage de l'Epilobe en épi, appelé parfois "laurier de Saint-Antoine" (Epilobium angustifolium) et de l'Epilobe hérissé (Epilobium hirsutum). Certains auteurs mentionnent aussi des espèces d'autres Genres, comme la Salicaire commune (Lythrum salicaria) ou l'Onagre bisannuelle (Oenothera biennis).

     

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    L'Epilobe en épi (Epilobium angustifolium) est une Onagracée assez abondante chez nous, dans les coupes et lisières forestières, les prairies humides non fauchées, certains terrains vagues et sur des talus. Elle fleurit en Juillet et en août.

    Photos: Fr. Hela, Yvoir Juillet-Août 2014

     

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    L'Epilobe hérissé (Epilobium hirsutum) fleurit de juin à septembre au bord des eaux, dans les fossés et friches humides.

    Photo: Fr. Hela, Profondeville, Août 2013

     

    Notre chenille, longue de 5 à 6 cm, est cylindrique, de couleur gris-brun avec des dessins noirs sur fond plus ou moins clair. Contrairement à d'autres chenilles de sphinx, les lignes obliques des flancs, passant à la hauteur des stigmates (ouvertures respiratoires), partent de haut en bas et vers l'arrière du corps. De plus le huitième segment abdominal porte une sorte de bouton (verrue boutonnière) jaune, légèrement surélevé, présentant un point central noir.

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    On voit bien ici les lignes noires sur fond blanchâtre dirigées vers l'arrière du corps, les stigmates et la verrue boutonnière sur le huitième segment abdominal.

    Photo: R. De Vléminck, Profondeville, 25 Juillet 2014

     

    En général les chenilles de nos Sphingidés, "papillons nocturnes" (Hétérocères), ont, à cet endroit, une corne plus ou moins courbée dont on ne connaît pas vraiment le fonction.

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    En général, les chenilles de nos Sphingidés possèdent sur le huitième segment une corne, bien visible ici sur cette chenille du Sphinx du troène (Sphinx ligustri).

    Photo: D. Claude, Natoye, 2 Septembre 2013

     

    Mais revenons à mon observation du 14 juillet. Après avoir déposé la chenille dans sa posture de défense, j'ai attendu quelques secondes avant qu'elle reprenne sa pose initiale allongée. C'est à ce moment que j'ai pu voir sa tête protégée par une paroi externe grise, appelée capsule céphalique.

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    Photo: Fr. Hela, Durnal (Yvoir), 14 Juillet 2014

     

    Les trois segments thoraciques qui suivent possèdent, chacun, une paire de pattes articulées (vraies pattes) qui interviennent plus dans la préhension que dans la locomotion. Ensuite, sous chacun des segments trois à six de l'abdomen et sous le dernier (dixième segment), on pouvait observer une paire de fausses pattes, organes assurant la fixation et le déplacement de la chenille.

     

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    Dessin extrait de l'ouvrage collectif "Les papillons et leurs biotopes" Volume 2 - Groupe de travail des lépidoptéristes - Pro Natura - Ligue suisse pour la protection de la nature, Bâle 1999.

     

     

    Le Sphinx de l'épilobe hiverne à l'état de chrysalide. L'imago ou insecte parfait apparaîtra aux environs de la mi-mai et volera jusqu'à la fin du mois de juin, aux endroits où poussent les plantes nourricières de la chenille, notamment dans les lieux ensoleillés mais humides, à proximité de cours d'eau, de fossés, de mares, mais aussi dans les carrières, en marge des forêts humides, dans les terrains vagues et les formations végétales à hautes plantes des zones marécageuses, comme les mégaphorbiaies. Il ne vole que durant peu de temps au crépuscule et visite, avec sa longue trompe, de nombreuses fleurs qui dégagent un parfum très attirant, dont le Chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum), la Vipérine (Echium vulgare), les Sauges (Salvia spec.), ... Pour butiner, les Sphinx ne se posent pas sur les fleurs, mais font du surplace devant elles à la manière d'un colibri.

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    Le Sphinx de l'épilobe (imago)

    Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Furfooz, 1 Juin 2014

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    Les fleurs odorantes du Chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenumsont très attractives pour nos sphinx.

    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Yvoir), 5 Juillet 2014

     

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    Certaines chenilles de Sphingidés, comme celle du Sphinx du troène, prennent une posture de repos caractéristique qui rappelle vaguement la forme du Sphinx égyptien, d'où le nom de Famille (Sphingidés). Le nom "sphinx" apparaît pour la première fois chez René Antoine Ferchault de Réaumur (1683-1757) qui l'a employé pour désigné le Sphinx du troène. Carl von Linné (1707-1778) a par la suite adopté ce nom pour le Genre.

    Photo: Christian Meyer, 17 Septembre 2012 - www.flickr.com

     

     

     

     

  • Les Hespéries (Hesperiidae), des petits Rhopalocères ("papillons de jour") particuliers.

    Sur le territoire de la Commune d'Yvoir (B), on peut observer, à la belle saison, plusieurs espèces d'Hespéries (Hesperiidae), petits papillons originaux dont l'envergure varie de 2,5 à 3 ou 4 cm. Ils diffèrent beaucoup de tous les autres "papillons de jour", à tel point que, par le passé, certains auteurs les ont réunis aux Sphingidés ("papillons nocturnes" ou Hétérocères - Famille des Sphinx). D'autres auteurs les considèrent comme des "papillons de jour" archaïques.

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    Dans notre région, la Sylvaine (Ochlodes sylvanus) est une espèce répandue dans les prairies, les collines calcaires et les lisières de bois. C'est un petit papillon (envergure 28 à 34 mm) très vif restant rarement longtemps sur la même fleur. Sa période de vol s'étend en juin et août.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 11 Juin 2013

     

    Les Hespéries présentent une tête et un thorax élargis. Le corps de ces papillons est épais et robuste, si bien que pour pouvoir le porter, ils battent des ailes beaucoup plus rapidement que les autres "papillons de jour", un peu à la façon des Sphinx (L.G. Higgins et N.D. Riley, 1975). Leurs antennes sont très écartées à la base et se terminent en massues épaisses et incurvées, souvent pointues ou recourbées en crochets. Devant chaque œil composé, on observe une petite touffe de poils inclinée. Le thorax, très robuste, abrite de puissants muscles alaires qui permettent le vol rapide et bourdonnant des Hespéries.

     

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    L'Hespérie de la mauve (Pyrgus malvae): le robuste thorax et les touffes de poils situés près des yeux sont, entre autres, des caractéristiques externes de la Famille des Hesperiidae.

     

    Les Hespéries sont très vives et lestes. Au repos, on constate souvent la position originale des ailes. Les supérieures, étroites, sont dressées et les inférieures s'incurvent légèrement par les bords.

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    La Sylvaine (Ochlodes sylvanus)

    Photo: Fr. Hela, Sovet (Ciney), 4 Juillet 2013

     

    Les ailes triangulaires ou arrondies montrent des nervures qui partent directement de la base de celles-ci ou de la cellule discoïdale (appartenant à l'aire centrale de l'aile), atteignant toutes la costa (bord antérieur d'une aile) ou le bord externe sans bifurcation. De plus, chez les mâles, des taches ou des traits sont visibles sur le dessus des ailes antérieures. A ces endroit, se situent les androconies, écailles odoriférantes de forme et de structure particulières, liées à des glandes sécrétant des phéromones.

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    L' Hespérie de la Houlque ou Bande noire (Thymelicus sylvestris): la tache androconiale est ici bien visible chez cet individu mâle.

    Photo: Fr.Hela, Evrehailles, 20 Juillet 2013

     

    Les chenilles sont cylindriques ou fusiformes. Elles ont une grosse tête accentuée par un cou étroit et elles sont, en général, nues ou faiblement poilues. Pour les espèces européennes dont la biologie est connue, les larves vivent, pour la plupart, entre des feuilles rapprochées qu'elles enroulent et fixent avec des fils de soie. La nymphe, chez le Genre Hesperia en particulier, présente une trompe saillante, ce qui est encore un point de rapprochement entre ces insectes et les Sphinx qui montrent aussi ce caractère.

