Violette odorante (Viola odorata)

  • Violettes et pensées de notre région.

    Pourquoi parler, en plein hiver, de plantes printanières ?  C'est pour nous donner du courage et pour rêver au printemps qui n'est pas très loin ! Déjà, les jours se rallongent lentement, mais sûrement. La grive draine chante déjà et les mésanges charbonnières se mettent parfois à lancer quelques strophes. Préparons-nous à découvrir nos violettes et nos pensées !

    Le printemps est là et il fait radieux. Les violettes parsèment le pied des haies, les sous-bois ou encore les endroits herbeux de certains jardins. La foule silencieuse semble en attente d'un évènement inconnu et je m'interroge en silence quand, apparu de derrière un terricule de ver de terre, de jeunes beautés parfumées me confient en rougissant: "C'est le printemps que nous attendions toutes et qui revient enfin !"

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    La violette odorante (Viola odorata)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 Mars 2012.


    Heureuses de cette nouvelle et ivres de soleil, les premières abeilles solitaires entreprennent de donner, sur le champ, l'accolade à tout le monde !

     

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    Accouplement de deux osmies cornues (Osmia cornuta)

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 8 Mars 2011.


    Pour notre plus grand plaisir, au sortir de l'hiver, les violettes sont partout. Depuis la fin de février au mois de mai et juin, elles épanouissent leurs corolles bleu clair à violet foncé dans des milieux les plus variés et sur divers types de sols: haies, buissons et broussailles, taillis et bois clairs, coteaux, prairies et bords de chemins, pelouses calcaires et jardins.

     

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    Violettes odorantes (Viola odorata).

    Photo: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 4 Avril 2012.


    Quant aux pensées sauvages, leurs pétales muticolores apparaissent en avril jusqu'en octobre, dans les moissons, les friches, les cultures, le long de chemins et, même, sur le ballast des voies ferrées.

     

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    La pensée sauvage (Viola tricolor).

    Photo: Fr. Hela, Awagne, 24 Juin 2010.


    Ces plantes herbacées discrètes mais bien connues de tous appartiennent, tout au moins chez nous, à l'unique Genre Viola constituant la famille des Violacées. Elles possèdent une enveloppe florale complète et à pétales libres entre eux. Les fleurs solitaires bâties sur le plan cinq (5 sépales, 5 pétales et 5 étamines), à l'exception du gynécée (ensemble des organes femelles d'une fleur), présentent une symétrie bilatérale. Examinons les caractères généraux des Violacées de chez nous.

    En ce qui concerne les termes en italique, veuillez consulter les figures.


    La tige: Elle peut être dressée, couchée ou ascendante.

    Les feuilles: Pourvues d'un pétiole, souvent simples, dentées ou crénelées, elles sont alternes ou toutes situées à la base de la plante. Elles possèdent des stipules entières et persistantes, foliacées, libres ou soudées au pétiole à la base, dentées et incisées.

    Le calice: Il est persistant sur le fruit et constitué de cinq sépales prolongés inférieurement par un lobe élargi.

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    La corolle: Elle est formée de cinq pétales libres et inégaux, dont quatre sont dirigés vers le haut (les deux latéraux étant redressés vers les deux supérieurs) chez les pensées, alors qu'ils ne sont que deux dans ce cas chez les violettes. Notons que les violettes possèdent deux pétales latéraux généralement barbus à la base, étalés à angle droit ou plus ou moins dirigés vers le bas. Le pétale inférieur, plus grand, est pourvu d'un éperon dépassant les appendices des sépales.

     

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    1. Pétales 2. Sépales 3.Eperon

     

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    Vue de profil d'un violette de Rivin (Viola riviniana). L'éperon est ici bien visible.

    Photo: Fr. Hela, Godinne, 4 Avril 2012.


    L'androcée (ensemble des organes mâles d'une fleur): Il comporte cinq étamines présentant chacune un filet court et aplati contre lequel sont accolées les deux loges de l'anthère (extrémité renflée de l'étamine où se forment les grains de pollen). Elles sont dépassées par une pointe triangulaire et aplatie correspondant à l'extrémité du filet. De plus, les deux étamines inférieures se prolongent dans l'éperon par un curieux appendice en forme de lame, de longueur variable et inséré différemment selon les espèces.

