Sphinx de l'épilobe (Proserpinus proserpina)

  • La chenille du Sphinx de l'épilobe (Proserpinus proserpina) à Durnal (Yvoir)

    A Durnal (Yvoir), le 14 juillet dernier, je me prépare pour une petite exploration dans les environs d'Assesse. Me rendant chez mon voisin pour y chercher mon cyclomoteur, je m'étonne de voir, sur le gravier, une grosse chenille qui déambule. Je la capture. Se sentant menacée, elle se rétracte en se courbant, avec des mouvements saccadés et en rentrant la tête sous les segments thoraciques. Cette attitude provoque chez moi un effet de surprise et elle lui permet, sans doute, de mettre parfois en fuite certains petits prédateurs, comme des oiseaux de petites tailles.

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    Photos: Fr. Hela, Durnal (Yvoir), 14 Juillet 2014

     

    Il s'agit de la variante foncée de la chenille du Sphinx de l'épilobe (Proserpinus proserpina) arrivée au terme de sa croissance. Elle est probablement en route pour chercher un lieu propice à la nymphose, soit sous terre ou sous des feuilles! Normalement, son activité est nocturne. La journée, elle se cache dans la litière végétale ou sous de grosses pierres et ne part en quête de nourriture qu'une fois la nuit tombée. Cette année, des observations diurnes sont néanmoins assez fréquentes. Elle se nourrit de différentes espèces d'épilobes, en particulier, du feuillage de l'Epilobe en épi, appelé parfois "laurier de Saint-Antoine" (Epilobium angustifolium) et de l'Epilobe hérissé (Epilobium hirsutum). Certains auteurs mentionnent aussi des espèces d'autres Genres, comme la Salicaire commune (Lythrum salicaria) ou l'Onagre bisannuelle (Oenothera biennis).

     

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    L'Epilobe en épi (Epilobium angustifolium) est une Onagracée assez abondante chez nous, dans les coupes et lisières forestières, les prairies humides non fauchées, certains terrains vagues et sur des talus. Elle fleurit en Juillet et en août.

    Photos: Fr. Hela, Yvoir Juillet-Août 2014

     

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    L'Epilobe hérissé (Epilobium hirsutum) fleurit de juin à septembre au bord des eaux, dans les fossés et friches humides.

    Photo: Fr. Hela, Profondeville, Août 2013

     

    Notre chenille, longue de 5 à 6 cm, est cylindrique, de couleur gris-brun avec des dessins noirs sur fond plus ou moins clair. Contrairement à d'autres chenilles de sphinx, les lignes obliques des flancs, passant à la hauteur des stigmates (ouvertures respiratoires), partent de haut en bas et vers l'arrière du corps. De plus le huitième segment abdominal porte une sorte de bouton (verrue boutonnière) jaune, légèrement surélevé, présentant un point central noir.

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    On voit bien ici les lignes noires sur fond blanchâtre dirigées vers l'arrière du corps, les stigmates et la verrue boutonnière sur le huitième segment abdominal.

    Photo: R. De Vléminck, Profondeville, 25 Juillet 2014

     

    En général les chenilles de nos Sphingidés, "papillons nocturnes" (Hétérocères), ont, à cet endroit, une corne plus ou moins courbée dont on ne connaît pas vraiment le fonction.

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    En général, les chenilles de nos Sphingidés possèdent sur le huitième segment une corne, bien visible ici sur cette chenille du Sphinx du troène (Sphinx ligustri).

    Photo: D. Claude, Natoye, 2 Septembre 2013

     

    Mais revenons à mon observation du 14 juillet. Après avoir déposé la chenille dans sa posture de défense, j'ai attendu quelques secondes avant qu'elle reprenne sa pose initiale allongée. C'est à ce moment que j'ai pu voir sa tête protégée par une paroi externe grise, appelée capsule céphalique.

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    Photo: Fr. Hela, Durnal (Yvoir), 14 Juillet 2014

     

    Les trois segments thoraciques qui suivent possèdent, chacun, une paire de pattes articulées (vraies pattes) qui interviennent plus dans la préhension que dans la locomotion. Ensuite, sous chacun des segments trois à six de l'abdomen et sous le dernier (dixième segment), on pouvait observer une paire de fausses pattes, organes assurant la fixation et le déplacement de la chenille.

     

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    Dessin extrait de l'ouvrage collectif "Les papillons et leurs biotopes" Volume 2 - Groupe de travail des lépidoptéristes - Pro Natura - Ligue suisse pour la protection de la nature, Bâle 1999.

     

     

    Le Sphinx de l'épilobe hiverne à l'état de chrysalide. L'imago ou insecte parfait apparaîtra aux environs de la mi-mai et volera jusqu'à la fin du mois de juin, aux endroits où poussent les plantes nourricières de la chenille, notamment dans les lieux ensoleillés mais humides, à proximité de cours d'eau, de fossés, de mares, mais aussi dans les carrières, en marge des forêts humides, dans les terrains vagues et les formations végétales à hautes plantes des zones marécageuses, comme les mégaphorbiaies. Il ne vole que durant peu de temps au crépuscule et visite, avec sa longue trompe, de nombreuses fleurs qui dégagent un parfum très attirant, dont le Chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenum), la Vipérine (Echium vulgare), les Sauges (Salvia spec.), ... Pour butiner, les Sphinx ne se posent pas sur les fleurs, mais font du surplace devant elles à la manière d'un colibri.

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    Le Sphinx de l'épilobe (imago)

    Photo: Ph. Vanmeerbeeck, Furfooz, 1 Juin 2014

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    Les fleurs odorantes du Chèvrefeuille des bois (Lonicera periclymenumsont très attractives pour nos sphinx.

    Photo: Fr. Hela, Dorinne (Yvoir), 5 Juillet 2014

     

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    Certaines chenilles de Sphingidés, comme celle du Sphinx du troène, prennent une posture de repos caractéristique qui rappelle vaguement la forme du Sphinx égyptien, d'où le nom de Famille (Sphingidés). Le nom "sphinx" apparaît pour la première fois chez René Antoine Ferchault de Réaumur (1683-1757) qui l'a employé pour désigné le Sphinx du troène. Carl von Linné (1707-1778) a par la suite adopté ce nom pour le Genre.

    Photo: Christian Meyer, 17 Septembre 2012 - www.flickr.com