Herbe à la coupure (Sedum telephium)

  • Les orpins, plantes rupestres et succulentes.

    Sur le territoire de notre commune, les éléments rocheux du paysage (escarpements, carrières et vieux murs) sont autant de milieux de vie pour de nombreuses espèces végétales spécialisées qui se répartissent en fonction du type de substrat, de l'exposition, de la pente, ...

    A la belle saison, les roches calcaires et siliceuses se parent d'une variété de plantes à fleurs, véritables petites merveilles ! Leurs couleurs et leurs différentes particularités anatomiques et physiologiques méritent toute notre attention. Ainsi, dans de minces substrats meubles, germent les semences des orpins. Ces plantes succulentes de la Famille des Crassulacées exploitent çà et là un volume de terre très réduit et résistent à de longues périodes de sécheresse. On les appelle des xérophytes (de xeros, sec). Elles croissent sur les rochers, les vieux murs et les lieux rocailleux bien exposés, où l'évaporation est intense du fait du vent, de l'ensoleillement et de la chaleur. Elles résistent en accumulant des réserves d'eau dans leurs organes charnus, notamment les feuilles. Les Cactées des semi-déserts américains et certaines euphorbes répandues dans les régions sèches de l'Afrique sont des plantes succulentes. Les orpins et les joubarbes de la flore européenne relèvent également de cette catégorie de plantes.

     

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    L'orpin réfléchi (Sedum rupestre)

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 23 Mars 2011.

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    La joubarbe des toits (Sempervivum tectorum)

    Photo: Fr. Hela, Roly, 9 Avril 2012


    Dans notre commune, quatre espèces d'orpins sont facilement reconnaissables

    En mai et juin (parfois juillet), les fleurs jaunes et étoilées de l'orpin âcre ou "poivre des murailles" (Sedum acre) se remarquent de loin. Il croît sur les murs anciens où s'est accumulée de la matière organique, sur les rochers et les rocailles et, même, sur de vieux toits de hangars ou de granges.

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 22 Juillet 2012.


    Je l'ai vu dans les Hautes Alpes où il fréquente les rochers et pierriers de l'étage collinéen à l'étage subalpin (500 à 2000 m) ! Je l'ai aussi trouvé dans les dunes fixées de notre littoral. L'orpin âcre y est présent parmi les mousses qui recouvrent le sol, en compagnie de la laîche des sables (Carex arenaria), du rosier pimprenelle (Rosa spinosissima) ou de la fléole des sables (Phleum arenarium).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2012


    Si vous mâchez, sans avaler, un petit morceau de la tige abondamment feuillues, vous comprendrez sûrement pourquoi l'orpin âcre est aussi appelé "poivre des murailles" ou "orpin brûlant" !

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Redeau), 28 Mars 2012.


    En juin et juillet, l'orpin blanc (Sedum album), avec ses petites fleurs blanches ou parfois rosées, est la lumière de nos vieux murs, des éboulis stabilisés ou des petites barres rocheuses, comme sur les rochers de Champalle.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 26 Juin 2011.


    Ses feuilles alternes plus ou moins cylindriques et sa tige sont vertes ou rougeâtres.

     

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    Photo: Fr. Hela, Anseremme (Moniat), 16 Mai 2012.


    Dans les Hautes Alpes, je l'ai observé sur les rochers, dans les rocailles ou sur de gros blocs rocheux éparpillés dans les prairies alpines. Là-bas, on trouve l'orpin blanc de l'étage collinéen à l'étage subalpin, dans des situations bien exposées (de 600 à 2.300 m). Dans certaines contrées alpines, il est la plante nourricière de la chenille du célèbre Apollon (Parnassius apollo), beau papillon blanc ponctué de noir et de rouge.

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    L'Apollon (Parnassius apollo) et sa chenille sur Sedum album.


    L'orpin réfléchi ou "trique-madame" (Sedum rupestre) est moins fréquent, mais certaines stations sont bien fournies. Ses fleurs sont jaunes et ses feuilles à section circulaire sont longues de 8 à 20 mm, terminées par une courte pointe raide. D'une hauteur de 15 à 30 cm, il fleurit de juin à août, sur les rochers, sur les vieux murs, dans les pelouses sèches et, même, sur les digues, en bord de Meuse. Dans les Hautes Alpes, il monte jusqu'à 2000m, sur les versants sud (Adret).

     

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    Feuilles mucronulées de Sedum rupestre.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juin 2012.

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    L'orpin réfléchi en fleurs

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Juillet 2012.


    L'orpin reprise ou Herbe à la coupure (Sedum telephium) est le moins thermophile de nos orpins. On le rencontre, de juin à août, dans les bois clairs, sur des talus rocheux, en bord de chemins ou de routes. La sous-espèce fabaria, plus rare, aime les rochers frais et ombragés et, même, les berges des cours d'eau. Il y aura toujours des exceptions à la règle!

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    Photo: Fr. Hela, Durnal, 21 Août 2011.


    Il peut atteindre une hauteur de 30 à 50 cm. Le limbe de ses feuilles ovales est denté irrégulièrement et son inflorescence, en corymbe dense, porte des fleurs rosées ou purpurines. Celles-ci attirent de nombreux Diptères (Eristales diverses et autres Syrphidés), mais aussi des Hyménoptères et des papillons. Comme les autres orpins, l'herbe à la coupure est mellifère.

     

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    Tige et feuilles de l'orpin reprise

    Photo: Fr. Hela, Crupet, 13 Mai 2012


    L'orpin reprise monte moins haut en altitude. Dans les Hautes-Alpes, il est observé jusqu'à 1.700 m. On le trouve sur les rochers moins exposés, sur des pierriers près des torrents et dans les broussailles, de l'étage collinéen à l'étage montagnard.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 1 Juillet 2011.


     


    Ouvrages et littératures consultées

    Chas Ed.: Atlas de la flore des Hautes-Alpes

    Hidvegi Fr.: Les Escarpements rocheux : Brochure technique n°5, éditée par le Ministère de la Région Wallonne (Direction de la Conservation de la Nature et des Espaces verts), Jambes, 1995. 

    Lambinon J., Delvosalle L. et Duvigneaud J.: Nouvelle Flore de la Belgique, du G-D de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines Ed. Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, Meise, 2004.

    Lauber K. et Gerhart W.: Flora Helvetica (Flore illustrée de Suisse) Ed. Belin, Paris 2000.

    Raynal-Roques Al.: La botanique redécouverte Ed. Belin, 1994.

    Vanden Berghen C.: La végétation terrestre du littoral d'Europe occidentale Ed. Les Naturalistes Belges, 1964.

    Whalley P.: Papillons Ed. Arthaud, Paris 1989.