     

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    Chenille de  l'Hespérie de l'alcée (Carcharodus alcaeae): la photo du bas montre la chenille repliant une feuille de guimauve avec de la soie.

    Photos: http://www.aramel.free.fr

     

    En Europe, il semblerait qu'il existe une quarantaine d'espèces d'Hespéries, de taille plutôt modeste, dont la couleur varie du gris brun à noirâtre au jaune brun ocré. En général, nos Hespéries semblent majoritairement liées à des stations plutôt sèches. La plupart des espèces privilégient les endroits dégagés et, certaines d'entre elles, préfèrent les lisières forestières et les formations arbustives.

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    L'Hespérie échiquier ou Hespérie du brome (Carterocephalus palaemon) vole de fin mai à juillet. Elle est liée aux lisières forestières, aux petites clairières ou aux formations arbustives.

    Photo: Fr. Hela, Croix-Scaille - Fange de l'Abîme, 17 Juin 2012

     

    Voici quelques espèces observées ces dernières année, à Yvoir:

    L'Hespérie de la mauve (Pyrgus malvae) (envergure: 22 à 26 mm), vole rapidement près du sol, dans les prairies humides et les coteaux fleuris. Au repos, cette Hespérie se pose souvent sur le sol nu, les ailes redressées. Il y a deux générations, l'une en avril-juin et l'autre en juillet-août. Les plantes nourricières de la chenille sont le Fraisier sauvage (Fragaria vesca), les potentilles et les mauves.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 27 Avril 2012

    Pyrgus malvae Accouplement Yvoir (Champalle) 08-05-2013 J. De Muynck.JPG

    Accouplement

    Photo: J. De Muynck, Yvoir (Champalle), 8 Mai 2013

     

    L'Hespérie des Sanguisorbes (Spialia sertorius) se distingue immédiatement des espèces du Genre Pyrgus d'après l'ordonnance des points de la face supérieure des ailes antérieures.

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    A gauche: face supérieure d'une aile antérieure de Spialia sertorius

    A droite: celle du Genre Pyrgus

     

    Cette Hespérie est un papillon typique des prairies et des pâturages maigres, ainsi que des pelouses sèches, présentant une végétation lacunaire. On la rencontre d'avril à août. Les plantes nourricières de la chenille sont les pimprenelles, les ronces et les potentilles.

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    Photo: J. De Muynck, Yvoir (Champalle), 25 Avril 2014

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 27 Avril 2014

     

    Le Point de Hongrie (Erynnis tages) vole dans des habitats ouverts, en mai et juin. Les plantes nourricières de la chenille sont le Lotier corniculé (Lotus corniculatus) et l'Hippocrépide en ombelle ou fer à cheval (Hippocrepis comosa).

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 25 Avril 2014

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    Photo: Fr. Hela, Spontin, 27 Juillet 2011

     

    L'Hespérie de l'alcée ou Grisette (Carcharodus alceae) présente deux générations. La première est plus sombre que la seconde. Elle vole d'avril à août dans des endroits secs et chauds: jardins, carrières, friches ou terrains vagues, pelouses sèches,... C'est une espèce plutôt méridionales. On trouve la chenille sur les mauves (Malva sylvestris, neglecta et alcea), la Guimauve officinale (Althaea officinalis) et même sur la Rose trémière (Alcea rosea).

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    Photo: Jacques Bultot, Ransart, 29 Juillet 2013

     

    L'Hespérie du dactyle (Thymelicus lineola) (envergure: 24 à 28 mm) se distingue de l'Hespérie de la Houlque (Thymelicus sylvestris), notamment, par la coloration noire du dessous des massues terminant les antennes. Elle vole de mai à août dans les prairies fleuries. Diverses graminées constituent la nourriture de la chenille.

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    Photo: Marc Walravens, Herbeumont, 19 Juillet 2013

     

    L'Hespérie de la houlque ou Bande noire (Thymelicus sylvestris) (envergure: 26 à 30 mm) est souvent plus commune que l'Hespérie du Dactyle. Elle apparaît, de juin à août, dans des milieux très divers, qu'ils soient secs ou humides, en terrains ouverts, exposés au sud et jouissant d'un ensoleillement moyen à fort. Comme l'espèce précédente, les plantes nourricières de la chenille sont diverses graminées.

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 20 Juillet 2013

     

    Bien qu'un peu plus grande, l'Hespérie de la Houlque ressemble fort à l'Hespérie du dactyle, mais la face inférieure des massues, au bout de ses antennes, est brun orange. Chez les mâles des deux espèces, les taches androconiales sont disposées de manière légèrement différente, sur le dessus des ailes antérieures. 

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    Dessus des ailes antérieures des mâles des deux espèces:

    A gauche: Thymelicus sylvestris mâlela partie inférieure de la tache androconiale (en général, toujours présenteforme un léger angle.

    A droite: Thymelicus lineola mâle: la partie inférieure de la tache androconiale (celle-ci peut manquer chez les individus aux dessins peu marquésforme un angle plus accusé.

     

    La Virgule ou Comma (Hesperia comma) (envergure: 28 à 30 mm) apparaît, en juillet et août, surtout sur les pentes des prés secs et maigres, parfois dans les prairies et les pâturages maigres un peu humides. Volant très rapidement, elle visite très fréquemment les scabieuses, les centaurées, les cirses et chardons, l'origan (Origanum vulgare), ainsi que l'Eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum). 

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    Hesperia comma Sclaigneaux 8-08-13 Jacques Franchimont.jpg

    La Virgule ou Comma (Hesperia comma) porte toujours, sur le dessous des ailes postérieures, des taches blanches ou jaune clair qui se détachent nettement du fond. Sur le dessus des ailes antérieures, le mâle porte une tache androconiale en forme de virgule, parsemée d'argent.

    Photos: Jacques Franchimont, Sclaigneaux, 8 Août 2013

     

    La Sylvaine (Ochlodes sylvanus) vole, en principe, de juin à août. Sa présence est surtout liée aux lisières des forêt et aux haies offrant un vaste éventail de fleurs. Les prairies et les pâturages secs ou humides, exploités de manière extensive, les talus de route bien fleuris, les clairières et bords de chemins ensoleillés, à la végétation diversifiée, les berges fleuries des ruisseaux et rivières, les terrains en friche et, même, des jardins aux espaces naturels préservés, constituent autant d'endroits où l'on peut observer cette espèce. La chenille de la Sylvaine se nourrit de diverses graminées (Bromus erectus, Dactylis glomerata, Lolium perenne, Brachypodium sylvaticum, ...).

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    Un mâle d'Ochlodes sylvanus: le milieu des ailes antérieures est à dominante orange et les bords sont brunâtres. Les taches androconiales sont noir uni.

    Photo: Fr. Hela, Spontin, 25 Mai 2014

     

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    Les taches du dessous des ailes postérieures sont mates et ne sont, en général, pas clairement délimitées, contrairement à celles de la Virgule (Hesperia comma) qui sont brillantes, de couleur blanche ou jaune pâle.

    Photo: Fr. Hela, Anseremme, 23 Juin 2013

     

    Bibliographie:

    Carter D.-J. et Hargreaves B.: "Guide des chenilles d'Europe", Ed. Delachaux et Niestlé, 1988.

    Chinery M.: "Insectes de France et d'Europe occidentale", Ed. Arthaud, 1988.

    Groupe de travail des lépidoptéristes: "Les Papillons et leurs biotopes" Vol. 2, Ed. Pro Natura - Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, 1999.

    Novàk et al.: "Papillons d'Europe", Ed. Bordas, 1983

    Whalley P.: "Papillons", Ed. Arthaud, 1989

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Le Souci (Colias crocea), un papillon migrateur présent en nombre cette année

    Cette année, du mois d'août au mois d'octobre, la présence de nombreux Soucis dans toute la région est remarquée. Ce magnifique papillon aux ailes orange vif marquées de bandes marginales noires fait partie de la Famille des Piéridés comme, entre autres, le Citron (Gonepteryx rhamni), l'Aurore (Anthocharis cardamines) ou les Piérides (Pieris brassicae, napi et rapae).

