Xanthoria parietina

  • Une petite merveille mycologique: la Pézize écarlate (Sarcoscypha coccinea)

    En cette fin du mois de janvier assez maussade, j'emprunte un large sentier s'ouvrant entre deux habitations, rue du Redeau, à Yvoir. Plus loin, celui-ci, devenant un petit sentier, contourne, sur la gauche, une maison isolée et nous mène dans le hameau de Tricointe. D'emblée, dès le début, on passe de la pleine lumière à une atmosphère sombre et humide. De part et d'autre du chemin, c'est la forêt ! A ma gauche, le versant est frais. Il est envahi par la sylve de pente. Elle couvre les éboulis rocheux et calcaires qui affleurent çà et là. Les Bryophytes, principalement des mousses, donnent au sous-bois une couleur verte aux nombreuses nuances. Celles-ci couvrent les blocs de rochers, les troncs d'arbre et les branches tombées au sol. Les scolopendres ou langues-de-cerf (Asplenium scolopendrium), en grand nombre, étalent leurs frondes entières d'un vert luisant.

     

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    La forêt de pente sur éboulis calcaires, à Asplenium scolopendrium.

    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Janvier 2012.


    Dans le bas de la pente boisée, des feuilles mortes et autres débris ligneux jonchent le sol. Sur de moyennes et grosses branches en voie de décomposition, les mousses se sont installées et, parmi elles, des taches rouge vif m'intriguent. Magnifique ! Des Pézizes écarlates colonisent aussi les vieilles branches moussues. Il y en a au moins une trentaine ! Certaines sont ouvertes et d'autres commencent à peine à s'étaler. 

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    Ces petites merveilles mycologiques, munies d'un pied ou stipe, en forme de coupe de 1 à 6 cm de diamètre qui s'étale à maturité, apparaissent souvent en hiver et au début du printemps, dans les sous-bois humides riches en humus, sur les bois morts enfouis en partie dans la terre. 

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2011.


    La face interne (hyménium) est d'un magnifique rouge écarlate et la face externe est rosâtre. Le pied cylindrique ou atténué à la base, floconneux et souvent très petit, fixe la coupe aux branches enfouies.

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    La Pézize écarlate est un champignon de la Classe des Ascomycètes (voir en fin de note), de l'Ordre des Pezizales et de la Famille des Sarcoscyphacées. On désigne sous le nom de pézizes des champignons typiquement en forme de coupe ou de disque. Le mot "pézize" vient du grec "pezis", "pezios", signifiant "champignon dépourvu de stipe ou pied". Toutefois, le réceptacle ou apothécie de certaines espèces est porté par un petit pied ou pédicelle, atteignant parfois 1 à 2 cm de longueur.

     

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    La pézize vésiculeuse (Peziza vesiculosa), dont le sporophore est sessile.

    Photo: Michel Gijsemberg, Godinne, Novembre 2010.


    L'intérieur de la coupe est tapissé par l'hyménium, constitué de cellules fertiles (asques) mêlées à des cellules stériles (paraphyses). Ces dernières renferment des pigments responsables de la couleur quelquefois très vive de ces champignons dont l'un des plus beaux est sans doute la pézize écarlate.

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, 25 Janvier 2012.


    Le Genre Sarcoscypha est l'objet de diverses recherches et les travaux en cours tendent à distinguer plusieurs espèces européennes, presque identiques extérieurement. Leur détermination, en dehors de certaines caractéristiques écologiques, ne peut se faire qu'à l'aide d'un microscope. En Belgique, deux espèces semblent présentes. Il s'agit de Sarcoscypha coccinea et Sarcoscypha austriaca (espèce d'altitude, venant sur les aulnes). Je ne sais si l'espèce Sarcoscypha jurana a été observée sur notre territoire. Elle est présente en Europe centrale, sur des branches de tilleuls. L'espèce décrite ici concerne vraisemblablement Sarcoscypha coccinea s.l. (au sens large).

     

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    Photo: Fr. Hela, Yvoir, Mars 2011.


    La Classe des Ascomycètes comprend des champignons dont les spores se forment dans un sporange appelé asque (du grecs askos, outre) et y restent jusqu'au moment de leur émission. L'asque a l'aspect d'un cylindre arrondi au sommet, aminci et coudé à la base en un pédicelle (pied de courte taille) se raccordant aux filaments sous-jacents. L'asque s'ouvre à maturité et libère ses spores. La "fumée" obtenue en portant un léger choc au sporophore d'une pézize correspond à l'émission de spores mûres.

     

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    L'asque est la cellule fertile des Ascomycètes dans laquelle se forment les ascospores après caryogamie, méiose et mitose.

    Dessin d'après H. Bruge, 1977.


    Il y aurait environ 15 à 25.000 espèces d'Ascomycètes (chiffres variant selon les auteurs), en majorité microscopiques. Parmi leurs représentants, on compte de nombreux parasites de végétaux et d'animaux (y compris l'espèce humaine), des agents de fermentation alimentaire et industrielle, des producteurs de toxines ou d'antibiotiques... Cependant, la plupart des espèces sont saprophytes, c'est-à-dire qu'elles tirent les éléments nécessaires à leur vie de substances organiques mortes. Quelques Ascomycètes produisent des organes aériens émettant des spores à maturité (des sporophores, du grec spora, ensemencement) visibles et parfois comestibles. Ce sont les "champignons" au sens où vous l'entendez généralement: Pézizes, helvelles, morilles, truffes...).

     

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    La morille (Morchella esculenta) est un Ascomycète.

    Photo: Fr. Hela, Houx-sur-Meuse, 10 Avril 2010.


     

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    Le Genre Helvella fait aussi partie de la Classe des Ascomycètes. Ici, une hevelle crépue (Helvella crispa).

    Photo: Fr. Hela, Lustin, Septembre 2010.


    Enfin, un certain nombre d'Ascomycètes vivent en symbiose avec des algues (lichens). D'après Ch. Van Haluwyn et M. Lerond, ce sont bien les Ascomycotina les champignons les plus importants pour l'association lichénique, puisqu'ils représentent 99% des champignons lichénisés.

     

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    Les lichens ne constituent pas un groupe systématique comme les autres mais un groupe biologique réunissant des champignons (surtout des Ascomycètes) et des algues vivant en symbiose. Ce beau lichen, Xanthoria parietina, croissant ici sur l'écorce d'une branche, a été photographié à Yvoir (Airbois, Tricointe), le 2 janvier 2012.

    Photo: Fr. Hela.