Tabac d'Espagne (Argynnis paphia)

  • Une attention toute particulière pour le Tabac d'Espagne (Argynnis paphia)

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    François Hela examine, de très près, un Tabac d'Espagne (Argynnis paphia) sondant de sa trompe les fleurs d'une Eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) !

    Photo: Marc Dewez, Dinant (Fonds de Leffe), 11 août 2013

     

    On aurait pu croire que le printemps particulièrement froid et humide annonçait une année pauvre en papillons. Heureusement, les journées du mois de juillet et du début du mois d'août furent clémentes et chaudes. Soudainement, de nombreux Lépidoptères apparurent, pour notre plus grande joie !

     

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    Le Tabac d'Espagne (Argynnis paphia)

    Photo: Fr. Hela, Dinant (Fonds de Leffe), 11 Août 2013

     

    De mémoire de naturaliste, je ne me souviens pas d'avoir vu autant d'individus de certaines espèces habituellement moins communes ! C'est le cas du Tabac d'Espagne. S'il est vrai que son apparition dépend beaucoup des conditions météorologiques, sa présence dans notre région, absolument partout, est un fait remarquable. On dirait que la population de ce magnifique et grand nacré a subitement explosé ! On peut le voir, en nombre, en forêt, sur les chemins, dans les clairières, dans les coupes et le long des lisières, mais aussi dans les prairies plus ou moins humides ou sèches, remplies de ses fleurs préférées. Dans les friches et les jardins, il se jette littéralement sur les grappes de fleurs des Buddléas ou "Arbres à papillons".

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 4 Août 2013

     

    A cette période, il n'est pas rare d'observer de deux à six Tabacs d'Espagne à la fois sondant de leurs trompes les fleurs d'Astéracées, d'Apiacées, de Dipsacacées ou d'autres plantes sauvages au nectar abondant. Actuellement, la plante favorite de notre papillon est, sans conteste, l'Eupatoire chanvrine, mais je l'ai surpris, entre autres, sur les Cardères (Dipsacus fullonum et pilosus), sur l'Origan (Origanum vulgare), les Cirses et Chardons, la Centaurée jacée (Centaurea jacea s.l.) ou sur les Scabieuses colombaires (Scabiosa columbaria) et la Knautie des champs (Knautia arvensis).

     

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    L'Eupatoire chanvrine, actuellement la plante favorite de notre papillon.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Août 2013

     

    En Wallonie, le Tabac d'Espagne est la plus grande espèce (envergure: 54 à 70 mm) du groupe des Argynnes au sens strict, faisant partie d'une importante Famille, celle des Nymphalidés. Comme les autres représentants de cette Famille, les pattes antérieures, finement poilues, des mâles et des femelles sont atrophiées. Si elles sont inutilisables pour se fixer ou se déplacer, elles servent néanmoins au nettoyage des antennes et de la tête. On peut d'emblée caractériser les Argynnes ou Nacrés par leur coloration générale très souvent fauve ou orangée. Le dessus des ailes de ces papillons porte des dessins divisés en traits et en taches. Sous les ailes postérieures, on peut fréquemment admirer des plages brillantes et argentées. Le nom vernaculaire donné à plusieurs espèces fait référence à cette caractéristique (Nacrés, Colliers argentés, ...).

     

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    Le dessous d'une aile postérieure du Petit Nacré (Issoria lathonia) montrant des plages brillantes et argentées.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 31 juillet 2010

     

    Chez les Argynnes ou Nacrés, la cellule des ailes postérieures est toujours fermée par une nervure, quelque fois très fine, et les ailes antérieures du mâle portent parfois des bandes d'écailles odorantes ou androconies (écailles particulières des ailes des papillons mâles, sécrétant des phéromones destinées à la recherche du partenaire sexuel).