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    Le souci se pose rarement avec les ailes étalées. La plupart du temps, on remarque les couleurs de la face supérieure de ses ailes lorsqu'il est en vol.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois, plateau rocailleux dominant les carrières), 27 Juin 2013


    On pouvait l'observer, en vol, rasant les cultures ou les prairies ou, posé, butinant trèfles, luzernes, lotiers et diverses Astéracées. Le 21 septembre, j'ai dénombré au moins une vingtaine de Soucis, dans les prairies de Tricointe (Yvoir), principalement sur divers trèfles, sur des lotiers corniculés (Lotus corniculatus), des pissenlits (Taraxacum sp.) et des léontodons hispides (Leontodon hispidus).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 21 Septembre 2013


    Chez le mâle, le noir du bord des ailes de la face supérieure est continu, alors que celui de la femelle s'orne de petites taches jaune pâle, variables en grandeur et en nombre.  Chez certaines femelles (environ 10%), la couleur orange est remplacée par du blanc, parfois légèrement crème (forme helice).

     

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    Illustrations d'après les aquarelles de Vlastimil Choc: mâle en haut, femelle en bas.


    La femelle pond ses oeufs sur les plantes nourricières de la chenille, c'est-à-dire diverses Fabacées dont les lotiers, les trèfles, la luzerne commune (Medicago sativa) et le Sainfoin ou Esparcette (Onobrychis viciifolia).

     

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    Le Lotier corniculé (Lotus corniculatus) à Yvoir (Airbois)

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    La Luzerne commune (Medicago sativa) à Crupet (Velnatte)

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    Le Trèfle hybride (Trifolium hybridum), à Yvoir (Tricointe)

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    L'Esparcette ou Sainfoin (Onobrychis viciifolia) à Dinant (Abords de la carrière des Fonds de Leffe)

    Photos: Fr. Hela, 2013


    Le Souci est répandu surtout dans la région méditerranéenne. Chaque année, il traverse les Alpes en quantité variable et va loin vers le Nord où la plupart de ses descendants meurent en hiver. C'est un migrateur typique qui se déplace seul ou en petits groupes, d'un vol rapide et rectiligne, de préférence lorsqu'un vaste anticyclone maintient une pression atmosphérique stable. Au mois d'août de cette année et jusqu'à mi-septembre, cette condition météorologique a régné sur une bonne partie de l'Europe occidentale. La cause ou le motif de cette migration à l'évidence contraire à la conservation de l'espèce est peu claire.

     

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    Le souci sur une Astéracée à Evrehailles (petite route menant au site de Poilvache)

    Photo: Fr. Hela, 3 Août 2013


    Dans nos régions, le Souci apparaît irrégulièrement et est même parfois occasionnel. Certaines années, il est abondant et, ensuite, il redevient assez rare pendant un certain temps. Pour certains auteurs, ce comportement migratoire surprenant serait le résultat d'un net abaissement vers le sud de l'extrême limite de son aire de répartition et, cela, à une époque récente. Pour d'autres, l'absence ou la disponibilité réduite des plantes nourricières pour les chenilles en Europe du Sud et en Afrique du Nord, résultant de certaines sécheresses des mois d'été, serait une explication. D'après M. Gillard (1997), ce serait le cas pour le Vulcain (Vanessa atalanta) et la Belle-Dame (Vanessa cardui) dont les chenilles se nourrissent respectivement d'orties et de chardons.

     

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    Vanessa cardui Awagne 19-08-13.jpg

    Il y a des migrateurs parmi les insectes ! Ainsi, plusieurs espèces de papillons quittent le Sud de l'Europe au printemps et se dirigent vers le nord de ce continent pour y arriver en été. Ils produisent une ou deux générations et ensuite disparaissent. Mais, pas tous ! Certains imagos effectuent, en automne, une migration de retour peu évidente. Le Vulcain (en haut) et la Belle-Dame (en bas) sont des exemples parmi les migrateurs à long cours.

    Photos: Fr. Hela, Awagne (Dinant), 19 Août 2013


    Les raisons essentielles de ces phénomènes migratoires sont encore très mal connues. On admet actuellement que certaines espèces réagissent aux diverses circonstances extérieures (changements de température, offre d'aliments, intensité de la lumière du jour) par un processus migratoire (M. Gillard, 1997).

    Pour en savoir plus à propos des papillons migrateurs en Belgique, je vous invite à visiter le site http://users.skynet.be/pap.mig/










  • Une attention toute particulière pour le Tabac d'Espagne (Argynnis paphia)

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    François Hela examine, de très près, un Tabac d'Espagne (Argynnis paphia) sondant de sa trompe les fleurs d'une Eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) !

    Photo: Marc Dewez, Dinant (Fonds de Leffe), 11 août 2013

     

    On aurait pu croire que le printemps particulièrement froid et humide annonçait une année pauvre en papillons. Heureusement, les journées du mois de juillet et du début du mois d'août furent clémentes et chaudes. Soudainement, de nombreux Lépidoptères apparurent, pour notre plus grande joie !

     

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    Le Tabac d'Espagne (Argynnis paphia)

    Photo: Fr. Hela, Dinant (Fonds de Leffe), 11 Août 2013

     

    De mémoire de naturaliste, je ne me souviens pas d'avoir vu autant d'individus de certaines espèces habituellement moins communes ! C'est le cas du Tabac d'Espagne. S'il est vrai que son apparition dépend beaucoup des conditions météorologiques, sa présence dans notre région, absolument partout, est un fait remarquable. On dirait que la population de ce magnifique et grand nacré a subitement explosé ! On peut le voir, en nombre, en forêt, sur les chemins, dans les clairières, dans les coupes et le long des lisières, mais aussi dans les prairies plus ou moins humides ou sèches, remplies de ses fleurs préférées. Dans les friches et les jardins, il se jette littéralement sur les grappes de fleurs des Buddléas ou "Arbres à papillons".

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 4 Août 2013

     

    A cette période, il n'est pas rare d'observer de deux à six Tabacs d'Espagne à la fois sondant de leurs trompes les fleurs d'Astéracées, d'Apiacées, de Dipsacacées ou d'autres plantes sauvages au nectar abondant. Actuellement, la plante favorite de notre papillon est, sans conteste, l'Eupatoire chanvrine, mais je l'ai surpris, entre autres, sur les Cardères (Dipsacus fullonum et pilosus), sur l'Origan (Origanum vulgare), les Cirses et Chardons, la Centaurée jacée (Centaurea jacea s.l.) ou sur les Scabieuses colombaires (Scabiosa columbaria) et la Knautie des champs (Knautia arvensis).

     

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    L'Eupatoire chanvrine, actuellement la plante favorite de notre papillon.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2013

     

    En Wallonie, le Tabac d'Espagne est la plus grande espèce (envergure: 54 à 70 mm) du groupe des Argynnes au sens strict, faisant partie d'une importante Famille, celle des Nymphalidés. Comme les autres représentants de cette Famille, les pattes antérieures, finement poilues, des mâles et des femelles sont atrophiées. Si elles sont inutilisables pour se fixer ou se déplacer, elles servent néanmoins au nettoyage des antennes et de la tête. On peut d'emblée caractériser les Argynnes ou Nacrés par leur coloration générale très souvent fauve ou orangée. Le dessus des ailes de ces papillons porte des dessins divisés en traits et en taches. Sous les ailes postérieures, on peut fréquemment admirer des plages brillantes et argentées. Le nom vernaculaire donné à plusieurs espèces fait référence à cette caractéristique (Nacrés, Colliers argentés, ...).

     

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    Le dessous d'une aile postérieure du Petit Nacré (Issoria lathonia) montrant des plages brillantes et argentées.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 31 juillet 2010

     

    Chez les Argynnes ou Nacrés, la cellule des ailes postérieures est toujours fermée par une nervure, quelque fois très fine, et les ailes antérieures du mâle portent parfois des bandes d'écailles odorantes ou androconies (écailles particulières des ailes des papillons mâles, sécrétant des phéromones destinées à la recherche du partenaire sexuel).

