Tarier pâtre (Saxicola rubicola)

  • Le Tarier pâtre (Saxicola rubicola), jadis compagnon du berger, est de retour à Tricointe (Yvoir)

    Sur ce site, si je fais la part belle aux oiseaux, c'est qu'ils représentent à mes yeux bien plus qu'eux-mêmes. Ils témoignent de la richesse écologique d'un terroir rural. Lorsque j'aperçois le Tarier pâtre, c'est tout un monde pratiquement révolu qui réapparaît: celui des prairies de fauches, des pelouses ouvertes et sèches, des landes, des lieux au couvert ras et pierreux ... Cet oiseau était autrefois le compagnon du berger, sur la colline rocailleuse et couvertes de broussailles clairsemées !

     

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    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

    Il faut se méfier du concept de nature, utilisé de nos jours à tort et à travers, et entaché d'équivoque. Si l'on entend par nature l'antithèse absolue de la civilisation, le monde inviolé par l'espèce humaine, il n' y a plus de nature en Wallonie depuis au moins 4000 ans ! Chez nous, il convient de chercher autre chose: des espaces non seulement influencés par l'Homme, mais même créés par lui ! Les pratiques agropastorales de jadis ont ouvert nos paysages. Le pâturage de printemps par les moutons, dans les friches, limitait la prolifération des broussailles. Les milieux ouverts, biologiquement riches en plantes, insectes, oiseaux ..., voient le jour. De nombreux passereaux vont y trouver une nourriture abondante et des lieux propices à la nidification. C'est le cas de notre Tarier pâtre, le seul oiseau, à ma connaissance, que la nomenclature ornithologique ait consacré comme homonyme du berger ! Le drame de la seconde moitié du XX ième siècle est, chez nous, la disparition progressive des espèces végétales et animales que nous avions involontairement favorisées en établissant nos champs et nos parcours. Nous les éliminons depuis, en laissant l'homme des champs à son tragique monologue, obnubilé par la machine et le rendement.

     

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    Photo: Didier Collin - www. oiseaux.net

     

    La découverte fortuite d'un couple de Tarier pâtre à Tricointe (Yvoir), en période de nidification, s'est déroulée le 30 juin dernier. Ce jour-là, j'examine les bords du chemin caillouteux filant droit entre deux prairies de fauche, depuis le point de vue sur les carrières de la vallée du Bocq jusqu'à la drève de la forêt domaniale. Le temps est doux et lumineux.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe)

     

    Quelques papillons butinent surtout sur les fleurs des origans (Origanum vulgare), des vesces à épis (Vicia cracca) et des lotiers corniculés (Lotus corniculatus) . Deux bondrées apivores (Pernis apivorus) planent là-bas, en sifflant. Au sommet d'un petit sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), un petit passereau coloré de noir et de brun rouge, à l'attitude dressée, s'agite et jette l'alarme. C'est une série de "ouis trac...ouis trac trac" répétés sans cesse. Un beau Tarier pâtre mâle m'a repéré et, inquiet, il émet ces sons hachés, en battant nerveusement de la queue.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 30 Juin 2013

     

    Un autre oiseau, cette fois plus terne, apparaît sur un piquet de clôture. C'est la femelle ! Elle aussi, insectes au bec, me fait comprendre, de la même manière, qu'une nichée est proche. Au fur et à mesure que j'avance lentement, sans avoir la possibilité d'être plus discret, les sons deviennent plus forts et les oiseaux se déplacent continuellement, se posent, changeant de postes de guet régulièrement (piquets de clôtures ou branches émergentes d'un arbuste). J'arrive à la hauteur d'un petit buisson et les oiseaux s'envolent en criant, au ras du pré. Le mâle fait même du surplace, toujours en m'invectivant. Je continue ma progression et le calme semble revenir. Les oiseaux, rassurés, sont maintenant posés derrière moi, sur leurs perchoirs. Le danger que je représentais est passé. Je m'éloigne encore un peu pour les observer sans les déranger outre mesure. Un couple de Tarier pâtre s'est donc installé ici, à Tricointe ! Le comportement des oiseaux et les insectes au bec de la femelle m'indiquent que des jeunes sont nés. Le nid est probablement dissimulé dans les herbes sèches, sous ce petit buisson. Le 18 juillet, j'observerai trois jeunes à l'envol et je reverrai la famille le 29 juillet, le 3 et le 5 août.

     

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    Paraissant sombre de loin, le mâle porte un plumage bien contrasté. Sa tête noire est soulignée de côté par un bout de col blanc. Son habit foncé, presque noir, est relevé de blanc sur les ailes et au croupion. Sa poitrine est vivement colorée de rouge brun orangé.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

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    La femelle est plus modeste et plutôt brune. Son masque est grisâtre et des taches claires sont présentent aux côtés du cou. Sa poitrine a une teinte roussâtre et les miroirs blancs des ailes sont bien visibles.

    Photo: Didier Collin - www.oiseaux.net

     

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    Le juvénile, en été, ressemble assez bien à la femelle, mais semble plus sombre. Les miroirs blancs aux ailes sont souvent plus restreints et la poitrine est tachetée de brun.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net