     

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    A gauche, fleur de Viola odorata: Appendice d'une étamine inférieure (app.), logé dans l'éperon (ep.).

    A droite, étamine inférieure chez Viola alba: 1. Anthères  2. Appendice en forme de lame  3. Pointe triangulaire.

    Le gynécée (ensemble des organes femelles d'une fleur): L'ovaire est libre et supère, surmonté par un style plus ou moins fortement plié (genouillé), portant un seul stigmate élargi au sommet, non terminé par un crochet (Type Pensées) ou crochu à élargi en disque au sommet (Type Violettes).

    Le fruit: Une capsule à une seule loge s'ouvrant par trois valves et contenant de nombreuses graines.

     

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    Quatre violettes et deux pensées sauvages sont présentent près de chez vous. Comment les reconnaître ?

    1. La violette hérissée (Viola hirta) fleurit de mars à mai dans les bois, les pelouses, les coteaux, les prairies, sous les haies, aux bords des chemins, de préférence sur sols calcaires. Vous la trouverez notamment sur les pelouses sèches du site de Champalle, mais aussi dans les bois caillouteux et en lisière, sur substrats calcaires, entre le rocher de Fidevoye et Tricointe.

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    1. Souche sans stolons ni rejets rampants

    2. Feuilles et pédoncules floraux tous à la base; feuilles ovales, cordées, crénelées, velues surtout à leur face inférieure

    3. Stipules lancéolées, à bords entiers ou frangés

    4. Fleurs violet bleuâtre clair inodores, à pédoncules velus à poils étalés (rarement glabres)

    5. Capsules velues

     

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    La violette hérissée (Viola hirta)

    Photos: Fr. Hela, Yvoir (Tricointe), 6 Avril 2012


    2. La violette odorante (Viola odorata): C'est la seule violette qui dégage un parfum. On la trouve sous les haies et buissons, dans les taillis ou jardins, souvent en des sites plus ou moins rudéralisés (fortement transformés par une activité humaine non ordonnée: décombres, terrains vagues, ...). Elle fleurit chez nous de mars à mai. Des fleurs à corolles blanches (f. albiflora), souvent échappées de culture, se rencontre çà et là.

     

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    1. Rhizome émettant des rejets radicants

    2. Feuilles et pédoncules floraux tous à la base

    3. Stipules ovales et lancéolées, à bords frangés et glanduleux

    4. Fleurs odorantes violet foncé, munies d'un éperon violacé

    5. Capsules pubescentes

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 17 Mars 2012

     

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    Violettes odorantes aux fleurs blanches (Viola odorata f. albiflora). Cette forme est souvent cultivée pour l'ornement, notamment des cultivars à fleurs blanches, doubles, ...

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2012


    3. La violette des bois (Viola reichenbachiana) fleurit d'avril à mai avec une reprise en septembre et octobre. Elle est abondante dans nos bois, sous les haies et broussailles, sur des sols riches.

     

      

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    1. Tige feuillée, plus ou moins dressée; rosette de feuilles à la base

    2. Feuilles ovales en coeur, plus longues que larges

    3. Stipules étroites, à franges fines et longues

    4. Fleurs violacées ou bleuâtres; éperon étroit et violacé; sépales lancéolés et aigus

    5. Pétales relativement étroits et allongés

    6. Capsules glabres

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    Photos: Fr. Hela, Yvoir, 8 Avril 2012


    4. La violette de Rivin (Viola riviniana): En avril et mai, elle apparaît dans les bois ou à leurs lisières, sous les haies et les broussailles.

     

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    0. Tige feuillée; rosette de feuilles à la base

    1. Feuilles largement ovales à réniformes et cordées; le limbe est aussi large que long

    2. Stipules larges et courtes, à franges peu nombreuses

    3. Pétales largement ovales et étalés, d'un bleu clair à base blanche, se recouvrant partiellement sur les bords

    4. Eperon blanc jaunâtre parfois lavé de bleu, épaissi au sommet

    5. Capsules glabres

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 5 Avril 2012

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 18 Avril 2011


    Les violettes sont autogames (fécondation des fleurs d'un individu assurée par son propre pollen) ou pollinisée par les insectes. Les graines sont dispersées par les fourmis.