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    Ailes d'un Tabac d'Espagne (Argynnis paphia) mâle (d'après Ph. Georges):

    a. écailles odorantes ou androconies sur l'aile antérieure

    c. cellule des ailes postérieures fermées par une nervure

     

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    Sur cette photo d'un Tabac d'Espagne mâle, on remarque très bien les androconies sur les ailes antérieures.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 15 août 2013

     

    Les chenilles de ces papillons sont couvertes d'épines barbelées. Elles sont très difficiles à découvrir. Durant le jour, elles se tiennent immobiles et dissimulées sous les feuilles des violettes qui sont leurs principales plantes nourricières. D'après Georges Ph., les Lépidoptères du groupe des Argynnes sont présents dans presque toutes les parties du globe. Ils manquent dans le Sud de l'Afrique et de l'Amérique, ainsi que dans certaines régions de l'Australie. Dans notre région, d'autres Nacrés peuvent être observés, notamment le Petit Nacré (Issoria lathonia) et le Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino).

     

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    Sans être abondant, le Petit Nacré (Issoria lathonia) est observé lors des années chaudes, principalement en juillet et en août. La chenille vit, en principe, sur les Violacées (violettes et pensées), mais a été vue sur le Sainfoin (Onobrychis viciifolia) et la Bourrache (Borago officinalis).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 31 Juillet 2010

     

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    Le Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino) affectionne les clairières et les prairies humides, ainsi que les zones alluvionnaires ouvertes des ruisseaux ou des rivières, là où croît la Reine-des-Prés (Filipendula ulmaria), plante nourricière de la chenille. Certains auteurs indiquent que celle-ci peut se rencontrer sur les ronces, les framboisiers et les orties. Cette espèce est relativement abondante dans les biotopes favorables, durant les mois de juin et juillet. Certains tronçons de la vallée du Bocq, entre Purnode et Spontin, sont particulièrement appréciés par la Grande Violette.

    Première photo: J. De Muynck, Purnode, 2 Juillet 2013.

    Deuxième photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 6 Juin 2011.

     

    Le Tabac d'Espagne est assez répandu dans le sud de notre pays, où il est parfois abondant en juillet et août, dans les bois et clairières. Il se reconnaît facilement. La face inférieure des ailes postérieures brille d'un éclat métallique verdâtre, avec des stries argentées, chez les individus des deux sexes.

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 4 Août 2013

     

    Le dessus des ailes du mâle est d'un fauve vif avec des taches noires et des stries. Les taches androconiales saillantes sont bien visibles, le long des nervures 1 à 4.

     

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    Argynnis paphia mâle

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 31 Juillet 2011

     

    La femelle, un peu plus grande, a le dessus des ailes moins vif avec de grosses taches noires. La forme plus sombre, à coloration brun olive avec des reflets verdâtres (f. valesina) existe aussi.

     

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    Argynnis paphia femelle

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 20 août 2013

     

    Un fait remarquable est à signaler. La femelle ne pond pas sur la plante hôte, mais dans les fentes de l'écorce de divers arbres, en lisière d'un bois ! En juillet, elle vole en spirale autour du tronc et y dépose ses oeufs. Ceux-ci sont pondus un par un, en maintenant un espace entre eux variant de 50 cm à 1 m, à une hauteur pouvant atteindre quatre mètres ! Isolés, les oeufs se trouvent donc dans les anfractuosités de l'écorce et l'éclosion des chenilles a lieu une quinzaine de jours plus tard. Après avoir dévoré le chorion de l'oeuf, la jeune chenille entre en hibernation sur le tronc, là où l'oeuf a été pondu. Au printemps, elle redevient active et descend chercher sa plante nourricière, une violette de préférence. Elle se nourrit de jour et parvient au terme de sa croissance vers la fin du mois de mai. La chrysalide est suspendue à la plante-hôte et, après 2 à 3 semaines, l'adulte parfait (l'imago) émerge.

     

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    Ce magnifique Tabac d'Espagne supporte mal les perturbations occasionnées par les engins, parfois énormes, utilisés pour le débardage. La rectification des lisières ou la gestion forestière hostile aux herbes hautes et buissons sont préjudiciables pour l'espèce.

     

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    Photo: Fr. Hela, Awagne, 3 Juillet 2011

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • La chenille du Sphinx du pin (Sphinx pinastri)

    Crupet, rue de Venalte.

    Le 2 septembre dernier, j'examine les rameaux d'un épicéa commun (Picea abies), afin de montrer à Guillaume les protubérances saillantes sur lesquelles sont insérées les aiguilles. En tournant la tête, je me trouve nez à nez avec une splendide chenille d'au moins 7 à 8 cm. Elle est allongée sur un rameau, à la hauteur de mes yeux. Quelle belle surprise !

     

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    Photo: Fr. Hela, Crupet (Venalte), 2 Septembre 2012


    La chenille est verte, luisante et présente des bandes latérales blanc jaunâtre interrompues, une ligne dorsale brun rouge et des stigmates rouges. Sa tête est brune orangée et elle possède surtout une sorte de corne noirâtre recourbée sur la partie dorsale du onzième segment. Pas de doute, cette corne à l'arrière du corps m'indique qu'il s'agit de la chenille d'un Sphinx et, plus précisément, celle du Sphinx du pin.

     

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    Photo: Fr. Hela, Crupet (Venalte), 2 Septembre 2012


    Après l'éclosion, cette chenille dévore une partie de la membrane de l'oeuf dont elle est issue. A ce moment là, elle mesure environ 5 mm et est de couleur jaune mat. Sa tête est plus foncée et disproportionnée. Sa corne abdominale fourchue est déjà foncée. Ensuite, elle devient verte ou brune, avec des bandes longitudinales jaune blanchâtre et une capsule céphalique verte. La chenille observée est au stade terminal de son développement. Elle se nymphosera  au sol, à proximité de l'arbre sur lequel elle a vécu, sous les aiguilles tombées, la mousse ou en terre peu profonde. C'est sous forme de chrysalide que l'espèce passera l'hiver.

    De mai à août, le Sphinx du pin vole au crépuscule et visite les fleurs riches en nectar, en plongeant sa trompe assez longue dans les corolles, sans se poser.

     

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    Photo: Philippe Vanmeerbeeck, Couthuin, 23 Juin 2012.


    Il apprécie les fleurs des Troènes (Ligustrum vulgare et ovalifolium), de la Saponaire officinale (Saponaria officinalis), des Corydales (Corydalis) ou des Chèvrefeuilles (Lonicera).

     

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    Les fleurs très odorantes du chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum) sont souvent visitées par le Sphinx du pin.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), 6 Juin 2012


     

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    La Saponaire officinale (Saponaria officinalis) n'est pas rare dans notre région. On la trouve sur les berges et les graviers, le long des cours d'eau, au bord des chemins et sur certains talus.

    Photo: Fr. Hela, Godinne (Bord de Meuse), Juillet 2012.

     


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    La Corydale solide (Corydalis solida) fleurit en mars et avril, dans les bois frais de la vallée du Bocq, sur colluvions ou alluvions, au pied des haies et dans nos vergers.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Haie aux Faulx), 20 Mars 2012.


    Le soir, le Sphinx du pin est parfois attiré par des sources lumineuses. Son vol nuptial commence tard dans la nuit et l'accouplement a souvent lieu sur des troncs de conifères. Au petit matin, on peut parfois le surprendre, posé sur un tronc. Cependant, il passe le plus souvent inaperçu. En effet, au repos, ses ailes antérieures grises, marquées de courts traits transversaux noirâtres ainsi que des bandes et des taches brunes, lui assurent un parfait camouflage.

     

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    Photo: Vic Van Dyck, Veerle, 1 Juillet 2009.


    Notre papillon fréquente les lisières des forêts de conifères et des forêts mixtes, mais également les parcs et jardins où diverses espèces de conifères à aiguilles sont plantés.

    Il possède un corps fuselé assez épais. Ses ailes antérieures sont très allongées, étroites et pointues, alors que ses ailes postérieures sont proportionnellement petites. Son thorax, très développé, abrite une puissante musculature alaire. Comme la plupart des sphinx, il chauffe ses muscles en faisant vibrer ses ailes, avant de s'envoler. 

