Azuré de la Bugrane (Polyommatus icarus)

  • Théclas, Cuivrés, Argus ou Azurés ... (Deuxième partie)

    La Thécla du Bouleau (Thecla betulae) est un papillon de fin d'été et d'automne typique. Elle éclôt déjà à la fin juillet. Cependant, on ne l'observe la plupart du temps que de la mi-août à mi-octobre, en raison d'une diapause (1) estivale. Le mâle est observé plus rarement que la femelle.

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 10 août 2011

     

    Cette espèce sédentaire habite les lisières, les vergers et les jardins, même dans les grandes villes. Elle séjourne volontiers dans les cimes des arbres où elle passe inaperçue. Le papillon se pose souvent sur des feuilles, au soleil, pour sucer le miellat des pucerons. Il sonde aussi les fruits blets, notamment les prunes, et butine plus rarement sur des fleurs d'Ombellifères ou de ronces. Le nom d'espèce de ce Thécla (betulae, du bouleau), désigne plus le lieu de séjour de ce papillon que la plante nourricière de la chenille. En effet, d'avril à juin, celle-ci consomme le feuillage de divers arbres et arbustes du Genre Prunus, dont le prunellier (Prunus spinosa). Certains auteurs indiquent d'autres essences: le cerisier à grappe (Prunus padus), le merisier (Prunus avium), les aubépines, les bouleaux, le hêtre (Fagus sylvatica) et les chênes. 

     

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    Photo: Fr. Hela, Godinne, 10 Août 2011.

     

    La Thécla du Bouleau fait partie des espèces en voie d'extinction; en maints endroits, elle est devenue une rareté. Aussi, il conviendrait de conserver absolument les prunelliers le long des lisières et dans les haies. Il serait bon pour l'espèce de prévoir, dans vos jardins, des buissons composés d'arbustes indigènes !

     

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    Photo: Nadine Thonnard, Godinne, 10 Août 2011.

    (1) Diapause: Phase pendant laquelle l'évolution de l'oeuf, de la chenille, de la chrysalide ou du papillon subit un arrêt. Elle est le plus souvent déclenchée par les conditions climatiques du milieu, telles que l'hiver ou l'été, mais elle peut aussi être programmée héréditairement suivant l'espèce.

     

    L'Azuré de la Bugrane (Polyommatus icarus) est le plus commun de nos Lycénidés. Assurément, cette espèce a mieux résisté à l'intensification de la culture des sols et à l'urbanisation. Le mâle (1 et 6) a une face supérieure bleu violet clair ourlée de blanc. La femelle a une face supérieure brun foncé assez souvent lavée de bleu (2). On peut distinguer facilement cet Azuré des espèces voisines grâce aux dessins de la face inférieure des ailes. Celle-ci est brune et marquée d'une ponctuation complète avec des lunules submarginales oranges (3).

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    Illustration: Fr. Severa dans "Papillons" aux Editions Gründ, Paris 1986.

     

    Chez nous, l'Azuré de la Bugrane fréquente les bords de chemins et de routes, les accotements des voies ferrées, les pelouses sèches ou les prairies fleuries, les friches ... Il pénètre occasionnellement dans les villes et on l'observe souvent dans les jardins ou dans les cultures et les pâturages envahis par différentes espèces de trèfles. Présentant deux à trois générations durant la belle saison, on le voit voler d'avril à septembre-octobre. Il butine volontiers l'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum), l'origan (Origanum vulgare), le clinopode (Clinopodium vulgare), les menthes (Mentha sp.) et bien d'autres plantes fleuries riches en nectar.

     

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    L'Azuré de la bugrane, un mâle.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 27 Avril 2011.

     

    La chenille, accompagnée en général de fourmis (voir les commentaires en fin de note), se nourrit de diverses Fabacées (Papilionacées). La bugrane rampante (Ononis repens), la luzerne lupuline (Medicago lupulina), le trèfle rampant (Trifolium repens), le trèfle des prés (Trifolium pratense), la vesce cultivée (Vicia sativa), la vesce à épis (Vicia cracca) ... sont quelques plantes citées par divers auteurs.

     

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    La bugrane rampante (Ononis repens), une des Fabacées visitées par la chenille.

    Photo: Fr. Hela, Falmagne, 10 Juillet 2011.

     

    On peut favoriser l'espèce en maintenant dans les grands jardins des zones naturelles où croissent diverses espèces de Fabacées, en renonçant à un fauchage trop fréquent des accotements de routes ou de chemins et en privilégiant les friches.

     

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    Une femelle butinant les fleurs du trèfle rampant (Trifolium repens).

    Photo: Fr. Hela, Thommen, Juillet 2011.

     

    * Les chenilles et les fourmis: Beaucoup de chenilles d'Argus ou d'Azurés observées sur le terrain sont entourées en permanence de fourmis isolées ou en grand nombre. La plupart des chenilles des Lycénidés sont fusiformes, comme des cloportes, et en général vertes, quelquefois jaunes ou brunes. Elles possèdent des organes cutanés spéciaux dont une glande mellifère sur le dos du septième segment abdominal. Celle-ci produit une solution aqueuse sucrée analogue au miellat des pucerons.

     

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    Dessin extrait de l'ouvrage "Les papillons de jour et leurs biotopes" Divers auteurs. Editions de La Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, 1987.

    Les attouchements ou les morsures des fourmis incitent la chenille à en céder une goutte qui est lèchée avec avidité. En présence de pucerons, ce comportement des fourmis est bien connu. Celles-ci ont un régime alimentaire varié, avec une nette préférence pour les substances sucrées, comme le miellat des pucerons et des cochenilles.