    Le nom de Genre "Viola" signifie "violette" en latin et vient du grec "ion": violet. Le nom d'espèce "reichenbachiana" pour la violette des bois est donné en honneur de H.G.L. Reichenbach (1793-1879), botaniste allemand et celui de "riviniana" pour la violette de Rivin, pour honorer un autre professeur de botanique allemand, A.Q. Rivinus (1652-1723). Le nom d'espèce "hirta" pour la violette hérissée signifie hirsute (en raison des poils raides couvrant cette violette et de ses feuilles velues surtout à la base inférieure).

    D'après J.-C. Rameau et al. (1989), les fleurs des différentes espèces de violettes traitées ici ont des propriétés émollientes, expectorantes et sudorifiques. Viola odorata serait mellifère (nectar des fleurs récolté par les abeilles). Cette espèce est cultivée comme plante à parfum sous le nom de "Violette de Toulouse".


    Deux espèces de pensées sauvages

    1. La pensée des champs (Viola arvensis): Cette petite pensée fleurit d'avril à octobre dans les champs, les cultures et les friches. On la rencontre aussi dans les jardins plus ou moins sauvages et sur le ballast de la voie ferrée à Yvoir.

     

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    Photos: Fr. Hela, Evrehailles, Juin 2012


    2. La pensée sauvage (Viola tricolor) est une espèce devenue rare. On la trouve çà et là dans les moissons, les friches et les bords de chemins. Elle fleurit d'avril à octobre.

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    Photo: H. et M. Lauvrys, Turnhouts, 12 Juin 2012

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    Photo: Fr. Hela, Thommen (Ulf, Réserve naturelle), 22 Juillet 2011


    Les pensées à grandes fleurs cultivées dans les jardins sont principalement des hybrides complexes dérivés de Viola tricolor par croisement avec, probablement, Viola lutea, Viola altaica, ...; on les désigne généralement sous le nom de V. x wittrockiana (syn. Viola hortensis). On cultive d'autres espèces du même groupe, entre autres Viola cornuta et surtout des hybrides auxquels participe cette espèce. Certains de ces taxons s'observent quelquefois à l'état subspontané (J. Lambinon et al., 1992).

     

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    Photos: Fr. Hela, Mai 2012


    Ph. Jauzein (1995) indique la pensée des champs comme une sous-espèce (Viola tricolor subsp. arvensis). Il explique que certaines de ces plantes sont d'origine hybride mais gardent leur totale fertilité: les passages de Viola arvensis vers Viola tricolor ne sont ainsi pas rares, lorqu'on parcourt les champs, malgré le nombre de chromosomes indiqué comme différent (variabilité de ce nombre à vérifier).

     

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    Violacontempta, hybride de Viola tricolor et de Viola arvensis

    Photo: Fr. Hela, Evrehailles, 10 Avril 2011


    Bibliographie:

    Clesse B.: "Glossaire botanique illustré à l'intention des naturalistes ", Ed. Entente Nationale pour la Protection de la Nature, 1998.

    De Langhe J.-E.: "Les Violacées de Belgique et des régions limitrophes", in "Les Naturalistes Belges" Tome 43, n°5, 1962.

    Déom P.: "Le petit guide des fleurs des bois", "La Hulotte" n°65, Ed. Passerage, Boult-aux-bois, 1991.

    Jauzein Ph.: "Flore des champs cultivés", Ed. INRA, Paris 1995.

    Lambinon J. et al.: "Nouvelle Flore de la belgique, du grand-Duché de Luxembourg, du nord de la France et des Régions voisines", Ed. Patrimoine du Jardin botanique national de Belgique, Meise, 1992.

    Rameau J.-C. et al.: "Flore forestière française" Tome 1 "Plaines et collines", Ed. Institut pour le développement forestier, 1989.