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    Photo: Philippe Vanmerbeeck, Couthuin, 7 Juillet 2012.


    Hétérocère ("papillon de nuit"), Sphinx pinastri (syn. Hyloicus pinastri) a une envergure de 7,5 à 9 cm. Il fait partie de la Famille des Sphingidae dans laquelle on trouve des papillons de moyenne à très grande taille. Le Sphinx gazé (Hemaris fuciformis) est l'un des plus petits de nos régions. La plus grande espèce est sans nulle doute le Sphinx tête-de-mort (Acherontia atropos), avec son envergure de 9 à 13 cm et son corps long de 5 à 6 cm. Une espèce de seulement 2 cm d'envergure vit à Madagascar et une autre de 22 cm au Vénézuela.

    La couleur du Sphinx du pin peut fortement varier. On observe parfois des papillons présentant une couleur de fond blanchâtre ou noire.

     

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    Ce papillon plus clair a été photographié par Irène Volont, à Aische-en-Refail,

    le 30 Mai 2011. 







  • Apparitions remarquées de Grandes Tortues (Nymphalys polychloros)

    Au début de ce printemps, lors des premières journées plus chaudes, quelques papillons apparaissent. La plupart d'entre eux ont passé l'hiver au stade imago (terme scientifique désignant l'insecte à l'état parfait). Ainsi, le Citron (Gonepteryx rhamni) hiberne en plein air, sur un rameau, proche du sol, dans un fouillis de ronces ou dans un épais tapis de lierre, au pied d'un arbre. Il est, en général, le premier "papillon diurne" que l'on voit, parfois dès le mois de février, par temps doux.

     

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    Photo: Fr. Hela, Arbre, 24 Mars 2012.

     

    Lors de journées ensoleillées, le Paon-du-jour (Aglais io) vole fin février et en mars, après avoir vécu la mauvaise saison dans la cavité d'un arbre ou d'un rocher, sous la charpente d'une grange ou dans le grenier d'une vieille bâtisse.

     

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    Photo: Fr. Hela, Purnode, 23 mars 2012.

     

    Le Robert-le-Diable (Polygonia c-album) se met à voler en bordure des lisières couvertes de buissons, le long des chemins forestiers et dans les clairières.

     

    Polygonia c-album Yvoir (Airbois) 16-03-12.JPG

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 16 Mars 2012.

     

    Au début du mois d'avril, alors que les cardamines des prés (Cardamine pratensis) et les alliaires (Alliaria petiolata) montrent leurs premières fleurs, l'Aurore (Anthocaris cardamines) émerge de sa chrysalide et parcourt ensuite les endroits ouverts et fleuris.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 6 Avril 2012.

     

    C'est durant cette période que l'on peut aussi observer les "Tortues" ! Si la Petite Tortue (Aglais urticae) est un papillon assez bien connu et certainement bien répandu, il n'en est pas de même pour la Grande tortue (Nymphalis polychloros), en forte régression sur notre territoire. En ce début de printemps 2012, l'apparition régulière de ce Nymphalide est remarquable ! C'est surtout dans la vallée du Bocq qu'il est observé, notamment à Evrehailles (Bauche), à Durnal, à Purnode et à Spontin. 

    La Petite Tortue, assez commune, ressemble à la Grande Tortue, mais est toujours nettement plus petite (envergure: 44 à 50 mm) et d'un brun orange plus vif. Elle possède en outre une tache blanche à la pointe des ailes antérieures et des taches marginales bleues sur les quatre ailes. Lorsqu'elle plie ses ailes à la verticale, le dessous de celles-ci est brun foncé avec une zone jaunâtre vers la marge. La Petite Tortue, visite assidûment les premières fleurs, ce que la Grande Tortue ne fait pratiquement jamais.

     

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    Les premières chaudes journées de février et mars, chassent la Petite Tortue (Aglais urticae) de son refuge hivernal (dans des cavités diverses, des hangars, des caves, sous des avant-toits, ...). Au début, elle suce le sol humide, puis, un peu plus tard, profite du tussilage (Tussilago farfara) et d'autres plantes précoces.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 18 mars 2012.

     

    La Grande Tortue (Nymphalis polychloros) est sensiblement plus grande (envergure: 50 à 63 mm), a des taches bleues seulement sur les ailes postérieures et ne possède pas une tache blanche à la pointe des ailes antérieures. Le dessous des ailes est brun foncé avec une bordure gris bleu. Le papillon paraît plus terne et moins contrasté.

     

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    Photo: Jean-François Pinget, Spontin, 22 Mars 2012.

     

    Les moeurs de la Grande Tortue ressemblent beaucoup à ceux du Morio (Nymphalis antiopa), devenu aussi très rare chez nous. Les adultes des deux espèces hibernent dans les grottes, dans les granges à foin et dans les greniers des maisons de campagne. Dans la littérature, on trouve aussi d'autres lieux d'hibernation: sous des tas de branches et des troncs d'arbres en voie de décomposition, gisant au sol, ou dans des souches pourries surplombant des talus.

     

    Nymphalis polychloros Dessin 7-04-12.jpg

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    Le dessin de la Grande Tortue est extrait d'un ouvrage à propos des papillons, paru aux éditions Grund (1986)

    La photo du Morio (Nymphalis antiopa) provient du site Wikipedia - The Free Encyclopedia.

    Chez ces deux espèces, les sexes sont semblables.

     

    La Grande Tortue apparaît souvent dès le milieu du mois de mars. Elle vole toujours non loin des forêts feuillues. Elle fréquente les trouées et coupes forestières, les prés enclavés, ainsi que les carrières proches des bois. Elle aime s'exposer aux premiers rayons du soleil, les ailes étalées, posée sur un tronc d'arbre, un rocher, une butte de taupinière ou sur le sol d'un chemin caillouteux.

     

    Nymphalis polychloros Dinant (Réserve de Devant-Bouvignes) 21-03-12 (J.-F. Pinget) A.jpg

    Photo: Jean-François Pinget, Dinant (Réserve naturelle de Devant-Bouvignes), 21 Mars 2012. 

     

    D'après certains auteurs, elle visite aussi les vergers où, en automne, elle suce les fruits blets. L'observation de ce papillon sur les fleurs est occasionnelle. Toutefois, au printemps, elle semble apprécier les chatons de fleurs du saule marsault (Salix caprea).

     

    Salix caprea Annevoie 17-03-12.jpg

    Photo: Fr. Hela, Annevoie, 17-03-12

     

    La femelle choisit, entre autres, l'écorce de rameaux anciens de ce saule pour pondre 70 à 80 oeufs à la fois (exceptionnellement 120). Les chenilles sont grégaires. Dans les clairières et le long des lisières, on les trouve sur le saule marsault (Salix caprea) et le merisier (Prunus avium). On les a également observées sur des cerisiers, des pommiers, des poiriers et des ormes. Dans le sud de l'Europe, elles se tiennent sur le charme houblon (Ostrya carpinifolia) et le micocoulier (Celtis australis). A la fin de leur croissance, les chenilles quittent l'arbre nourricier et se fixent généralement près du sol, sur des branches sèches, des clôtures ou, parfois, sur les saillies d'un bâtiment. La métamorphose dure deux à trois semaines.

    Alors que ses plantes hôtes sont partout présentes (c'est le cas notamment du saule marsault), la Grande Tortue, jadis assez commune, s'est considérablement raréfiée. Le traitement par les pesticides des cerisiers et autres arbres fruitiers ainsi que, dans une moindre mesure, le manque de quartiers d'hiver favorables dans certaines région de Wallonie, semblent être les causes de ce déclin. 

     

     

     

     

     

     

     

     

  • L'Argus brun (Aricia agestis), un papillon des pentes herbeuses ensoleillées.

    Cette note est un complément aux trois notes précédentes intitulées "Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés..." des 16,22 et 29 octobre 2011.

