Tarin des aulnes (Carduelis spinus)

  • Heureusement, il y les Tarins des aulnes ...

    L'hiver 2012-2013 est assez pauvre en ce qui concerne les observations ornithologiques un peu particulières. Pour trouver des passereaux hivernants dans notre région, il faut chercher assidûment. Il faut dire que les fruits secs ou charnus de nos arbres et arbustes indigènes sont peu abondants. Heureusement, des bandes de Tarins des aulnes (Carduelis spinus) semblent actuellement apprécier les aulnes glutineux (Alnus glutinosa) croissant près de nos cours d'eau et sont l'objet de toute mon attention.

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    Tarin des aulnes (Carduelis spinus): Mâle.

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net

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    Tarin des aulnes (Carduelis spinus): Femelle

    Photo: Yvon Toupin - www.oiseaux.net


    Les journées de ce début du mois de février sont, en général, peu lumineuses. Au Redeau (Yvoir), tout semble figé, dans cette atmosphère sombre et humide. A l'aube, il me faut être très attentif pour repérer quelques sons. Aucuns bruits, si ce n'est celui de la rivière qui coule inlassablement à mes pieds ! Le jour se lève péniblement et la torpeur ambiante finit par m'envahir. Est-ce que le jour va naître ? Les silhouettes noirâtres des aulnes sortent progressivement de la brume. Un cincle plongeur rase l'eau à grande vitesse, en poussant des cris hachés, quelques mésanges bleues et charbonnières émettent des sons, un pinson des arbres crie, un troglodyte s'irrite dans les fourrés et, dans la pénombre, je devine la silhouette d'un merle noir qui retourne du bec les feuilles, avec violence. Ouf ! Le réveil est lent, mais perceptible !

    Tout à coup, une petite troupe de passereaux, en essaim, surgit du brouillard. Des Tarins des aulnes ! Les oiseaux lancent sans cesse des appels clairs et aigus, accompagnés de chuchotements ténus. L'essaim s'élève, descend, s'éloigne, puis revient. Le déplacement en formation serrée de ces petits fringilles est rapide. Les Tarins des aulnes sont rarement solitaires et il est habituel d'observer des groupes de 10 à 50 oiseaux, en automne et en hiver. Ils finissent par s'abattre dans un aulne tout proche de moi. Je ne bouge plus, je suis tarin !

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Février 2013


    A présent, nos oiseaux se suspendent aux extrémités des rameaux et aux fruits sombres qui les garnissent. Ils se mettent à éplucher activement les "cônes" en miniature. Trop affairés, ils deviennent silencieux et, de temps en temps, certains d'entre eux descendent à terre pour récupérer les akènes tombés.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    Sans raison apparente, voilà qu'ils s'envolent soudainement, en émettant à nouveau leurs appels, reprennent la formation en essaim, s'éloignent, puis reviennent sur l'arbre. Cette fois, certains oiseaux sont bien plus près. Ainsi, je peux remarquer le petit bec effilé et conique, ainsi que la queue bien fourchue de ce mâle.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    La taille d'un tarin est faible, presque celle d'une mésange bleue (11 à 12 cm). Sur l'aile fermée, je note une barre jaune encadrée de noir, ainsi que le croupion et les cötés de la queue jaunes.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 février 2013


    Il me semble que les femelles au plumage vert grisâtre flammé de brun noir sont plus nombreuses.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 Février 2013


    Les mâles se distinguent par leurs teintes vives, à leur dessous jaune à peine rayé, à leur calotte noire et à leur minuscule bavette noire.

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    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Ma présence ne les effarouche pas et je suis assez surpris de l'agilité de ces petits fringilles. La tête en bas, ces petits acrobates se balancent comme les mésanges, n'interrompant leur repas que pour babiller.

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves- Natagora


    Dans notre région, c'est en octobre que les tarins s'imposent à la vue et à l'ouïe. Des groupes, plus ou moins importants selon les années, patrouillent alors surtout les aulnes le long du Bocq et de la Meuse. Ils restent parfois jusqu'au mois d'avril, puis disparaissent. En hiver, ils peuvent fréquenter les mangeoires.

     

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    En ce mois de février, au Redeau, une trentaine d'oiseaux viennent régulièrement se nourrir au pied de la mangeoire.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 7 février 2013



    Les migrateurs et les hivernants de Belgique et des Pays-bas semblent originaires de Norvège, de Suède, de Finlande, d'Allemagne du Nord, et probablement, de Russie (P. Géroudet et M. Cuisin, 1998). Durant la majeure partie de l'année, les tarins sont granivores. Les aulnes exercent sur eux une attraction particulière, mais ils visitent aussi les bouleaux. C'est au voisinage de l'eau qu'on a le plus de chances de les rencontrer. Les conifères jouent aussi un grand rôle dans leur alimentation. L'épicéa commun (Picea abies) et les mélèzes dans une moindre mesure, attirent ces passereaux en période de nidification.

     

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    Un tarin des aulnes mâle décortique ici un cône de mélèze.

    Photo: René Dumoulin - www.oiseaux.net


    Le bec de ceux-ci est parfaitement adapté à l'extraction des graines des cônes. Les oiseaux se cantonnent aussi dans les boisements clairs de conifères, en lisière des fagnes et des landes, avec la présence de bouleaux et d'aulnes disséminés (D. van der Elst et D. Vieuxtemps, 2010).

     

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    Photo: Jules Fouarge, Aves-Natagora

     

    Dans les régions montagneuses de Suisse, le tarin se reproduit dans la zone des résineux, de préférence entre 1200 et 1700 mètres (P. Géroudet et M. Cuisin, 1998). En Belgique, le bastion de l'espèce comprend l'est de la Province de Liège et le nord de celle du Luxembourg. C'est essentiellement dans les massifs forestiers, en périphérie des plateaux des Hautes-Fagnes et des tailles, tous deux situés à plus de 500 mètres d'altitude, que les tarins se reproduisent. En Wallonie, le tarin des aulnes est un nicheur peu répandu et reste sujet à de très importantes fluctuations, liées à la fructification des conifères (D. Van der Elst et D. Vieuxtemps, 2010).

     

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    Un couple (Femelle au-dessus, mâle en-dessous)

    Photo: Jules Fouarge, Aves-Natagora