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    Ailes d'un Tabac d'Espagne (Argynnis paphia) mâle (d'après Ph. Georges):

    a. écailles odorantes ou androconies sur l'aile antérieure

    c. cellule des ailes postérieures fermées par une nervure

     

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    Sur cette photo d'un Tabac d'Espagne mâle, on remarque très bien les androconies sur les ailes antérieures.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 15 août 2013

     

    Les chenilles de ces papillons sont couvertes d'épines barbelées. Elles sont très difficiles à découvrir. Durant le jour, elles se tiennent immobiles et dissimulées sous les feuilles des violettes qui sont leurs principales plantes nourricières. D'après Georges Ph., les Lépidoptères du groupe des Argynnes sont présents dans presque toutes les parties du globe. Ils manquent dans le Sud de l'Afrique et de l'Amérique, ainsi que dans certaines régions de l'Australie. Dans notre région, d'autres Nacrés peuvent être observés, notamment le Petit Nacré (Issoria lathonia) et le Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino).

     

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    Sans être abondant, le Petit Nacré (Issoria lathonia) est observé lors des années chaudes, principalement en juillet et en août. La chenille vit, en principe, sur les Violacées (violettes et pensées), mais a été vue sur le Sainfoin (Onobrychis viciifolia) et la Bourrache (Borago officinalis).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 31 Juillet 2010

     

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    Le Nacré de la Sanguisorbe (Brenthis ino) affectionne les clairières et les prairies humides, ainsi que les zones alluvionnaires ouvertes des ruisseaux ou des rivières, là où croît la Reine-des-Prés (Filipendula ulmaria), plante nourricière de la chenille. Certains auteurs indiquent que celle-ci peut se rencontrer sur les ronces, les framboisiers et les orties. Cette espèce est relativement abondante dans les biotopes favorables, durant les mois de juin et juillet. Certains tronçons de la vallée du Bocq, entre Purnode et Spontin, sont particulièrement appréciés par la Grande Violette.

    Première photo: J. De Muynck, Purnode, 2 Juillet 2013.

    Deuxième photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 6 Juin 2011.

     

    Le Tabac d'Espagne est assez répandu dans le sud de notre pays, où il est parfois abondant en juillet et août, dans les bois et clairières. Il se reconnaît facilement. La face inférieure des ailes postérieures brille d'un éclat métallique verdâtre, avec des stries argentées, chez les individus des deux sexes.

     

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    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 4 Août 2013

     

    Le dessus des ailes du mâle est d'un fauve vif avec des taches noires et des stries. Les taches androconiales saillantes sont bien visibles, le long des nervures 1 à 4.

     

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    Argynnis paphia mâle

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 31 Juillet 2011

     

    La femelle, un peu plus grande, a le dessus des ailes moins vif avec de grosses taches noires. La forme plus sombre, à coloration brun olive avec des reflets verdâtres (f. valesina) existe aussi.

     

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    Argynnis paphia femelle

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles (Bauche), 20 août 2013

     

    Un fait remarquable est à signaler. La femelle ne pond pas sur la plante hôte, mais dans les fentes de l'écorce de divers arbres, en lisière d'un bois ! En juillet, elle vole en spirale autour du tronc et y dépose ses oeufs. Ceux-ci sont pondus un par un, en maintenant un espace entre eux variant de 50 cm à 1 m, à une hauteur pouvant atteindre quatre mètres ! Isolés, les oeufs se trouvent donc dans les anfractuosités de l'écorce et l'éclosion des chenilles a lieu une quinzaine de jours plus tard. Après avoir dévoré le chorion de l'oeuf, la jeune chenille entre en hibernation sur le tronc, là où l'oeuf a été pondu. Au printemps, elle redevient active et descend chercher sa plante nourricière, une violette de préférence. Elle se nourrit de jour et parvient au terme de sa croissance vers la fin du mois de mai. La chrysalide est suspendue à la plante-hôte et, après 2 à 3 semaines, l'adulte parfait (l'imago) émerge.

     

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    Ce magnifique Tabac d'Espagne supporte mal les perturbations occasionnées par les engins, parfois énormes, utilisés pour le débardage. La rectification des lisières ou la gestion forestière hostile aux herbes hautes et buissons sont préjudiciables pour l'espèce.

     

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    Photo: Fr. Hela, Awagne, 3 Juillet 2011