    L'Argus brun est un Lycénidé qui présente plusieurs générations par an (espèce polyvoltine). Le dessus des ailes, chez le mâle comme chez la femelle, est de couleur brune avec des lunules submarginales oranges bien marquées. Ce papillon est très actif par beau temps. Il vole rapidement au-dessus des prairies en pente, fleuries et maigres, bien exposées. C'est une espèce thermophile.

     

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    Photo: Fr. Hela, Falmagne, 10 Juillet 2011.

     

    La période de vol de ce papillon s'étale de juin à septembre, voire début octobre. A Yvoir, il fréquente les pelouses sèches du site de Champalle, quelques prairies de fauches pentues bien ensoleillées, situées notamment à Tricointe, mais aussi des talus du bords de chemins et de pâturages, ainsi que des friches sèches à proximité des carrières désaffectées ou non.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Août 2011.

     

    La chenille de l'Argus brun vit sur diverses Géraniacées, don le Géranium des prés (Geranium pratense) et le bec-de-cigogne commun (Erodium cicutarium). D'après certains auteurs, les femelles déposent aussi leurs oeufs sous les feuilles et sur les sépales de l'hélianthème jaune (Helianthemum nummularium).

     

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    Le Géranium des prés (Geranium pratense), une plante visitée par la chenille de l'Argus brun.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 25 Mai 2011.

     

    L'Argus brun est probablement menacé dans tous ses habitats. Il faut absolument conserver les prairies maigres où on rencontre régulièrement l'espèce et les exploiter de manière appropriée, en ne fauchant tardivement qu'une fois par an et en ne répandant pas d'engrais.

    Erodium cicutarium Beez 17 Avril 2011.jpg

    Le Bec-de-cigogne commun (Erodium cicutarium), espèce des pelouses et chemins secs.

    Photo: Fr. Hela, Beez (Namur), 17 Avril 2011.

     

     

     

     

     

  • Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Troisième partie)

    L'Argus Bleu Nacré (Polyommatus coridon) est une espèce représentative des prairies maigres. Il fréquente les prés et pelouses sèches à herbes rases, les coteaux exposés au soleil, surtout ceux constitués d'un substrat calcaire. Dans le milieu préservé du site des Rochers de Champalle, il peut être très abondant en plein été.

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    Un mâle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), 25 Juillet 2011.

     

    La face supérieure du mâle est bleu gris argenté, parcourue de nervures sombres. Le bord des ailes est brunâtre, ourlé de longues franges blanches avec des taches foncées. La femelle est brune souvent saupoudrée de bleu. Deux petites taches plus foncées marquent les ailes antérieures et de petites lunules submarginales oranges sont, en général, nettes.

     

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    Une  femelle.

    Photo: Fr. Hela, Sosoye, 30 Juillet 2011.

     

    L'Argus Bleu Nacré est une espèce monovoltine, c'est-à-dire qui présente une seule génération annuelle. Il commence à voler au début juillet et disparaît normalement en septembre. On l'a vu rechercher le nectar de la centaurée scabieuse (Centaurea scabiosa), de la scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria), de l'origan (Origanum vulgare), du serpolet commun (Thymus pulegioides), de cirses (Cirsium div.) et de diverses Fabacées (Papilionacées). Sa chenille vit en mai et juin sur l'Hippocrépide en ombelle ou fer-à-cheval (Hippocrepis comosa), les vesces et les trèfles ... Elle est souvent accompagnée de fourmis.

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    L'Hippocrépide en ombelle ou fer-à-cheval (Hippocrepis comosa), une des plantes préférées de la chenille de l'Argus Bleu Nacré.

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, Mai 2011.

     

    Si l'Argus Bleu Nacré peut être abondant sur les pelouses sèches des Rochers de Champalle, il est cependant en très net recul. Dans nos régions, les causes de sa relative rareté sont nombreuses: l'intensification de l'agriculture, la fumure des dernières prairies maigres, le boisement de milieux ouverts et l'urbanisation.

     

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    L'Argus Bleu Nacré: détail de la face inférieure des ailes d'un mâle.

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, Juillet 2011.

     

    L'Argus myope (Lycaena tityrus), appelé aussi Cuivré fuligineux, était assez répandu dans les prairies à hautes herbes avec beaucoup de fleurs et des oseilles sauvages. C'est une espèce bivoltine (deux générations par an) qui vole d'avril à juin et de juillet à septembre. Le mâle à la face supérieure des ailes brun foncé uni avec des points noirs, ourlée de blanc. La femelle présente une couleur plus vive. Les ailes antérieures sont orangées ponctuées de taches foncées et ses lunules submarginales oranges sont plus marquées.

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    Lycaena tityrus: Une femelle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    L'Argus myope visite toutes sortes de fleurs dont le serpolet commun (Thymus pulegioides), l'origan (Origanum vulgare) et la grande marguerite (Leucanthemum vulgare). Sa chenille vit sur l'oseille sauvage (Rumex acetosa) et la petite oseille (Rumex acetosella). Il n'est pas impossible qu'on la trouve aussi sur l'oseille ronde (Rumex scutatus) qui abonde, à certains endroits, sur les éboulis des carrières, le long de la voie désaffectée Ciney-Spontin-Yvoir et sur certains murets. Certains auteurs de Suisse la renseignent sur cette espèce, dans les Alpes.

     

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    La petite oseille (Rumex acetosella), une plante visitée par la chenille de l'Argus myope.

    Photo: Fr. Hela, Thommen, 22 Juillet 2011.

     

    Pour stimuler la présence de ce papillon, on ne devrait ni fumer, ni détruire les prairies maigres et les prés humides. Il serait avantageux pour l'espèce de conserver des îlots non cultivés dans les campagnes, par exemple sur les talus et les remblais, où des plantes sauvages variées peuvent croître librement.

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    Face inférieure des ailes du mâle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

     

     

     

     

     

     

  • Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Deuxième partie)

    La Thécla du Bouleau (Thecla betulae) est un papillon de fin d'été et d'automne typique. Elle éclôt déjà à la fin juillet. Cependant, on ne l'observe la plupart du temps que de la mi-août à mi-octobre, en raison d'une diapause (1) estivale. Le mâle est observé plus rarement que la femelle.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 10 août 2011

     

    Cette espèce sédentaire habite les lisières, les vergers et les jardins, même dans les grandes villes. Elle séjourne volontiers dans les cimes des arbres où elle passe inaperçue. Le papillon se pose souvent sur des feuilles, au soleil, pour sucer le miellat des pucerons. Il sonde aussi les fruits blets, notamment les prunes, et butine plus rarement sur des fleurs d'Ombellifères ou de ronces. Le nom d'espèce de ce Thécla (betulae, du bouleau), désigne plus le lieu de séjour de ce papillon que la plante nourricière de la chenille. En effet, d'avril à juin, celle-ci consomme le feuillage de divers arbres et arbustes du Genre Prunus, dont le prunellier (Prunus spinosa). Certains auteurs indiquent d'autres essences: le cerisier à grappe (Prunus padus), le merisier (Prunus avium), les aubépines, les bouleaux, le hêtre (Fagus sylvatica) et les chênes. 

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 10 Août 2011.

     

    La Thécla du Bouleau fait partie des espèces en voie d'extinction; en maints endroits, elle est devenue une rareté. Aussi, il conviendrait de conserver absolument les prunelliers le long des lisières et dans les haies. Il serait bon pour l'espèce de prévoir, dans vos jardins, des buissons composés d'arbustes indigènes !

     

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    Photo: Nadine Thonnard, Godinne, 10 Août 2011.

    (1) Diapause: Phase pendant laquelle l'évolution de l'oeuf, de la chenille, de la chrysalide ou du papillon subit un arrêt. Elle est le plus souvent déclenchée par les conditions climatiques du milieu, telles que l'hiver ou l'été, mais elle peut aussi être programmée héréditairement suivant l'espèce.

     

    L'Azuré de la Bugrane (Polyommatus icarus) est le plus commun de nos Lycénidés. Assurément, cette espèce a mieux résisté à l'intensification de la culture des sols et à l'urbanisation. Le mâle (1 et 6) a une face supérieure bleu violet clair ourlée de blanc. La femelle a une face supérieure brun foncé assez souvent lavée de bleu (2). On peut distinguer facilement cet Azuré des espèces voisines grâce aux dessins de la face inférieure des ailes. Celle-ci est brune et marquée d'une ponctuation complète avec des lunules submarginales oranges (3).

