Sarcelle d'hiver (Anas crecca)

  • J'aime le marais comme si j'étais une sarcelle, ...

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Ai-je découvert d'emblée la beauté du marais ? Nullement !

    J'ai d'abord admiré celle des sarcelles, merveilleusement propres, pures de formes, farouches et vives. En les cherchant, en les guettant, je me suis enfoncé dans le mystère des roseaux, les pieds dans l'eau noire. J'ai écouté les froissements des feuilles tranchantes des iris et des rubaniers, les crépitements des tiges sèches et blondes dans le soleil printanier. J'ai appris et me suis fondu doucement dans de multiples "marais": ceux bordant les rivières lentes aux eaux de jade, sous le lacis des aulnes et des saules; ceux du bout des étangs aux eaux noires à demi cachées par les lentilles d'eau et les feuilles de nénuphars jaunes. Dans la tourbière aux bouleaux pubescents et pins rabougris, alternance de bosses craquantes de lichens secs et trous d'eau sombre, je me suis couché sur le ventre pour pénétrer du regard la forêt miniature de prêles des bois, en rêvant à celles du Carbonifère. Je me suis glissé sans bruit dans la grande roselière. Aux derniers phragmites, s'ouvrait alors l'espace aquatique, l'eau libre avec ses vaguelettes qui tortillent les reflets des blancs nuages, miroitant comme l'étain fondu devant des collines noyées de brumes bleues. Voici les canards, le cygne, le héron, les grèbes ... à l'envol, à l'atterissage, au repos, en escouade, en escadrille, en flottille, en amour, au nid en train de couver.

    J'ai ressenti une espèce d'ivresse devant ce foisonnement de vie et la multiplicité magnifique des formes de ces êtres à plumes. Moi, aptère, j'avais envie de saluer à ce moment la merveille du vol, la splendeur austère mais aussi finement colorée ou bariolée des plumages, l'aigu d'un bec, la flèche vivante dans le ciel ! C'est dans cette nature pré-humaine que j'ai aimé cette avifaune, coeur et âme de ces fabuleux paysages aquatiques.

    Depuis au moins une trentaine d'années, je ne me suis plus arrêter d'observer l'évolution de ces êtres vivants dans les "marais" de l'intérieur des terres ou du bord de mer, aux différentes saisons, dans les lumières de l'aube ou du crépuscule et aussi sous la pluie, la neige, la grêle, ... Chaque fois, l'espace, le ciel, l'eau, la prairie humide ou la vasière se présentaient différemment et ma grande mémoire visuelle pourrait reconstituer ces instants inoubliables. J'aime le marais comme si j'étais une sarcelle pour sa riche prolifération, ses fermentations, l'odeur âcre de la vase, celle de la menthe aquatique et de la reine-des-prés. L'oiseau m'émeut, mais aussi m'intéresse comme l'expression de son milieu.

    Et, c'est bien vrai ! L'observation de l'animal sauvage dans sa conduite spontanée, en son biotope avec lequel il est en harmonie, me permet de considérer la nature comme un ensemble d'êtres en relation très étroite et subtile, eux-mêmes liés à leurs milieux de vie.

    Un automne, à la lisière d'une phragmitaie d'un lac de Champagne, j'ai pu observer longuement le butor. Ce héron, expert en camouflage, est un oiseau fascinant, insaisissable. Il reflète bien la vie silencieuse et cachée de la roselière. Cet animal sauvage se confond harmonieusement avec les roseaux, son milieu de prédilection. Son corps, ses mouvements, son plumage font partie de la végétation. Ce que j'ai vu et senti ce jour-là comporte aussi la lumière, le mouvement, le souffle du vent, l'atmosphère, les odeurs et les bruits. Sans ces éléments, le butor n'existerait pas.

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    Photo: Yvonnik Lhomer - www.oiseaux.net

     

    J'aime le "marais" pour sa beauté profonde. Il vit par lui-même sans l'intervention de l'homme, dans ses luttes, ses métamorphoses et ses changements cycliques. Il peut se maintenir très longtemps et, comme toute formation naturelle, il est soumis à un ordre beaucoup plus strict qu'un jardin, un ordre nécessaire, où chaque organisme occupe la place qu'il peut défendre.

    " C'est pure folie, née d'une ignorance profonde, de vouloir vivre dans la nature ", nous dit Robert Hainard. Il ajoute: " La nature, on y passe sur la pointe des pieds; et puis, on retourne vivre dans le milieu qu'on s'est fait. L'animal lui-même a son jardin. Le blaireau possède un espace battu sur les déblais de son terrier où il fait sa toilette avant de partir en expédition et où les jeunes s'amusent. Son domaine, c'est le début du bois, derrière les ronciers, d'où partent ses sentiers menant à la prairie." Le blaireau comme le butor vivent leur vie et, nous, la nôtre ! On ne pourrait vivre dans la nature sans la détruire, cependant il est agréable de n'en être pas trop loin, de la voir de la fenêtre, de s'y ressourcer mais dans le plus grand respect.

    François.

  • Une jolie sarcelle d'hiver (Anas crecca) sur la Meuse, ce 26 décembre.

    Aujourd'hui, je décide d'affronter les amas de neige, pour suivre la rive droite de la Meuse, entre le pont d'Yvoir et celui du chemin de fer avant Houx. Ce n'est pas facile et c'est fatiguant de marcher pendant trois kilomètres dans ces conditions ! Mais, l'observation des oiseaux l'emporte sur les difficultés de terrain, c'est plus fort que moi.

    Que de récompenses pour ces efforts fournis ! Pas moins de 250 tarins des aulnes se nourrissent dans les aulnes. Certains sont si proches de moi, sur des branches basses, que je n'ose plus bouger. Un peu plus loin, 45 chardonnerets font la même chose, sans se préoccuper de ma présence. Tiens, un petit canard sur la Meuse ! Sa taille est à peu près la moitié de celle d'un canard colvert. Regardons attentivement ! Il s'agit bien d'une sarcelle d'hiver de sexe mâle. Spendide !

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    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net