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    Illustration: Fr. Severa dans "Papillons" aux Editions Gründ, Paris 1986.

     

    Chez nous, l'Azuré de la Bugrane fréquente les bords de chemins et de routes, les accotements des voies ferrées, les pelouses sèches ou les prairies fleuries, les friches ... Il pénètre occasionnellement dans les villes et on l'observe souvent dans les jardins ou dans les cultures et les pâturages envahis par différentes espèces de trèfles. Présentant deux à trois générations durant la belle saison, on le voit voler d'avril à septembre-octobre. Il butine volontiers l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum), l'origan (Origanum vulgare), le clinopode (Clinopodium vulgare), les menthes (Mentha sp.) et bien d'autres plantes fleuries riches en nectar.

     

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    L'Azuré de la bugrane, un mâle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 27 Avril 2011.

     

    La chenille, accompagnée en général de fourmis (voir les commentaires en fin de note), se nourrit de diverses Fabacées (Papilionacées). La bugrane rampante (Ononis repens), la luzerne lupuline (Medicago lupulina), le trèfle rampant (Trifolium repens), le trèfle des prés (Trifolium pratense), la vesce cultivée (Vicia sativa), la vesce à épis (Vicia cracca) ... sont quelques plantes citées par divers auteurs.

     

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    La bugrane rampante (Ononis repens), une des Fabacées visitées par la chenille.

    Photo: Fr. Hela, Falmagne, 10 Juillet 2011.

     

    On peut favoriser l'espèce en maintenant dans les grands jardins des zones naturelles où croissent diverses espèces de Fabacées, en renonçant à un fauchage trop fréquent des accotements de routes ou de chemins et en privilégiant les friches.

     

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    Une femelle butinant les fleurs du trèfle rampant (Trifolium repens).

    Photo: Fr. Hela, Thommen, Juillet 2011.

     

    * Les chenilles et les fourmis: Beaucoup de chenilles d'Argus ou d'Azurés observées sur le terrain sont entourées en permanence de fourmis isolées ou en grand nombre. La plupart des chenilles des Lycénidés sont fusiformes, comme des cloportes, et en général vertes, quelquefois jaunes ou brunes. Elles possèdent des organes cutanés spéciaux dont une glande mellifère sur le dos du septième segment abdominal. Celle-ci produit une solution aqueuse sucrée analogue au miellat des pucerons.

     

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    Dessin extrait de l'ouvrage "Les papillons de jour et leurs biotopes" Divers auteurs. Editions de La Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, 1987.

    Les attouchements ou les morsures des fourmis incitent la chenille à en céder une goutte qui est lèchée avec avidité. En présence de pucerons, ce comportement des fourmis est bien connu. Celles-ci ont un régime alimentaire varié, avec une nette préférence pour les substances sucrées, comme le miellat des pucerons et des cochenilles.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Première partie)

    Les Lycénidés (Lycaenidae) sont de petits papillons Rhopalocères ou "papillons de jour" à dimorphisme sexuel en général très marqué (les mâles et les femelles sont de couleur différente). Une centaine d'espèces existent en Europe et leur détermination est souvent délicate. Ces papillons sont en diminution dans notre pays et méritent toute notre attention.

     

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    L' Argus bleu-nacré (Polyommatus coridon, syn: Lysandra coridon) butinant les fleurs du serpolet commun (Thymus pulegioides).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juillet 2011.

     

    Dans cette Famille, on trouve les Théclas, à la teinte dominante brune et dont la plupart possèdent une petite queue au bord des ailes postérieures. Les chenilles de ceux-ci vivent en majorité sur des arbres feuillus et des arbustes. Les Cuivrés ont des couleurs pigmentaires et structurales se combinant pour donner des colorations superbes. L'or rouge et le violet prédominent. Leurs chenilles vivent surtout sur les Polygonacées du Genre Rumex (Oseilles et patiences). Enfin, les mâles des Argus ou Azurés sont, en général, de couleur bleue et les femelles brunes. Les chenilles de ce groupe se nourrissent principalement de légumineuses (Fabacées ou Papilionacées).

    Voici quelques espèces observées en 2010 et 2011, dans notre région.

    Le Cuivré commun (Lycaena phlaeas), appelé aussi Le Bronzé ou l'Argus bronzé, est facilement reconnaissable. Ses ailes antérieures sont oranges, marquées de taches foncées et bordées largement de noirâtre. L'envers des ailes postérieures est presque gris uni. Selon les régions, l'espèce donne deux ou trois générations. Le papillon apparaît en avril (parfois mars) et vole souvent tard en automne, parcourant le bord des champs ou des prairies, lorsque le soleil se montre. A cette époque de l'année, il se pose volontiers sur le sol pour s'y réchauffer. Le Cuivré commun fréquente les biotopes richement fleuris des contrées découvertes: bords de chemin, pelouses sèches et prairies de fauche, où croissent notamment des Lamiacées, comme l'origan (Origanum vulgare), le serpolet commun (Thymus pulegioides) ou la menthe des champs (Mentha arvensis), dont il apprécie le nectar. D'après la littérature, sa chenille vit sur les oseilles (Rumex acetosa et acetosella).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Août 2011.

     

    L'Azuré des Nerpruns (Celastrina argiolus) est le premier Azuré à se montrer au printemps, époque où il vole le long des lisières, des haies et des bosquets. Lorsqu'il se pose, on remarque la face inférieure des ailes blanc argent à fines taches dont certaines manquent parfois.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    La face supérieure des ailes du mâle est bleu ciel, bordée d'un étroit ourlet foncé. Les femelles ont une bordure foncées plus larges, surtout celles de la deuxième génération.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2011

     

    La chenille de cet Azuré vit de préférence sur la bourdaine (Rhamnus frangula) et le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) dont elle ronge les fleurs et les fruits. Elle se nourrirait aussi de plantes appartenant à une vingtaine de Genres et à 9 Familles; on cite notamment le nerprun purgatif (Rhamnus cathartica), la callune (Calluna vulgaris), les fleurs du lierre (Hedera helix), ...

     

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    La bourdaine (Rhamnus frangula), une des espèces appréciée par la chenille de l'Azuré des Nerpruns.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe: Forêt domaniale), 10 Septembre 2011.

     

    L'Azuré des Nerpruns est une espèce bivoltine. Elle présente deux générations, l'une de fin mars à juin et l'autre de juillet à début septembre. Il occupe les milieux suivants: lisières, haies vives, trouées avec beaucoup de buissons, aussi bien en terrain humide que très sec. D'après un auteur, les papillons d'été recherchent spécialement le nectar de l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) et du sureau yèble (Sambucus ebulus). Ils aiment se poser sur des feuilles, se nourrissent aussi du miellat des pucerons et descendent au sol pour sucer l'humidité du sable ou de pierres mouillées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 7 Juillet 2011.

     

     

  • L'Ecaille chinée (Euplagia quadripunctaria), une espèce plutôt méridionale.

    Les motifs cryptiques des ailes antérieures dissimulent parfaitement ce papillon lorqu'il est posé sur un rocher ou parmi la végétation. Vient-il a être découvert, il s'enfuit brusquement, dévoilant ses ailes postérieures rouges marquées de taches noires. Ce comportement me surprend toujours. Il vole souvent en plein soleil avec une rapidité déconcertante. Une fois posé, il n'est pas facile à repérer.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2011.

     

    Dans notre région, l'époque du vol de cette magnifique Ecaille s'étend de juillet à début septembre. Certaines années, elle peut être très abondante. Elle affectionne particulièrement les bois clairs et brousailles, généralement secs. Elle fréquente aussi les pentes rocheuses abruptes et les carrières. On peut l'observer dans les vallées du Bocq et de la Meuse, butinant en plein jour l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum), l'origan (Origanum vulgare), les cirses (Cirsium sp.), les chardons (Carduus sp.), les centaurées (Centaurea sp.) et d'autres plantes à floraison tardive. Il n'est pas rare de la rencontrer dans les zones rurales peu ombragées, dans les friches et même les jardins.

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 25 Juillet 2011.

     

    L'Ecaille chinée est un Hétérocère ("papillon de nuit") de la famille des Arctiidae (Ecailles) dans laquelle on trouve plusieurs espèces ternes ou vivement colorées qui sont plutôt nocturnes. Quelques unes ont toutefois des moeurs diurnes comme notre Ecaille ou celle du séneçon, appelée aussi "Goutte-de-sang" (Tyria jacobaeae) dont les chenilles oranges annelées de noir se nourrissent de divers séneçons (Senecio jacobaea et Senecio vulgaris notamment).

     

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    L'Ecaille du séneçon (Tyria jacobaeae) et sa chenille.

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2011.

     

    En août, la femelle de notre Ecaille chinée pond ses oeufs en groupe sur du feuillage. L'éclosion des chenilles polyphages a lieu au bout de 10 à 15 jours. Peu après avoir consommé quelques plantes (lamiers, orties, épilobes, pissenlits, plantains, ...), celles-ci rentrent en hibernation. Au printemps, elles se réalimentent en s'attaquant au feuillage de certains arbustes, dont le noisetier et le framboisier. Vers la fin du mois de mai, elles se nymphosent et l'émergence des papillons adultes se déroulent souvent début juillet.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 20 Août 2011.

     

    Cette espèce présente une aire de répartition globalement plus méridionale. Cela ne l'empêche pas de s'élever relativement haut en montagne, en remontant par les vallées. L'Ecaille chinée occupe essentiellement l'Europe moyenne et méridionale. Plus au Nord, elle atteint l'Allemagne moyenne où les régions Kerfeld-Massif du Harz semble être une limite. Dans les vallées du Sud de l'Europe, on observe occasionnellement des concentrations massives de cette Ecaille: ce phénomène, paraît-il, est même régulier sur l'île de Rhodes, où des dizaines de milliers de ces papillons se rassemblent sur les rochers et les arbres, recouvrant intégralement ceux-ci. Ce spectacle féerique compte parmi les curiosités touristiques de l'île !

     

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    Rassemblement d'Ecailles chinées sur un tronc d'arbre.

    Vallée des papillons (Ile de Rhodes - Grèce)

    Photo: www.digitalphoto.pl

     

     

     

     

     

  • Les zygènes, "papillons de nuit" presque exclusivement actifs de jour !

    Les dénominations "papillons de nuit" (Hétérocères) et "papillons de jour" (Rhopalocères) ne reposent sur aucunes bases réellement scientifiques. Si les Hétérocères ont souvent des moeurs nocturnes, revêtent des couleurs plutôt ternes, disposent leurs ailes à plat ou en toit au repos et possèdent des antennes se terminant rarement en massue, il existe toutefois des exceptions.

    Les zygènes, "papillons de nuit", sont actives presque exclusivement le jour et possèdent des antennes renflées à l'extrémité !

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    La zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Champalle), Juin 2011.

     

    Impossible de ne pas voir des zygènes butinant les fleurs d'une knautie des champs (Knautia arvensis) ou d'une scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria)! Elles se font remarquer par leurs couleurs et par leur vol bourdonnant. En outre, leurs antennes se terminent en massue et sont plus ou moins courbées à l'extrémité, ce qui leur a valu le nom de "sphinx-bélier".

     

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    Zygaena filipendulae

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Celles-ci ont des ailes rouges et noires très contrastées (Zygaeninae) ou colorées de différentes nuances de vert (Procridinae).

    La zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae) est l'espèce la plus fréquente chez nous. Elle colonise de préférence les prairies de fauche, les prairies maigres ou les pelouses sèches rocailleuses. En général, la période de vol s'étend de fin mai-début juin à la mi-août.

    La chenille de cette zygène se nourrit surtout du lotier corniculé (Lotus corniculatus).

     

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    La chenille de la zygène de la filipendule (Zygaena filipendulae).

    Photo: Fr. Hela, De Panne (Westhoek), Juin 2011.

     

     

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    Le lotier corniculé (Lotus corniculatus), sa plante nourricière favorite.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Airbois), Mai 2011.

     

    La plupart du temps, des papillons se nourrissent du nectar de fleurs. Dans notre région, j'ai trouvé cette zygène sur les fleurs de la knautie des champs, de la scabieuse colombaire, de la centaurée jacée (Centaurea jacea), de la bétoine (Stachys officinalis) et du cirse des champs (Cirsium arvense). Il est intéressant de noter son attirance pour les fleurs lilas ou violettes. Par temps couvert, elle se repose souvent sur les graminées.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Parmi les "zygènes vertes à bleu vert", Adscita statices se rencontre çà et là, au repos dans la végétation ou se nourrissant sur les fleurs. Ses sources de nectar préférées sont  les fleurs de la scabieuse colombaire et de différentes espèces de centaurées. Les observations de cette magnifique espèce que j'ai faites se sont toujours déroulées dans des milieux secs et, notamment, dans des prairies maigres abondamment fleuries. Les papillons adultes apparaissent souvent en juin.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 12 Juin 2011.

     

    La chenille de cette espèce se nourrit d'oseilles (Polygonaceae): l'oseille sauvage (Rumex acetosa), l'oseille ronde (Rumex scutatus) er la petite oseille (Rumex acetosella).

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Le Tircis (Pararge aegeria), papillon de nos bois et forêts.

    Parmi les papillons sylvestres assez communs, cette espèce paraît être une des plus aptes à se camoufler en raison de sa coloration discontinue qui semble adaptée à la lumière tamisée des sentiers forestiers et des clairières qu'elle fréquente. Le Tircis se pose souvent à terre, parmi les feuilles sèches ou sur les chemins. Il se tient volontiers dans les trouées des bois et en lisière, mais aussi à l'intérieur des peuplements forestiers, là où le soleil réussit juste à percer entre les cimes. Les forêts feuillues ou mixtes constituent ses domaines.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), Juillet 2011.

     

    Le mâle, peu différent de la femelle, montre un net comportement territorial. Il se poste longtemps sur une feuille d'un arbuste sans bouger, étend ses ailes au soleil et chasse les autres papillons qui s'approchent.

    La chenille de ce papillon, vert clair et ornées de fines lignes blanchâtres, est difficile à repérer. On la trouve sur diverses graminées dont elle se nourrit.

    Le Tircis vole en deux générations, de fin mars à juin et de fin juin à début octobre.

     

  • Le citron (Gonepteryx rhamni), un papillon robuste !

    A présent, le citron fréquente nos lisières, nos forêts claires et nos fourrés à proximité des bois. C'est un pollinisateur zèlé qui vient volontiers dans les jardins.

    La vie de ce papillon peut durer presqu'une année. En hiver et en été, il réduit ses fonctions vitales au minimum. Il passe l'hiver en plein air, par exemple, dans un épais tapis de lierre, au pied d'un arbre. Il se protège du gel en se déshydratant. Certains auteurs disent même qu'il sécréterait une sorte d'anti-gel durant cette période !

    Au printemps, avec le paon du jour (Inachis io) et la petite tortue (Aglais urticae), le citron est un des premiers papillons à apparaître, parfois dès la fin du mois de février, par temps doux. Il est très robuste face aux intempéries.

    L'accouplement se déroule après l'hiver. Il est précédé d'un vol nuptial. Voici une femelle qui butine les fleurs d'une corydale solide (Corydalis solida). Celle-ci est convoitée par trois mâles pratiquant en commun un vol dansant à proximité.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Evrehailles), Mars 2011.

    La femelle délimite un territoire de ponte composé de un à trois buissons de bourdaines (Frangula alnus) ou de nerpruns purgatifs (Rhamnus cathartica). Elle marque, paraît-il, les bourgeons à l'aide de glandes odoriférantes, afin de retrouver ses arbustes. Le mâle est jaune citron vif, tandis que la femelle est blanchâtre, teintée de verdâtre.

     

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    Gonepteryx rhamni - Mâle

    Photo: Nadine Thonnard, Godinne, Juillet 2011.